Question :

Monsieur Arcand,

Après une dizaine d'années en pratique privée, j'aurais le goût d'arrêter pour voyager et me ressourcer. Pensez-vous que c'est réaliste de faire ce choix notamment quant à mon éventuel réintégration dans le marché du travail? Merci de votre aide.

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Je comprends que la pratique privée est exigeante tant au niveau des heures que du stress relié à la gestion combinée des dossiers, des clients, des associés, de vos objectifs, etc.. Dans ce contexte, prendre une pause pourrait s'avérer salutaire dans bien des cas dont probablement le vôtre.

D'un autre côté, votre salut n'est pas le seul objectif visé par votre employeur ou plus précisément, par le groupe d'associés qui forment l'instance décisionnelle au sein de votre cabinet. Donc, bien que souhaitable, une pause n'est pas évidente à planifier et à mettre en application.

Peut-être qu’on pourrait vous accommoder si le « timing » est bon mais on évaluera, avant d’y consentir, le risque de créer un précédent qui serait nocif pour le bon fonctionnement de l’équipe en place.

L’éventualité la plus probable est que l’on vous dise que vous êtes libre de prendre votre année mais que l’on ne peut vous garantir votre place à votre retour. Dans le fond, vous démissionnez et si on a besoin de vous dans 12 mois on vous embauchera à nouveau.

Ne sautez pas pour autant à la conclusion que le domaine juridique est inflexible et ne respecte pas ses employés. Vous feriez face à la même situation dans la majorité des secteurs de l’économie et à plus fortes raisons dans le secteur des services comme celui des avocats. La réalité économique d’aujourd’hui ne permet pas de laisser un employé partir pour un an et lui garantir son poste à son retour. Sur ce point d’ailleurs, je doute que l’économie n’ait jamais permis cette situation mais c’est un tout autre débat.

Ceci étant dit et après avoir « crevé votre bulle », j’apporte un bémol. Je pense à deux situations pour lesquelles un cabinet pourrait être plus ouvert à l’idée de consentir à votre demande.

1- Vous désirez prendre une année pour parfaire votre formation (MBA, Maîtrise, etc..). Dans ce cas, les associés pourraient voir cela comme un investissement à moyen terme et consentir à votre demande. Certains cabinets ont même des politiques à ce sujet, particulièrement les grands cabinets. Certains vont cependant favoriser les formations « en action », celles-ci permettant à l’employé de continuer à travailler mais avec un horaire allégé.

2- Vous avez besoin de ce break pour des raisons personnelles. La maladie ou les autres impondérables de la vie ne choisissent pas à quel moments ils frappent. Vous êtes sur le bord du burn-out, un proche est gravement malade ou encore vous devez suivre votre conjoint(e) qui est transféré à l’étranger pour une année. Il est fort probable, compte tenu des circonstances et si vous êtes un employé apprécié, que votre supérieur trouvera une façon de vous accommoder.

Un dernier point, après dix ans en pratique privée, l'aspect clientèle commence à avoir son importance notamment si vous visez une accession au partnership. Prendre du recul pourrait avoir un impact très négatif chez vos clients. Ils seront obligés de se tourner vers un autre avocat et rien ne garantit qu'ils vous reviendront à votre retour. Ceci dit, ce n'est pas bien différent d'un congé parental et les avocats à leur retour retrouvent habituellement leurs clients. Cet aspect ne devrait pas être un « deal breaker » mais il faut en tenir compte.

J’espère que vous ne serez pas trop déçu de ma réponse et que celle-ci pourra vous être utile dans votre réflexion. Je vous souhaite une bonne semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.