« Ce regroupement spontané va rassembler des juristes de toutes sortes - notaires, avocats, bacheliers - peu importe le domaine de pratique ou le nombre d’années d’expérience », explique Me François Desroches, juriste et co-organisateur, aux côtés de Me Rémi Bourget, de la manifestation.

Tout a commencé sur Facebook, dit-il, quelques juristes se sont regroupés virtuellement afin d’exprimer à la population leur point de vue sur la loi 78.

Ce sont 350 personnes qui ont déjà manifesté leur envie de faire entendre leur voix en toges et en silence.

Rémi Bourget, co-organisateur de la manif avec François Desroches
Rémi Bourget, co-organisateur de la manif avec François Desroches
« Nous critiquons plusieurs aspects de la loi, dit-il, tels que l’encadrement du droit de manifester, le montant des amendes ou les sanctions pénales sévères et peu claires. »

Au programme : une marche, dès 18h30, du Palais de justice au Parc Émilie-Gamelin. Pas de casseroles tonitruantes mais des bouches closes.

« Nous n’avons rien contre ceux qui font du bruit, mais nous souhaitions manifester autrement. »

Discrètement, mais sûrement. À l’image même de leur métier de juristes.

« Notre marche a pour but d’exprimer notre désarroi devant l’adoption d’une loi spéciale qui nous semble constituer une atteinte disproportionnée aux libertés d’expression, d’association et de manifestation pacifique », peut-on lire dans l’appel lancé sur internet.

C’est aussi une manière, pour les juristes, de pousser la population loin de tout amalgame.

« Nous sommes d’avis que cette démarche contribuera à restaurer la confiance ébranlée des citoyens envers leurs institutions judiciaires », dit le communiqué.

Selon Me Desroches, après ce que l’on a pu observer dans les médias, on assiste à une certaine remise en question du système juridique au Québec.

« Ce n’est pas parce qu’une loi a été adoptée à l’Assemblée Nationale, que tous les juristes sont d’accord. Ce que nous voulons, c’est montrer qu’un discours contradictoire est possible. »

Ce soir, ils seront donc en première ligne pour faire invalider les dispositions de la Loi.

L'appel a été lancé à tous les acteurs du milieu juridique mais il est déjà acquis que certains n'y répondront pas, au premier chef les juges: "Ce serait assez inhabituel parce que les juges, normalement, ont un très grand devoir de réserve", a fait valoir Me Desroches.

Il croit également que les juristes de l'État, qu'il s'agisse de ceux qui sont à l'emploi du gouvernement ou encore des procureurs de la Couronne, pourraient avoir des réserves assez importantes.

"Les avocats qui travaillent dans des organismes gouvernementaux ne voudront pas nécessairement s'afficher (...) Je peux comprendre la question éthique derrière cela et c'est tout à fait logique", a-t-il fait valoir.

Ceux qui seront présents le seront en revanche en bons juristes; ils ont remis leur itinéraire au Service de police de la Ville de Montréal plus de huit heures à l’avance…