Je plaide depuis plus de 23 ans devant la Cour supérieure et la Cour d’appel. J’ai l’honneur et le privilège de faire partie d’une profession dont je suis très fière, même si elle est souvent malmenée et parfois même ternie. Je représente des justiciables qui se présentent devant un tribunal à la recherche d’une solution, et de la justice.

Dans cette démarche, et sans oublier que le magistrat est un être humain avec ses qualités et ses défauts, autant le juriste que le justiciable ont tout à fait le droit de s’attendre à ce que cette personne soit intègre, honnête, et libre de reproches. Lorsque la démarche se fait devant la plus haute instance de notre système judiciaire, soit la Cour d’appel, la barre est encore plus élevée. Le ou la juge de la Cour d’appel, qui y siège pour corriger les erreurs des tribunaux inférieurs, est un symbole de ce qui doit être le plus rigoureux en droit, autant dans le fond que dans la forme, et de plus intègre en tant que personne.

Aujourd’hui est une journée très triste pour notre système judiciaire, car un des membres du plus haut tribunal du Québec a été trouvé coupable d’avoir tué sa femme. Sans croire à la perfection humaine ni même l’exiger, le fait qu’un juge de la Cour d’appel qui lui, a à décider sur la vie de bon nombre de personnes, ait pu commettre un crime si haineux, m’ébranle sérieusement. Sans être naïve et étant très consciente que, comme dans tous les milieux, le niveau d’excellence n’est pas toujours égal, il reste que les juges de la Cour d’appel sont pour moi, et doivent être pour la société, un symbole d’intégrité; des modèles, en quelque sorte. J’ai toujours eu pour eux énormément de respect, même dans le différend, et même lorsque le résultat n’était pas celui escompté. Il faut qu’il en soit ainsi pour toute la société si le système judiciaire veut continuer d’être un bastion d’une société démocratique.

Quelle leçon tirer de cette affaire? Est-ce que le système peut fonctionner, se relever de ce coup? Peut-on continuer à y croire, alors qu’en plus, nous sommes en pleine crise sociale et que toutes nos institutions (église, finances, gouvernement, média) sont remises en question?

La réponse est oui. Il y a une lumière qui jaillit. Malgré la déception que je ressens, je peux également affirmer que notre système judiciaire, boiteux peut-être, parfois malmené, certainement surchargé, fonctionne. Justice peut être rendue. Car il y a 12 citoyens courageux qui n’ont pas été influencés par le fait que l’accusé était un juge de la Cour d’appel. Il y a 12 citoyens qui ont été capables d’avoir, comme Justice, les yeux bandés pour rendre une décision qui fut certainement difficile, et ce, malgré qu’ils devaient eux aussi être ébranlés par le crime. Voila ce qu’est un système qui fonctionne dans une société démocratique où un juge du tribunal de la plus haute instance peut être condamné pour avoir tué sa femme.

Finalement, malgré mon ébranlement et oui, ma déception, je suis toujours fière de faire partie de cette profession. Quant au système judiciaire, oui, j’y crois toujours, car il fonctionne. Justice, avec un grand ‘J’, peut être rendue.