Question

Monsieur Arcand,

J'ai la possibilité de faire ma dernière session de Baccalauréat à l'étranger. J'hésite néanmoins car cette session serait créditée sous forme d'équivalences et mes notes actuelles sont dans la moyenne, sans plus. Finalement, je n'ai pas de stage pour le barreau. J'hésite donc à rester pour tenter d'augmenter mes notes ou partir. Qu'est-ce qui a le plus de valeur aux yeux des employeurs ?

Réponse

Cher lecteur,

À moins de vous diriger vers une carrière en droit international ou de faire votre 3ème année dans une université très prestigieuse, j’aurais tendance à vous conseiller de poursuivre votre formation au Québec plutôt qu’à l’étranger. Vous avez raison lorsque vous mentionnez qu'un départ à l'étranger vous enlèvera l’opportunité d’améliorer vos résultats académiques, mais ce n’est pas le seul élément négatif.

Me Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Me Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Quatre autres éléments sont, à mon avis, à considérer :
  1. Lors de la 3ème année de droit, plusieurs offres de stage ou d'emplois étudiants tendant à se transformer en stages, s’ouvrent. Si vous êtes à l’extérieur du pays, vous passerez à côté de ces opportunités.
  2. À votre retour, plusieurs employeurs risquent de se questionner sur la valeur ou plutôt la pertinence de votre formation au regard du droit québécois. Il ne s’agit pas d’un « deal breaker » mais d’une incertitude qui pourrait effrayer certains gestionnaires.
  3. Bien que les voyages forment la jeunesse, le fait que vous puissiez avoir le goût d’aller pratiquer à l’étranger, n’est pas une éventualité qui rend votre candidature plus intéressante aux yeux d’un employeur. Un séjour à l’étranger peut donner l’impression que vous êtes nomade, et l'employeur qui cherchera un actif à long terme, risque de passer son tour.
  4. Le dernier aspect est trop souvent négligé. En gestion de carrière, le premier conseil est, et sera toujours, d’entretenir votre réseau de contacts. Lorsque vous devrez réorienter votre carrière par choix ou par obligation, votre réseau sera d’une importance capitale dans votre démarche. C’est à l’université que ce réseau prend forme. Les individus que vous y rencontrerez, seront les premières mailles de cette chaîne qu’il vous faudra entretenir du mieux possible. Manquer la 3ème année n’est pas synonyme d’isolement, mais vous obligera à faire du rattrapage à votre retour.

Voilà pour l’aspect rationnel de ma réponse mais dans la vie, si on pouvait tout prévoir et contrôler, ce serait trop facile. Le fait de rester au Québec mettrait plus de chances de votre côté quant au stage mais qu'en est-il pour la suite de votre carrière ? Il n’est jamais négatif d’avoir une expérience différente des autres candidats, tout dépend des emplois auxquels vous postulerez. Lorsque vous aurez 5 années de pratique derrière la cravate (encore faut-il vous y rendre), il est probable que le fait d’avoir vécu à l’étranger soit un élément positif sur votre CV. Personne ne remettra en doute votre formation et vous aurez effectué le rattrapage nécessaire pour rebâtir votre réseau. Tout sera positif.

Donc vous êtes devant le dilemme suivant : jouer la carte de la sécurité ou prendre un risque. La réponse dépend de votre niveau de tolérance au stress et votre désir de voyager. Si vous partez et que vous passez l’année à vous demander si vous trouverez un stage à votre retour, restez au Québec. Si vous avez le goût de vivre l’aventure et que vous êtes confiant en l’avenir, allez profiter de cette expérience personnelle unique. Vous n’aurez probablement plus la chance de le faire plus tard dans votre carrière.

En résumé, le bon père de famille en moi vous dit de rester, tandis que le bon vivant vous dit d’y aller…

À vous de voir... Bonne semaine.


La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Me Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.