Selon des documents internes, la firme Davies, Ward, Phillips & Vineberg, où l’ex-premier ministre œuvre comme avocat associé, a décroché de lucratifs mandats auprès de l’UQAM depuis 2006-2007.

Embauché comme négociateur en mai 2007 par l’institution, l’ex-premier ministre a été chargé de tenter de libérer l’université du boulet que représente l’Îlot voyageur, après avoir réalisé qu’elle allait engloutir des dizaines de millions $ de pertes sèches dans le projet.

Lucien Bouchard a donc entrepris des négociations avec la firme Busac, le promoteur immobilier qui est propriétaire du chantier. À ce jour, aucune entente n’est encore intervenue, alors que le squelette de l’Îlot Voyageur demeure abandonné en plein cœur du centre-ville de Montréal.

1,9 M$ de frais en un an

En trois ans, la firme d’avocats a facturé la bagatelle de 2 693 704 $ en frais légaux uniquement pour ce dossier. C’est en 2007-2008 que la facture a été la plus salée, alors que l’UQAM a dû faire un chèque de près de 1,9 million $.

Selon plusieurs sources proches du dossier interrogées par Rue Frontenac, de nombreuses personnes à l’UQAM sont de plus en plus mal à l’aise avec l’ampleur des factures payées par l’institution à la firme pour laquelle Lucien Bouchard travaille.

« Les gens sont scandalisés. M. Bouchard donne des leçons aux autres et pendant ce temps-là, il empoche », dénonce une source.

Rappelons que Lucien Bouchard et une brochette d’une quinzaine de personnalités, dont des ex-politiciens et des gens d’affaires, ont plaidé, il y a deux semaines, pour un meilleur financement des universités du Québec, quitte même à augmenter les frais de scolarité exigés aux étudiants.

Selon la formule avancée par le groupe à l’origine du « pacte », les frais devraient être majorés de 2 000 $ par année pour 85% des étudiants afin de permettre aux établissements de retrouver la santé financière.

L’UQAM a refusé de commenter le dossier. La directrice des communications, Francine Jacques, s'est contentée d'affirmer qu’il s’agissait « d’information privilégiée » et que l’université était tenue au « secret professionnel ».

L’établissement universitaire avait d’ailleurs refusé de divulguer les informations relatives aux honoraires payés à Me Lucien Bouchard et à sa firme dans le cadre d’une demande d’accès à l’information de Rue Frontenac l’automne dernier.

La petite histoire d’un gouffre financier

L’UQAM a été plongée au cœur d’une dérive immobilière sans précédent après la découverte d’un gouffre financier dans deux projets lancés par l’institution pour obtenir de nouveaux locaux.

Le cauchemar de l’institution a débuté avec la construction du Complexe des sciences Pierre-Dansereau qui a coûté 206 M$, soit 41 M$ de plus que ce qui avait été initialement prévu dans le budget en raison d’ajouts d’éléments de construction et d’honoraires professionnels non inclus.

Quant à l’Îlot Voyageur, le complexe devait au départ coûter 325 M$ et compter une gare d'autobus, un pavillon d'enseignement, des résidences étudiantes, une tour à bureaux et un stationnement de 600 places. Une mauvaise évaluation des coûts et des revenus a forcé l'UQAM à stopper les travaux. La facture atteignait alors les 400 M$.


Note: Cet article a été publié ce matin sur Rue Frontenac. Il est reproduit ici avec l'autorisation du journaliste, Jean-Philippe Pineault.