Revenir au Québec, l'avocat Guy Pratte en avait très envie. Après une vingtaine d'années passées en Ontario, il se disait qu'il était temps de rentrer au bercail. L'occasion s'est présentée, en 2000, lorsque son cabinet, Scott&Aylen, d'Ottawa, a fusionné avec trois bureaux de Toronto, Vancouver et Montréal pour former Borden Ladner Gervais, qui compte aujourd'hui près de 725 avocats, plus que tout autre cabinet canadien.

Depuis, ce plaideur de 53 ans fait régulièrement la navette entre son bureau de la capitale canadienne, où il pratique toujours, et celui de Montréal, où il est devenu en peu de temps l'un des avocats les plus sollicités du Québec.

"Je mène plus de 20 dossiers de front!" dit-il, alors qu'il reçoit La Presse pour une petite heure, dans une salle de conférence de BLG, au centre-ville de Montréal.

Depuis 2002, Guy Pratte a été et est au coeur des litiges les plus médiatisés. L'avocat principal du CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) dans la cause du non-renouvellement de la licence de CHOI-FM, à Québec, c'était lui. Le conseiller juridique de l'Association médicale canadienne dans la cause opposant le Dr Jacques Chaoulli au Procureur général du Québec au sujet des assurances privées dans le secteur de la santé, c'était lui. L'avocat principal de Jean Pelletier devant la commission Gomery, c'était encore lui.

Ces jours-ci, il est au palais de justice de Montréal, à défendre les intérêts de Radio-Canada contre Claude Fournier et Marie-José Raymond. Le scénariste-réalisateur et la productrice de Félix Leclerc ont intenté un recours en diffamation contre la société d'État et Mario Clément, son directeur de la programmation. Et qui Brian Mulroney a-t-il choisi pour le défendre devant le comité des Communes dans ce qu'on appelle désormais l'affaire Mulroney-Schreiber? Guy Pratte!

À première vue, on pourrait penser que cet avocat raffole des projecteurs. Sinon, comment expliquer qu'autant de causes impliquant ses clients font régulièrement les manchettes? Pourtant, il n'en est rien, soutient-il. Au contraire, il lit rarement les journaux et encore moins les articles le concernant. Si les causes qu'il défend intéressent les médias, c'est probablement le hasard, car lui ne choisit pas ses clients. "Ce sont eux qui me choisissent", dit-il.

Peut-être que si tant de clients prestigieux requièrent ses services, c'est parce qu'il est tout simplement l'un des très bons plaideurs au Canada. L'an dernier, il est devenu membre (Fellow) de l'American College of Trial Lawyers, titre conféré à moins de 1% de tous les avocats plaideurs d'un État ou d'une province.

Ses forces? Il arrive toujours bien préparé et est capable de synthétiser clairement des arguments complexes, estime Suzanne Côté, associée au cabinet Stikeman Elliott, à Montréal, qui le connaît depuis une dizaine d'années. Selon cette plaideuse, expliquer clairement un argument est très important car cela permet d'avoir "l'oreille des juges", dit-elle.

La force des mots

Il est aussi l'un des rares avocats à la fois membre du Barreau de l'Ontario et de celui du Québec. C'est d'ailleurs pour cette raison que Jean Pelletier a fait appel à ses services pour le représenter devant la commission Gomery. "Il me fallait un avocat capable de maîtriser aussi bien les lois du Québec que celles du Canada", explique l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien.

Guy Pratte est l'un des rares juristes bilingues. Bilingue, au sens où il maîtrise parfaitement la rhétorique juridique dans les deux langues, ce qui lui permet de plaider partout au pays. "Je ne connais pas d'avocat aussi à l'aise que lui pour plaider aussi bien à Montréal qu'à Toronto", dit Gérald Tremblay, associé chez McCarthy Tétrault et prochain bâtonnier du Québec.

Guy Pratte, lui, explique son succès par le fait qu'il travaille fort et parce qu'il est un passionné de l'art oratoire. Ce qui le fait triper, dit-il, c'est la plaidoirie. Cela explique son amour des mots -dans les deux langues- et pourquoi il met tant de soin à choisir la façon dont il s'exprime en cour.

Guy est un perfectionniste, dit son ami, le plaideur Doug Mitchell. "Il a le don de choisir les bons mots, mais aussi le bon ton."

Pour préparer un plaidoyer, il aime se lever tôt, généralement vers 4 ou 5h. Il s'installe alors dans le bureau de son condo du centre-ville, et réfléchit dans la tranquillité, entouré de livres qu'il aime bien. Il peut ainsi passer des heures à peaufiner autant les arguments que les mots qu'il va utiliser. Un jour, raconte-t-il, il a pris 20 heures, juste pour préparer un discours de trois minutes!