Commencer en lion, finir en mouton! Voilà un slogan que les marathoniens connaissent bien, mais qui, cette année, décrit également ce qui s'est passé dans le secteur des fusions internationales. Alors que 2011 avait démarré sur les chapeaux de roue, l'activité s'est complètement affaissée en fin de parcours, laissant un goût amer aux acteurs du secteur.

Chez McCarthy, le début d'année rimait avec optimisme, explique Clemens Mayr
Chez McCarthy, le début d'année rimait avec optimisme, explique Clemens Mayr
«C'est dommage, nous étions tous optimistes avec le gros début d'année, mais cela s'est terminé en queue de poisson!», dit l'avocat Clemens Mayr, associé au cabinet McCarthy Tétrault, à Montréal.

Pour l'ensemble de l'année 2011, la valeur des transactions internationales annoncées se chiffre à 2600 milliards US, une hausse de 7% par rapport à 2010, selon le tout dernier bilan de Thomson Reuters. À première vue, donc, c'est une bonne année. Mais les chiffres sont parfois trompeurs et, dans ce cas-ci, ils le sont! Car la majorité des transactions a eu lieu au cours du premier trimestre; durant les six derniers mois de 2011, l'activité a chuté de 23,9%. En fait, depuis le gros boom du premier trimestre, l'activité n'a cessé de décroître au cours des trois derniers trimestres.

Pour les avocats qui représentent les entreprises cibles ou acquéreuses, cela se traduit par une année en dents de scie. Pas pour tous, certains se sont mieux débrouillés que d'autres. Blakes, notamment, se hisse au premier rang des cabinets canadiens en fusions et acquisitions et ce, pour la deuxième année consécutive.

«Soyons modestes, nous sommes chanceux!», dit en plaisantant l'associé Yvon Martineau, spécialiste des fusions et acquisitions au bureau montréalais de Blakes.

Au cours de l'année 2011, les avocats de Blakes ont participé à 120 transactions internationales pour une valeur totale de 90,5 milliards US. Cela confère au cabinet le 22e rang mondial. Blakes est d'ailleurs le seul canadien à se hisser dans le Top 25 des cabinets mondiaux.

Cette année encore, le secteur des ressources aura retenu l'attention, accaparant près de 20% de toutes les transactions mondiales. À ce chapitre, le Canada est bien positionné, particulièrement dans l'ouest du pays. Mais Me Martineau souligne que d'autres secteurs - le pharmaceutique et l'assurance entre autres - ont connu du mouvement. Le bureau de Montréal a notamment représenté Sanofi lors de la vente de sa filiale Dermik à Valeant Pharmaceuticals International pour 425 millions, de même qu'AXA Canada vendu le printemps dernier à Intact assurance pour 2,6 milliards.

Au Canada

Au Canada, c'est encore Blakes qui domine, avec 90 transactions d'une valeur totale de 34,8 milliards US. Le cabinet est suivi de près par Osler (69 transactions, 28,3 milliards), Torys (45 transactions, 26,3 milliards), McCarthy (87 transactions, 24,3 milliards), Norton Rose (25 transactions, 18,6 milliards) et Davies Ward (46 transactions, 18,4 milliards) suivent dans l'ordre.

Davies a connu une bonne année, indique Pierre-André Themens
Davies a connu une bonne année, indique Pierre-André Themens
«Malgré la volatilité des marchés, nous avons connu une bonne année», dit Pierre-André Themens, coassocié-directeur de Davies, à Montréal. Contrairement à la tendance générale, il souligne que son bureau a été très occupé en fin d'année, avec plusieurs transactions, comme la proposition écrite non sollicitée du fonds de placement immobilier Cominar sur le Fonds de placement immobilier CANMARC. Dixième l'an dernier, Davies se hisse au sixième rang cette année pour les transactions impliquant des entreprises canadiennes.

Autre remontée notoire, celle de Norton Rose. Treizième en 2010 sous le nom d'Ogilvy Renault, le cabinet se hisse en cinquième position cette année. Grâce à la fusion entre les deux cabinets? Dur à dire, mais l'associé Jacques Lemieux, du bureau de Montréal, l'admet sans détour, plusieurs clients pour qui le cabinet n'était pas originalement le premier choix pour ce type de mandats ont frappé à la porte en 2011.

«Grâce à la fusion, on a travaillé sur plusieurs transactions qui par le passé nous auraient échappées.»

Et 2012?

La grosse question maintenant pour les avocats transactionnels est de savoir ce qui les attend en 2012. Il y a cinq ans, souligne Me Themens, il était relativement facile de prévoir le flux de travail juridique pour les huit prochains mois.

«Aujourd'hui, impossible de prévoir deux mois à l'avance tellement les marchés sont imprévisibles», explique l'avocat, qui se dit optimiste et réaliste à la fois.

Pour Yvon Martineau, de Blakes, la conjoncture difficile des marchés financiers force actuellement plusieurs entreprises à réévaluer leur activités d'exploitation, et donc à analyser les actifs à vendre ou à acquérir. C'est pourquoi, dit-il, on a vu, au cours des derniers mois, plusieurs entreprises étrangères vendre des actifs d'ici à d'autres sociétés étrangères. Une tendance, croit-il, qui pourrait se poursuivre en 2012.

Clemens Mayr, de McCarthy, croit quant à lui que l'activité reprendra si et seulement si la situation européenne se stabilise. Il souligne que les banques européennes sont très exposées aux dettes souveraines. Avec des répercussions mondiales.

«Et quand les banques arrêtent de prêter, il n'y a plus ou presque plus de fusions et acquisitions», souligne l'avocat.