« Qu'est-ce que le nationalisme? C'est un patriotisme qui a perdu sa noblesse et qui est au patriotisme noble et raisonnable, ce que l'idée fixe est à la conviction normale.»

Albert Schweitzer


La poussière tombée, plus facile d’y voir clair. Et de se faire une tête. Hécatombe, donc, le soir des élections. Attentat probable sur la personne de la nouvelle première ministre. « Les Anglais se réveillent ! », de hurler le déchainé à l'AK-47. Moment surréaliste. La cerise de fin de soirée pour les commentateurs de TVA, lesquels ont savamment relié l’incident à la crise étudiante. Pourquoi pas. S’il fallait en plus que l’enquête démontre quelque trace de carré rouge sur les vêtements du bougre…

Frédéric Bérard revient sur le nationalisme supposé des Anglophones, contre-exemples québécois à l'appui
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Plus problématiques furent toutefois les échos issus des médias crédibles. Doit-on ou peut-on y voir quelconque manifestation de conflit ethnico-linguistique ? Les Anglais contre les Français, prise 1760 ? Le retour de la grosse-madame-de-chez-Eaton-qui-parle-pas-français ? Bordel.

À la télé pour discuter de la campagne et surtout du ton afférent à celle-ci, on me pose la question suivante : « voyez-vous un lien entre l’attentat et le climat politique actuel ? » Ma réponse, fort éloquente : « Euh… »

Mais qu’est-ce que je suis supposé en savoir, moi ? À moins d’être psy, et encore, il m’est difficile de comprendre comment on peut, sans trop se foutre de la gueule d’autrui, associer sérieusement l'un et l’autre. Et si les conclusions de l’étude psychiatrique témoignaient réellement en ce sens ? Alors ce sera ça. Et après ? Devra-t-on ériger en prémisse sociologique les motifs d’un tout probable timbré ?

L’anglo ou Québec bashing, même combat

Bien sûr, il n’en fallait pas davantage afin que certains commentateurs d’ailleurs au pays utilisent l’incident à des fins intéressées. Celle, notamment, de décrire la province comme un goulag ethnocentrique ou, version plus soft, comme une tyrannie constante de la majorité francophone envers diverses minorités. Merci au National Post et à l’ensemble des médias SUN. Minable.

Rien de neuf sous le soleil, ainsi donc. Ce qui doit plutôt surprendre réside dans le fait que la mauvaise foi et/ou l’ignorance de ces commentateurs trouve aisément leurs pendants québécois, lesquels s’époumonent à décrier le mépris susmentionné du ROC, sans réaliser qu’ils sont eux-mêmes, ô ironie, le simple miroir de l’autre.

En d’autres termes, prétendre qu’un bloc monolithique appelé « Canada anglais » se gargarise d’une haine institutionnelle envers nous, francophones affectueux et aimant inconditionnellement son prochain, relève soit de la paranoïa pure, soit de la plus méprisable stratégie politicienne.

Car tout comme ailleurs au pays, le Québec a toujours compté et compte toujours sur sa part d’étroits d’esprit, ceux pour qui le « Nous » et « l’Autre » constitue la prémisse de base de leur pensée et parfois militantisme politique. Ceci amène, sans surprise, le genre de propos qu’ils pourfendraient avec véhémence s’ils étaient prononcés par… l’Autre, justement.

Des illustrations ? Plusieurs. Historiques, anecdotiques, récentes ou anciennes. Ceci serait peut-être de nature banale si elle mettait uniquement en vedette Monsieur X. Mais non. Dérapages surprenants, ainsi donc, puisque commis par des hommes d’État ou hommes d'influence d’ordinaire respectables.

Rappel de certains :

Lionel Groulx, encore honoré aujourd’hui par d’innombrables station de métro, cégep ou autre pavillon de sciences humaines : « La faute première tu l’as commise il y a vingt-trois ans. Par ce mariage tu te liais à une étrangère, tu te créais un foyer avec des matériaux disparates ».

Le bien-aimé et pourtant modéré René Lévesque, qui affirmait en 1980 que comme Elliott est un nom anglais sic, il était parfaitement compréhensible que Trudeau milite du côté du Non.

Le chef du Bloc québécois et futur premier ministre Lucien Bouchard, lors de la campagne référendaire de 1995, déplorant le fait que les Québécois constituent « une des races blanches qui ont le moins d'enfants ».

On se rappelle aussi, bien évidemment la citation du premier ministre Parizeau sur « l’argent et le vote ethnique ». Semble toutefois que peu de gens aient souvenir de celle-ci, pourtant prononcée le même soir : « N’oubliez jamais que les trois cinquièmes (3/5) de ce que nous sommes ont voté oui ». Note au lecteur : 60% des francophones avait appuyé la souveraineté.

L’ex-porte-parole Curzi, appuyé par ses collègues Turp et Lemay, dénonçant la participation de Paul McCartney aux célébrations du 400ème anniversaire de la Ville de Québec. La raison invoquée ? L’origine nationale de l’ex-Beatles.

Trève de politique. Hockey maintenant. Quelle est la différence entre un Don Cherry gueulant contre le fait que la faible représentativité des joueurs canadiens chez les Leafs et un Réjean Tremblay (et combien de ses confrères) qui en fait tout autant quant au visage non-suffisamment francophone du CH ? Son ironie ? Entendre Tremblay dénoncer Cherry. Comme quoi un clown sait en reconnaître un autre. Peu importe la langue.

On m’accusera évidemment d’escamoter le contexte de chacune des citations précitées. Je répondrai alors la chose suivante : existe-t-il réellement un contexte pouvant excuser leur teneur ? Le cas échéant, lequel ?

Conclusion, maintenant. Contrairement à ce que peuvent avancer certains, la bêtise, la frilosité, l’ignorance et le sensationnalisme politique n’ont pas été brevetés au Canada « anglais ».

Tout comme il est bien sûr faux de prétendre que l’ensemble du Québec francophone partage ou appuie l’essence des propos susmentionnés, il est tout autant inapproprié, voire intellectuellement malhonnête, de prétendre à la haine et au mépris institutionnalisé de l’Autre.


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