1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ? Un heureux hasard ou une évidence ?

J’ai toujours eu un amour des mots et de la lecture; j’aime le mot précis et l’argumentation. Cela dit, je ne savais pas trop où m’en aller quand est venu le temps de faire mon choix de carrière. Il faut savoir que je ne viens pas du tout d’un milieu d’avocats : ma mère était technicienne en laboratoire et mon père, policier.

Le droit me semblait comme étant « dans mes cordes », e la discipline m’a littéralement collé à la peau avec les années et avec la pratique ! À l’université, j’aimais beaucoup le droit constitutionnel et international ; aujourd’hui, je fais beaucoup de droit publicitaire. J’aime travailler avec des questions auxquelles je dois répondre rapidement, d’autant plus que celles-ci tournent toujours autour de l’amour du mot précis, justement : il faut s’assurer de dire les choses correctement sur le plan juridique, en tenant compte du message et de l’impression générale qui est laissée.

En faisant mon cours de droit, je me suis tout de suite vue en entreprise. J’ai donc travaillé quelques années chez un grossiste en alimentation avant de faire le saut dans l’industrie des télécommunications, une industrie dont les changements sont tellement nombreux que j’ai parfois l’impression de changer d’employeur tout en restant au même endroit !

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Julie Laurence, conseillère juridique principale pour Rogers Communications et finaliste du Prix ZSA Litige et Gestion de risques
Me Julie Laurence, conseillère juridique principale pour Rogers Communications et finaliste du Prix ZSA Litige et Gestion de risques
Le défi du quotidien dans l’industrie des télécommunications est d’être vraiment résilient et de s’adapter constamment au changement. Il faut aussi savoir répondre aux besoins des clients internes très rapidement.

En termes de défis plus spécifiques, je pense à une époque où la bataille publicitaire entre les concurrents du secteur était à son plus fort. J’ai alors traité et coordonné sept dossiers d’injonction différents sur une période de neuf mois, de Vancouver au Nouveau-Brunswick ! Il s’agissait de dossiers tous différents les uns des autres, avec des questions distinctes dans chaque cas et eu égard à des campagnes publicitaires qui avaient chacune leur propre message. J’ai passé des heures interminables à préparer les dossiers, à faire le pont avec les avocats externes et à travailler de concert avec les gens d’affaires. J’aime beaucoup ce travail qui consiste à articuler les enjeux juridiques auprès des gens d’affaires, de façon à leur permettre de prendre une décision éclairée.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

D’une part, je faciliterais l’accès à la justice. Les dossiers de litige sont très complexes et très lourds et vont souvent de pair avec de longs périodes d’attente. Je demeure positive quant aux mesures que le nouveau code nous amènera. Je crois beaucoup à la médiation qui pourrait être exploitée encore davantage pour aider à assouplir le système et éviter que des dates de procès soient fixées à une date très éloignée.

Je voudrais aussi faciliter la place faite aux femmes dans la profession. Il faut trouver une façon de permettre une réelle conciliation travail/famille, particulièrement en cabinet d’avocats. Les femmes ne veulent pas « perdre le momentum » à une certaine étape de leur carrière, mais ont aussi des obligations familiales. Il n’est pas toujours facile d’arriver à conjuguer la réalité d’affaires et la nécessité de livrer le service avec ces obligations.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Je pense que la perception reste la même, et qu’elle reste bonne dans son ensemble. La profession fera toujours l’objet de certains commentaires désobligeants, que les gens émettent parfois sans vraiment y croire, comme c’est le cas de plusieurs « farces faciles » que nous connaissons tous. En dehors de cela, je crois que les gens ayant besoin des services d’un professionnel de notre secteur sont satisfaits et reconnaissent la valeur ajoutée de ce qu’apporte l’avocat.

Pour ma part, je me sens, encore plus aujourd’hui qu’avant, reconnue comme un joueur-clé en entreprise et véritablement intégrée à la compagnie. Lorsqu’on sait gagner sa crédibilité plutôt que de s’en tenir à « dire non », notre opinion est de plus en plus recherchée à l’interne. Par ailleurs, l’implication des jeunes, l’intervention de tous et les prises de position publiques (notamment celles du Barreau) contribuent à cette perception positive générale.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant réussir comme avocat d’entreprise ?

Il faut d’abord choisir le secteur qui nous « allume » plutôt que de « travailler en entreprise pour travailler en entreprise ». Une fois le secteur identifié, il faut tenter d’en savoir plus sur ce dernier, qu’il s’agisse de télécommunications ou d’autre chose. Cela implique évidemment de se faire des contacts, de se faire voir et de participer.

Devenir un bon avocat d’entreprise implique aussi d’aimer travailler en équipe et de partager ses connaissances. Cela suppose la capacité de développer un bon esprit pratique et de synthèse, sachant que les gens d’affaires ne veulent pas s’embarquer dans les détails trop complexes du droit. En effet, ce que les gens d’affaires veulent, c’est qu’on se mette « dans leur peau » sans pour autant « traverser la ligne » ; il faut donc garder notre perspective juridique, mais le faire tout en comprenant les enjeux des gens d’affaires.

En vrac…

Le dernier bon livre qu’elle a lu – Mort à la Fenice (auteur : Donna Leon)

Une télésérie qu’elle visionne assidûment sur Netflix : Silk (à recommander aux amateurs de droit criminel!)

Son expression ou diction préféré : « La vie est trop courte pour s’habiller triste », qu’elle applique à différents niveaux (et non seulement en matière vestimentaire!)

Son péché mignon - Le bon café et les parfums de toutes sortes !

Son restaurant préféré - Bouillon Bilk (Boulevard Saint Laurent)

Sa prochaine destination : Barcelone

• Le personnage historique qu’elle admire le plus (et pourquoi?) - Nelson Mandela, libre penseur qui a fait les choses à contre-courant, qui n’a pas eu peur de mettre de l’avant de nouvelles idées et qui a tenu des prises de position sans précédent.

Si elle n’était pas avocate, elle serait …parfumeuse, pour développer des odeurs qui rendent les gens heureux !!

Me Julie Laurence est conseillère juridique principale pour Rogers Communications Inc. depuis 1991. Elle est responsable du Groupe Consommation pour l’ensemble des divisions de l'entreprise à l’échelle nationale et conseille ses clients internes en matière de droit publicitaire et du marketing, en droit de la concurrence, de la consommation et en matière de propriété intellectuelle. Elle gère également les dossiers de litige en matière de recours collectif ou touchant les domaines du droit commercial, immobilier et constitutionnel.

Me Laurence dirige une équipe d’une vingtaine de personnes, dont cinq conseillers juridiques internes et une dizaine de parajuristes partagés entre Toronto et Montréal. Elle travaille également en étroite relation avec plusieurs équipes de conseillers juridiques externes. Elle est membre du Barreau du Québec depuis 1987 et est diplômée de l’Université Laval. Elle a été finaliste pour le Prix Litige & Gestion de risques aux Prix ZSA des conseillers juridiques du Québec en 2014.