S comme Sang

Pour les avocats adeptes des expériences cinématographiques choc

Pour les avocates qui n’ont pas d’enfants

D’où vient le mal ? Des gènes ? De l’éducation? C’est avec ces questions que Lynne Ramsay débute son We need to talk about Kevin, adaptation acide et glaciale du roman éponyme de Lionel Shriver. Kevin, c’est le gamin. Bizarre, renfermé, violent, terrifiant. Face à lui, une mère. Le film retrace, dans une atmosphère à la Haneke, leur lutte oedipienne, en flash back, réminiscences cauchemardesques d’une endeuillée suite au carnage.

Image
Car pas de mystère : Kevin (Ezra Miller) est l’auteur d’un massacre au sein de son lycée. A qui la faute ? Epousant le point de vue de la mère (Tilda Swinton, intense), et offrant conséquemment une réalité distordue, faite de souvenirs et de perceptions, Lynne Ramsay sème le doute et poursuit avec acharnement un seul spectre : le pourquoi.

La plongée, radicale et dérangeante, au cœur des hallucinations semi-oniriques d’un personnage fantôme adopte les codes du film d’horreur ultra réaliste. Ainsi n’est-on jamais surpris de l’abondance de rouge, qui vient tâcher l’écran : jus de tomate, peinture haineuse, sandwich à la confiture, tout y rappelle le sang et l’impur. L’acte de donner naissance versus l’acte du tuer.

Pour enfoncer le clou, We need to talk about Kevin- titre ironique et tranchant au vu du mutisme dont s’emballe constamment le long-métrage- multiplie des éclats d’humour noir à filer la nausée. Et, au final, en s’abstenant d’offrir une réponse aux errances cruelles et difformes, le film prend des allures de points d’interrogation féroce et méchant. Dans tous les cas, le résultat est le même : l'expérience est délicieusement traumatisante.


S comme Spectres

Pour les avocats qui se demande ce que vaut Harry Potter en costume de notaire

Pour les avocates (secrètement) accrocs au jeune sorcier

Pour négocier le virage un peu rude de l’après Harry Potter, Daniel Radcliffe n’a pas choisi un genre radicalement opposé à celui qu’il côtoyait sur le plateau de l’une des sagas les plus rentables du cinéma : il y a l’atmosphère sinistre des lieux anglais, une poignée d’enfants menacés, un monstre à combattre.

L’action, située au 19ème siècle dans un village paumé au fond de la campagne anglaise, voit Arthur Kipps, jeune notaire, endeuillé et londonien, contraint d’aller régler la succession d’une défunte dans une maison hantée.

Image
Ambiance lugubre et fantômes derrière les portes sont au programme de La Dame en noir, sorte de croisement raté entre trip gothique et yurei eiga (film de fantômes japonais). Hélas, James Watkins, que l’on avait trouvé plus inspiré avec Eden Lake, déçoit. Que ce soit son spectre vengeur et en colère (désincarné), son personnage principal (fade), ou son intrigue (ridicule brindille) : il échoue à mettre en place une mécanique maligne et angoissante.

Multipliant les jump scare (vous savez ces ombres soudaines, ces portes qui claquent subitement et autres réjouissances), Watkins laisse apparaître un sérieux manque d’imagination, et peine à introduire, dans un univers pourtant propice à cela, folie mélancolique, richesse émotionnelle, et complexité psychologique.