La mort, la mutilation et le viol sont le lot quotidien des populations coincées entre les groupes armés. Il n’y a pas si longtemps, aller en mission en République démocratique du Congo (RDC) relevait du plus grand dévouement.

L’action humanitaire n’est pas l’apanage des organisations non gouvernementales ou de l’Organisation des Nations Unies. Mario-Denis Paillé (LL.L. 2001) est avocat militaire dans les Forces canadiennes. En 2010, il revenait d’une mission de six mois en RDC. À l’époque, la situation des droits de la personne était encore pire qu’elle ne l’est aujourd’hui. En bref, c’était catastrophique. Le conflit était très intense dans l’est du pays, près de la frontière avec le Rwanda.

M. Paillé faisait partie d’une équipe d’avocats qui allait sur place pour enseigner le droit de la guerre aux militaires. Parmi les apprentissages de base à inculquer, il fallait notamment expliquer que le viol n’est pas une arme de guerre.

L'avocat militaire Mario-Denis Paillé
L'avocat militaire Mario-Denis Paillé
« En droit international humanitaire, le viol est illégal, mais pour de nombreux militaires congolais, ce n’était pas si évident que ça. Quand on le leur disait dans les formations, ils se regardaient en se disant, ah c’est illégal, et leur langage corporel montrait la découverte, la surprise. Pour plusieurs, le viol faisait partie de la coutume de guerre. Entre formateurs, on se regardait, on se disait que ça n’avait pas de sens. C’était renversant de voir ça, d’avoir à expliquer cela à des militaires. C’est illégal en tout temps, c’est immoral », témoigne-t-il.

Du même souffle, il admet que six mois passent très rapidement. Avec moins de pesanteur bureaucratique onusienne, l’avocat croit qu’il aurait été encore plus utile lors du travail de terrain.

« On sait que les fonds publics ne doivent pas être détournés, mais c’est un des inconvénients de la mission. L’administration est un mal nécessaire, alors que le terrain, c’est très gratifiant. Les gens sont reconnaissants. J’aurais voulu rester plus longtemps, mais il faut laisser la place aux autres et rentrer au pays », raconte M. Paillé.

Au retour, il ne voyait plus la justice de la même façon. Pendant un certain temps après le rapatriement, l’avocat était surtout présent de corps.

« L’esprit reste là-bas. En mission, j’ai un impact direct qui change la vie des gens, alors quand on revient, il faut se réajuster. On trouve le travail d’ici moins important, même si la vie continue », souffle-t-il.

Par comparaison, le système judiciaire canadien est très bien, croit le militaire.

« Au Canada, on arrive à obtenir des condamnations. Dans ces temps-là, on est fier de l’accomplissement, de représenter notre système et nos valeurs », relativise-t-il.

Note: ce texte a été publié sur le site de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa; il est reproduit ici avec l'autorisation.