En langage sportif, on appelle ça une volée. Mais en affaires, qui plus chez les avocats, on se garde une petite gêne. N'empêche, peu importe la rhétorique ou la façon de le dire, les faits sont là: un cabinet d'avocats pancanadien vient de connaître un trimestre du tonnerre dans le domaine des fusions et acquisitions internationales, distançant par une bonne marge tous ses rivaux canadiens et se hissant dans le Top 25 mondial.

« C'est vrai? Je ne le savais pas ! » dit l'associé Ward Sellers, du bureau montréalais d'Osler Hoskin & Harcourt, à qui La Presse a révélé les résultats du classement mondial des cabinets d'avocats que vient tout juste de publier Thomson Reuters.

Selon Me Sellers, la diversité des transactions dont Osler a la charge est très intéressante
Selon Me Sellers, la diversité des transactions dont Osler a la charge est très intéressante
Au cours des trois premiers mois de 2011, les avocats d'Osler ont été passablement occupés. Ils ont participé à 16 transactions internationales pour une valeur totale de 20,7 milliards US. Assez pour conférer au cabinet le 23e rang mondial. Osler est d'ailleurs le seul canadien à se glisser en ce début d'année dans les 25 premiers cabinets mondiaux en fusions et acquisitions.

Pour ce départ canon, Osler a su profiter d'une conjoncture favorable aux grandes transactions. En fait, on n'avait pas vu autant de mouvement depuis le deuxième trimestre de 2008. Depuis janvier, Thomson Reuters a recensé un peu plus de 9600 transactions dans le monde, pour une valeur de près de 800 milliards US. Il s'agit d'un bond de 54,7% par rapport à l'an dernier. Fait intéressant, il semble que les méga transactions soient de retour; celles de 5 milliards et plus représentent 41,2% de toute l'activité du trimestre, soit plus du double qu'au premier trimestre de 2010.

De très grosses transactions

C'est d'ailleurs dans le créneau des gros deals qu'Osler a su tirer son épingle du jeu. En janvier, le cabinet a représenté le détaillant américain Target pour l'achat à Zellers de ses intérêts locatifs de jusqu'à 220 emplacements. Valeur de l'entente: 1,83 milliard. En février, Osler a réalisé deux coups fumants, d'abord en représentant le London Stock Exchange Group pour son acquisition au coût de 7 milliards de la Bourse de Toronto. Puis, quelques jours plus tard, Osler a remis ça, cette fois pour la chinoise PetroChina Company, qui veut avaler Encana Corp pour 5,4 milliards. Pour clore le trimestre, Osler a également représenté, à la fin de mars, Valeant Pharmaceuticals pour son achat de Cephalon au coût de 7 milliards.

« Ce qu'il y a d'intéressant, c'est la diversité des transactions », souligne Ward Sellers. En effet, et cela est confirmé par les données de Thomson Reuters, l'activité en fusions et acquisitions semble avoir repris dans plusieurs secteurs - Énergie et ressources, Services financiers, Commerce de détail, Pharmaceutique -, signe que les acheteurs stratégiques ont repris confiance et qu'ils sentent que le moment est propice pour faire de bonnes emplettes.

Certaines sociétés ont tellement faim qu'elles hésitent moins pour faire des offres d'achat hostiles, indique Me Sellers. Osler s'est d'ailleurs retrouvé au milieu de l'une d'elles. En fait, le cabinet était au cœur - et est toujours - d'un véritable thriller d'affaires. Au début de mars, il a d'abord représenté Equinox Minerals pour son offre non sollicitée de Lundin Mining au montant de 4,9 milliards. Puis, coup de théâtre en fin de semaine. Cette fois c'est Equinox, son client, qui est la proie d'une offre hostile de 6,3 milliards de la part de la chinoise Minmetals !

Si certaines entreprises ont beaucoup de liquidités pour acquérir des concurrents, il n'en demeure pas moins qu'elles sont plus prudentes qu'auparavant, c'est-à-dire avant la crise. Elles prennent plus de temps pour confirmer les prix d'achat de même que pour les vérifications diligentes. Les documents et contrats-clés sont scrutés à la loupe, bien plus qu'auparavant.

« Les clients veulent croître par acquisitions, dit Ward Sellers, mais ils ne veulent surtout pas regretter leur achat six mois plus tard. Alors, ils prennent leur temps.» Et le temps, ça fait toujours plaisir aux avocats...


Quelques transactions clés du bureau de Montréal d’Osler

- The London Stock Exchange Group PLC, dans le cadre de sa fusion d’égal à égal proposée avec Groupe TMX Inc.
- Fiera Capital Inc. dans le cadre de sa prise de contrôle inversée de Les Conseillers en placements Sceptre par le biais d’un plan d’arrangement statutaire.
- Richelieu Hardware Ltd., dans le cadre des opérations d’acquisition suivantes : la totalité de toutes les actions de la société Madico Distribution Inc.; la quasi-totalité des actions de Provincial Woodproducts Ltd.; et la totalité des actifs de la société Toca Distributors, Inc. (également appelée Outwater Hardware).
- Wavesat, dans la vente de ses actifs à Cavium Networks.
- Polyethics Industries Inc. dans le cadre de son acquisition des actifs de Mid-America Bag LLC
- Inteplast Bags and Films Corporation, dans le cadre de son acquisition de Salerno Plastic Films and Bags (Canada), Inc. sous séquestre
- FPI Homburg Canada, dans le cadre de l’acquisition de 3 immeubles commerciaux moyennant 96 millions de dollars.
- Kingsett, dans le cadre de son acquisition du portefeuille d’actifs immobiliers d’ING.
- Target, dans le cadre de son acquisition des baux de Zellers.