De gauche à droite : Magda Fusaro, rectrice de l'UQAM, Roméo Saganash, diplômé de l'UQAM et ancien député cri, Paul D. Leblanc, donateur, Hugo Cyr, doyen de la Faculté de science politique et de droit de l'UQAM, Pierre Bélanger, directeur général, et Ingrid Chauvin, conseillère à la Fondation de l'UQAM. Photo : Radio-Canada
De gauche à droite : Magda Fusaro, rectrice de l'UQAM, Roméo Saganash, diplômé de l'UQAM et ancien député cri, Paul D. Leblanc, donateur, Hugo Cyr, doyen de la Faculté de science politique et de droit de l'UQAM, Pierre Bélanger, directeur général, et Ingrid Chauvin, conseillère à la Fondation de l'UQAM. Photo : Radio-Canada
Paul D. Leblanc a décidé de faire don de 1,8 million $ à la Fondation de l’UQAM, afin de créer les bourses Albert-Leblanc, qui seront remises à des étudiants issus des Premières Nations et des Inuits du Québec, inscrits au baccalauréat en droit.

Ancien avocat de McCarthy Tétrault à la retraite depuis six ans, M. Leblanc a notamment fait ses études à l’Université d’Oxford, en Angleterre, avant d’orienter sa pratique en litige civil et commercial. Qu’est-ce qui l’a poussé à créer ces bourses et devenir ainsi le plus généreux donateur individuel de l’UQAM? Droit-inc s’est entretenu avec lui…

Droit-inc : Qu'est-ce qui vous a amené à faire ce don à l'UQAM?

J'ai toujours été intéressé à l'histoire. Lorsqu'on lit l'histoire du Québec et du Canada, on peut voir que les Premières nations ont été, en général et à des degrés différents, assez mal traitées. Ça continue aujourd'hui. On sait que beaucoup de villages où habitent les Premières nations et les Inuits n'ont pas d'eau courante, pas de services municipaux élémentaires. Les fondations des maisons dans le nord commencent à céder à cause du réchauffement climatique.

Je me suis dit que c'était important pour ces gens-là de s'aider soi-même, et que s'ils avaient parmi eux des gens qui pouvaient promouvoir leurs intérêts sociaux et économiques, ce serait un pas vers l'avant.

Avec une vision peut-être un peu trop traditionnelle (rires), je me suis dit que les études de droit pouvaient mener des jeunes représentants de ces groupes à travailler pour les intérêts de leur communauté.

La bourse Albert-Leblanc ne fera aucune distinction de sexe, de distinction entre les diverses nations et les Inuits. Tous peuvent en faire une demande, et j'espère que ça va fonctionner! Avec les années, j'espère que ce sera le coup de pouce qui encouragera les gens à défendre leurs intérêts.

Je discutais récemment avec la directrice générale de Justice Pro Bono qui me disait que les avocats sont souvent perçus chez les Inuits comme des gens qui emprisonnent des membres de la communauté et qui séparent des familles...

Elle a tout à fait raison. D'ailleurs, lors de la présentation officielle de la bourse, nous avions avec nous un avocat issu des Premières nations, l'ancien député Roméo Saganash. Il disait justement que les avocats et les juges qui voyagent dans les terres inuits sont souvent assimilés à la notion de la justice punitive. Avec ma bourse, ce serait, en principe, des avocats formés pour défendre les droits donnés par les traités, ou les droits négociés par d'autres moyens auprès des provinces ou du gouvernement fédéral, pour faire en sorte que les droits des Premières nations soient respectés et développés.

Je n'avais pas dans l'idée de faire d'autres procureurs de la Couronne! (rires)

Pourquoi avoir choisi l'UQAM?

J'ai regardé autour, et l'UQAM m'apparaissait, tant du point de structure que du point de vue social, comme l'université la plus près des gens, certainement de ceux qui souhaitent améliorer leur sort, surtout à partir d'une situation aussi terrible que les nations autochtones ont.

Plus particulièrement, et c'est ce qui m'a finalement décidé, c'est que le doyen de la faculté de droit et de science politique, Hugo Cyr, avait lui-même démontré un intérêt pour ce genre de programme, ce type d'orientation pour sa faculté. Il y avait une ouverture très généreuse de l'UQAM tant à la faculté qu'à la Fondation, pour favoriser ce nouveau programme d'assistance. Ce n'est pas une nouveauté remarquable, mais c'est un premier pas.

Plus il y aura d'étudiants autochtones qui obtiendront la bourse, plus ça fera des petits, et mieux ce sera. Peut-être même que la bourse Albert-Leblanc sera suivie par d'autres personnes qui pourraient être sensibles à ce genre de projet.

Comment avez-vous déterminé le montant de 1,8 million $?

J'ai été conservateur, ça aurait pu être plus. Je me suis dit qu'il fallait deux bourses par année, les deux candidats pourraient s'entraider. Le minimum d'aide nécessaire pour venir de l'extérieur de Montréal, de payer ses cours, de se trouver un logement, de vivre, est de 10 000 $. J'ai sorti ma règle de trois et ma calculatrice et pour produire 60 000 $ de bourses par année, à 3%, ça prenait 1,8 million $. Ça n'a pas été philosophique, mais plutôt mathématique!

Le don ayant été capitalisé, les bourses seront remises à perpétuité.

Pourquoi appeler la bourse Albert-Leblanc, en l'honneur de votre père?

Mon père était juge à la Cour supérieure. Il était alors très intéressé par le développement social au Québec, à partir de la Révolution tranquille. Il était aussi intéressé au respect des droits historiques des Premières nations. Il ne faut pas oublier que si les autochtones n'avaient pas aidé les colons français, ils seraient tous morts du scorbut et il n'y aurait pas de Québec!

Mon père avait une vision historique du Québec et ça comprenait dans une large part l'implication et la reconnaissance et l'évolution sociale et économique des Premières nations de notre État.

Je vous écoute M. Leblanc, et je me dis qu'on peut sortir le gars du droit, mais pas le droit du gars!

(Rires) Vous savez, je suis pourri jusqu'à la couenne! 40 ans, c'est toute une vie!