Marc Gravel. Source: Site web de Langlois
Marc Gravel. Source: Site web de Langlois
Au bout du fil, Me Marc Gravel laisse rapidement transparaître son enthousiasme pour ce qui l’attend. C’est « tout frais », s’exclame-t-il, un soupçon de sérénité dans la voix.

Si le Barreau 1977 semble si posé, c’est parce qu’il vient tout juste de goûter à la félicité de la retraite, lui qui a entamé la sienne le 1er avril dernier.

Me Gravel, qui s’est spécialisé dans les domaines des relations de travail et du droit administratif, est l’homme d’un seul cabinet : Langlois. Il est considéré comme l’un des « bâtisseurs » du cabinet fondé en 1916, où il a passé très exactement « 44 ans, 10 mois et 22 jours » comme il le dit lui-même.

Alors que la pandémie a chamboulé des carrières et précipité des départs à la retraite, Marc Gravel a accepté de dresser avec nous une rétrospective de sa carrière, de nous parler de ses nouveaux projets et d’offrir quelques conseils à la relève juridique. Entretien.

Comment se déroulent vos débuts à la retraite ?

Assez bien, car il s’agit dans mon cas d’un processus continu. J’ai diminué mes heures progressivement dans le courant des dernières années.

La pandémie et le télétravail ont fait le reste : le télétravail m'a aidé à planifier une transition en douceur.

Quel accompagnement Langlois vous a-t-il offert dans le cadre de votre transition vers la retraite ?

J’ai toujours pu compter sur le soutien de mon cabinet. Je me suis senti, jusqu’au dernier moment, comme un membre du groupe à part entière. Mes collègues ont toujours répondu à mes besoins et à mes attentes.

Et cette transition, comment s’est-elle déroulée ?

Il y eut des hauts et des bas, mais c’est normal après 45 ans de vie active. Parfois, on se sent prêt. On a des projets, on a hâte, mais les émotions finissent par remonter à un certain moment.

Et quelles étaient ces émotions que vous avez ressenties avant votre départ ?

Ma dernière semaine chez Langlois a été particulière. Mes collègues étaient présents au bureau, et j’ai eu droit à plusieurs témoignages de reconnaissance, surtout après que notre associé-directeur (Jean-François Gagnon, NDLR) ait souligné mon départ le lundi 28 mars.

Ça a donné lieu à un flot de communication et à une belle vidéo. Je me pensais bien prêt, j’avais pratiquement franchi le pas… Ces témoignages m’ont beaucoup touché en me démontrant que mon passage chez Langlois n’est pas passé inaperçu.

Est-ce qu’un témoignage vous a marqué en particulier ?

Je préfère garder cela pour moi, c’est trop personnel (rires). Je peux vous dire que j’ai beaucoup apprécié les témoignages de la direction, de mes quelques adjointes et de la “vieille garde” du cabinet, soit mes associés depuis 20, 35 et 40 ans.

Dressons une rétrospective. Y a-t-il un moment de votre carrière dont vous êtes particulièrement fier ?

Ma plus belle réalisation, dans le domaine des relations de travail, est d’avoir travaillé pour des entrepreneurs, de grandes entreprises et des PME.

Ces gens-là font vivre nos villes, nos villages, notre monde. J’ai développé avec mes clients une relation de partenariat, qui m’a amené à développer beaucoup d'admiration pour les entrepreneurs. Je vais toujours me rappeler des relations que j’ai nouées avec mes clients.

Parmi les faits marquants, je peux citer les premiers vrais conflits que j’ai rencontrés en droit du travail, comme des grèves et des lock-outs. Ce sont de tels événements, déterminants, qui m’ont confirmé rapidement que je suis fait pour ce domaine.

Je me souviens d’une autre année où j’ai piloté de front jusqu’à neuf dossiers de négociations de convention collective. Ce fut assez exigeant, mais aussi marquant et formateur.

Ma plus grande fierté, avec mon cabinet, est d’être resté pendant 45 ans. Je suis content d’avoir été solidaire et loyal durant toute cette période, en plus d’être considéré comme un bâtisseur du cabinet.

Pensiez-vous que vous seriez l’homme d'un seul cabinet à vos débuts ?

C’est difficile à projeter (rires). Certains vous diront que la loyauté est une forme de facilité, mais je vois les choses différemment. Pour moi, c’est un défi, un enjeu d’implication, d’engagement et de valeurs. J’ai trouvé chez Langlois des gens qui pensent comme moi, avec des ambitions similaires aux miennes. C’était tout naturel pour moi de rester, et d’y faire toute ma carrière.

Votre carrière a-t-elle ressemblé à ce à quoi vous vous attendiez lorsque vous avez quitté l’université ?

Oui, car j’ai toujours voulu faire des relations de travail, même que j’envisageais à l’origine de travailler pour la partie syndicale !

J’ai finalement travaillé pour la partie patronale lorsque j’ai commencé en droit du travail, mais nous l’avons toujours fait de façon non belliqueuse et très respectueuse. Je me suis vite senti à l’aise dans cet univers.

Est-ce que vous feriez quelque chose autrement dans le cadre de votre pratique ?

Je dirais que non. J’aurais des regrets si je ne m’étais pas impliqué dans la gestion du cabinet, si je n’avais pas fait valoir mes idées à l’interne.

Nous avons connu une très belle progression au fil des années. Nous étions, à mes débuts, une dizaine d’avocats à Québec. Aujourd’hui, nous sommes environ 150 avocats. Nous avons une belle équipe, des gens compétents, des avocats dévoués et du personnel dédié. Je me suis toujours senti à l’aise dans cet environnement, et je ne crois donc pas que j’aurais fait des choses différemment.

Des conseils pour la relève en relation de travail et en droit administratif ?

L’avocat est là pour servir, et non pas pour son propre bénéfice. Il faut donc prendre son rôle au sérieux, mais il ne faut pas “jouer” à l’avocat. Il faut aimer nos clients, et je pense qu’ils le rendent bien lorsque nous le faisons sincèrement.

Nous avons la chance d’exercer l’une des plus belles professions du monde. Nous pouvons être très heureux, pour peu que l’on s’engage à fond dans celle-ci.

Quels sont vos projets pour la retraite ?

Il y a des lieux communs, comme la lecture, les voyages et mes petits-enfants, mais j’ai aussi quelques projets, dont l’écriture d’un livre d’histoire pour enfants.

J’aimerais aussi m’adonner à ma passion pour le vin en m’occupant de mes vignes et en aidant d’autres passionnés du vin à développer les leurs en France. J’ai créé ma propre entreprise, La Dive Bouteille, pour m’aider à m’amuser et à offrir des services-conseils à celles et ceux souhaitant acquérir des parcelles de vignes outre-Atlantique.

Une bonne façon d’aborder sa retraite est sans doute de diminuer progressivement son nombre d'heures de travail, mais surtout d’avoir de vrais projets pour s’occuper. J’ai confiance de réussir ma retraite, je suis serein et en bonne santé, j’ai bien hâte d’en profiter.