Me Simon Potter, associé chez McCarthy Tétrault
Me Simon Potter, associé chez McCarthy Tétrault
« What a time to be alive ! » dit la chanson.

C’est que le gouvernement britannique doit combler un manque criant de spécialistes du droit rompus aux négociations commerciales internationales.

Le Canada en général et le Québec en particulier ont justement ce dont les britanniques ont besoin.

Deux experts expliquent.

En quoi le Brexit est-il intéressant pour les avocats commerciaux ?

« L’Angleterre a une faiblesse institutionnelle ; elle n’a presque pas d’avocats capables de négocier des traités commerciaux internationaux », explique Me Simon Potter, associé chez McCarthy Tétrault, et spécialiste du commerce et du litige commercial international.

« Depuis près de 50 ans, les Britanniques négocient leurs accords de commerce international par l’entremise de Bruxelles », poursuit Me Peter Kirby, associé chez Fasken Martineau et également spécialiste du commerce transfrontalier.

« Ils devront reconstruire toutes leurs relations internationales commerciales. C’est comme si on voulait construire une maison mais qu’on n’avait personne pour la construire », ajoute Me Kirby.

Les quelque 50 avocats du gouvernement anglais ne font pas le poids faire face aux 550 qui négocieront pour le compte de l’UE.

Il y a donc beaucoup de postes à combler…

Me Peter Kirby, associé chez Fasken Martineau
Me Peter Kirby, associé chez Fasken Martineau
« Plus il y a de frontières, plus il y a de travail, observe Peter Kirby. Il ne fait aucun doute qu’ils sont à la recherche de talents. Les Néo-zélandais leur ont d’ailleurs proposé d’envoyer leurs équipes de négociateurs. »

Simon Potter abonde dans le même sens.

Il prévoit toutefois que « l’Angleterre voudra surtout regarnir les rangs de juristes dans sa fonction publique. C’est comme n’importe quel client qui, au lieu de sous-traiter, privilégie les embauches à l’interne ».

Comment le Québec—et le Canada—peuvent-ils en tirer parti ?

« Ici, on regorge de talent, qui peut négocier un large éventail de clauses: la mobilité de la main d’œuvre, le commerce transfrontalier, la sécurité au travail ou les tarifs douaniers », autant de domaines sur lesquels l’Angleterre devra plancher, soutient Me Kirby.

De plus, « au Canada, tant dans la fonction publique que la pratique privée, il y a plein d’avocats qui ont négocié ou qui négocient actuellement des accords de libre-échange—ALÉNA, Partenariat transpacifique, etc.—et qui ont donc de l’expertise nécessaire à l’Angleterre », dit Me Potter.

Il y a plus : « Au Québec, notamment, l’habitude de négocier dans les deux langues confère un avantage aux avocats d’ici. À tous égards, nous sommes très bien placés pour combler les besoins des Britanniques », affirme Peter Kirby.

N’est-on pas trop optimiste ?

« Même si l’Angleterre avait une armée d’avocats spécialisés dans les traités internationaux, il leur faudrait de toute façon des avocats canadiens pour les aider à faire des ajustements aux traités les liant au Canada », répond Simon Potter.

Il cautionne cependant contre l’excès de zèle : « Ouvrir un bureau à Londres pour profiter de la manne serait une erreur, car c’est une situation éphémère. »

Peter Kirby, quant à lui, insiste sur l’importance de ne pas mettre la charrue avant les boeufs: « Il faut d’abord voir dans quelles conditions la séparation se fera. De cela découleront les besoins des Britanniques. Dans l’immédiat, on est dans la spéculation, rien n’a encore changé, et rien ne changera pour encore une bonne année. C’est difficile de planifier dans ces conditions. »

Les deux experts s’entendent cependant sur une chose, et le disent tous les deux : « Si j’étais un jeune avocat en droit commercial, je n’hésiterais pas une seconde à regarder du côté de l’Angleterre : l’expérience que je pourrai y gagner sera énorme. »