Me Normand Painchaud, de Sylvestre Fafard Painchaud, a représenté Deborah Kudzman dans l’affaire Lassonde, la propriétaire d'une compagnie québécoise commercialisant la gamme de produits de beauté Olivia's Oasis.

Rappelons-le, c’est parce qu’elle utilisait le nom « Oasis » qu’elle s’est retrouvée à devoir faire face au géant fabriquant de jus Lassonde.

Secourue par une armada de blogueurs en colère, elle a finalement obtenu gain de cause : Lassonde a remboursé les frais juridiques.

La semaine dernière, Louis Coallier, l'avocat de Miller Thomson qui a représenté Lassonde dans cette affaire, s'est exprimé sur Droit-inc.com.

Aujourd'hui, c'est au tour de Me Normand Painchaud de donner son point de vue.

Pour Me Painchaud, ce « jugement social » n’aura pas vraiment d’impact sur les vrais délinquants.

Selon lui, la particularité de ces derniers est de ne pas se rendre compte qu’ils traversent certaines limites.

Le jugement est juste, selon Me Painchaud
Le jugement est juste, selon Me Painchaud
« C’est un peu ça qui s’est passé ici. Rien n’a réussi à convaincre Lassonde qu’il agissait au-delà de ce qui est acceptable. Les médias sociaux l’ont forcé à payer le prix qu’il n’était pas prêt à payer », confie-t-il.

Une manière de dire « Vous devriez avoir honte ».

« Ce genre de punition va se répéter à l’avenir mais je ne pense pas que cela va forcément amener un changement de comportement de la part des délinquants même si c’est ce que je vise. »

Quoiqu’il en soit, il s’agit selon lui d’un évènement "violent, virulent, sensationnel, exceptionnel."

« Je suis bien content », dit-il.

Toutefois, l’avocat demeure également sceptique. Il a entendu, depuis la fin de l’affaire, des commentaires qui lui font croire que le message n’a pas été compris.

Pour lui, et en réponse à l’article paru sur Droit-Inc la semaine dernière, parler de choix marketing, c’est dire : on n’a rien à se reprocher mais on va être intelligent et soigner notre image.

« Cela n’a rien à voir avec le respect du consommateur, c’est méprisant, un simple calcul commercial. S’il avait entendu l’indignation, le dégoût du consommateur, il n’aurait vraisemblablement pas agi ainsi. »

Selon lui, les avocats de Lassonde sont tombés dans le piège creusé par les corporations et les cabinets d’avocats.

Mais ce n’est pas pour autant que les avocats ont mal fait leur travail, tout ceci n’est qu’une conjonction de décisions corporatives et de conseils juridiques, selon Me Painchaud.

« Ils font cela pour éviter les conséquences à l’avenir. C’est plus de la prévention. Cette démarche était agressive, violente. »

Surtout au niveau corporatif, ajoute-t-il.

Aussi, il a entendu des commentaires de la part du PDG de Lassonde, M., qu’il déplore.

« On a dit que l’on avait fait des offres substantielles à ma cliente alors que c’était dérisoire. Je pense qu’ils ont une impression de légitimité pendant et après le processus. »

Aujourd’hui, il se réjouit. Le jugement du juge qui a pris acte de ce que sa cliente a subi pendant cinq ans est juste, selon lui.

« Les consommateurs éprouvaient un dégoût invariable, linéaire, horizontal, avec un horizon très lointain ». Le bout de la terre, plaisante-t-il.

Concernant le jugement en Cour d’appel, Me Painchaud pense qu’il n’est pas favorable à Lassonde.

La question était de savoir s’il y avait abus de procédure ou non. La Cour a répondu par la négative.

« S’ils ont gagné, c’est seulement sur ce point. Mais c’était oui ou non… Je ne critique pas la décision mais le courant jurisprudentiel est très restrictif. C’est une tendance de la Cour d’appel depuis des années. Il y a un déséquilibre entre la Cour supérieure et la Cour d’appel. Mais c’est l’état de droit québécois. »

Devant lequel il s’incline, conclut-il.