Ça s'est passé l'été dernier. Le 8 août exactement. Ce jour-là, Me Johanne Brodeur annonce à ses collègues, son intention de poser sa candidature au poste de vice-présidente du Barreau du Québec.

À partir de là, elle s'organise et recrute des amis pour l'épauler dans cette épreuve du feu, qui va durer presque 10 mois. Mais aucun regret, d'abord parce que " c'est une magnifique expérience qui m'a permis de rencontrer les avocats issus de structures très différentes et de pratiques variées, et de me replonger dans certains dossiers du barreau", note Me Brodeur.

Johanne Bordeur a mené une campagne de 10 mois qui l'a conduite au poste de vice-présidente du barreau du Québec
Johanne Bordeur a mené une campagne de 10 mois qui l'a conduite au poste de vice-présidente du barreau du Québec
Un plongeon dans les sujets phares de l'institution et suscité par l'évolution de l'actualité et les projets de loi. "Je me suis donc remise à l'étude ce qui m'a emmenée vers la réflexion", indique la vice-présidente.

Une campagne qui l'a également conduite à connaître des milieux de pratique différentes de la sienne. En somme, ce fut "un bon bain dans la réalité des avocats du Québec".

Il lui a fallu parcourir la province pour rencontrer les gens, se présenter, échanger les idées et les convaincre. Pas facile, car "les avocats sont partout et ce n'est pas évident de les rejoindre et de les rencontrer; c'est là le principal défi".

Heureusement les congrès, les réunions ont permis d'aller à la rencontre des potentiels électeurs. Mailing, site Internet ont pris le relais quand il fallait.

Autre défi, ce fut celui de l'abstention. Car au bout du compte seuls 35% des avocats pouvant voter, ont exercé leur droit. "Beaucoup ne voit pas l'intérêt et ne s'intéresse pas vraiment aux élections; il faut donc vraiment communiquer avec eux pour leur rappeler l'importance du barreau, de sa mission et de leur intérêt à participer à la réflexion."



La campagne s'est faite en bonne intelligence. Au départ, ils étaient trois candidats, avec Me Daniel Laporte de Laval qui exerce en pratique privée, et Me Anne Lessard de Longueuil qui pratique à l'aide juridique.

Mais lors d'une rencontre avec Me Laporte, celui-ci a décidé de retirer sa candidature au profit de Me Brodeur. "Il a décidé de se retirer et de m'appuyer et cela m'a beaucoup aidé d'avoir une personne d'envergure qui m'appuie dans ma démarche", reconnaît l'avocate.

Sa campagne, Johanne Bordeur l'a menée de façon ouverte. Elle n'a pas jeté en l'air des promesses qu'elle ne pourrait pas tenir. "C'était important pour moi de donner l'heure juste sur ce que j'étais prête à défendre comme dossier ou non: je l'ai fait de façon très ouverte et très transparente, d'ailleurs mon slogan était 'ensemble dans l'action' car je suis capable de faire travailler les gens ensemble et je connais la machine du barreau", dit-elle.

Maintenant qu'elle est élue, son objectif n'a pas changé "Je vais épauler de mon mieux le bâtonnier dans sa fonction et ses tâches; je veux également être à l'écoute et dans l'apprentissage de mon futur poste tout en soutenant l'équipe actuelle."

Car d'ici un an, Me Brodeur prendra le poste de bâtonnier. Les responsabilités seront encore plus importantes mais la motivation restera la même : "la mission du barreau est très importante pour la société et rejoint mes propres valeurs celles de la protection du public, de la primauté du droit, des valeurs qui me tiennent à cœur et j'y crois vraiment", assure cette directrice des affaires juridiques de l’Union des producteurs agricoles.

À ce poste, elle devrait se sentir à l'aise celle que tout prédestinait à devenir avocate. "Mon père était avocat et j'ai pu l'accompagner à la Cour quand j'étais jeune, raconte Me Brodeur, ma mère pourrait vous dire que j'étais avocate avant l'heure car déjà à l'école, je défendais mes camarades et j'étais foncièrement atteinte par les injustices. Donc c'est inné ou peut-être génétique, être le porte-parole de ceux qui n'en ont pas."