Les lobbyistes fédéraux sont en mode Justin Inc.

Don Boudria
Don Boudria
L’arrivée de Justin Trudeau a bousculé la culture politique du pays, mais n’a pas freiné les activités des lobbyistes à Ottawa. Depuis l’entrée en fonction de M. Trudeau le 4 novembre 2015 on ne recense pas moins de 2041 nouveaux mandats actifs de lobbysme et ce, uniquement auprès du Bureau du premier ministre.

Les demandeurs qui désirent attirer l’attention de l’entourage du premier ministre sont nombreux et variés. Le groupe de défense franco-britannique Thales aimerait bien vendre pour quelques milliards de dollars de frégates et de drones à la défense canadienne, l’association des propriétaires de terrains de golf du Canada souhaite que le frais d’entrée à leurs terrains devienne déductible de l’impôt d’un particulier et 28 producteurs ou distributeurs de cannabis sont en attente d’une autorisation ou d’une aide financière.

Des personnages bien connus dans l’univers du parti de Wilfrid Laurier sont présents dans ce nouvel écosystème. Don Boudria qui fut un porteur de ballon libéral pendant 14 ans est parmi les mieux positionnés. L’ancien député et leader parlementaire est conseiller spécial de la firme Hill & Knowlton, a une photo de lui tenant Justin Trudeau sur ses genoux alors que ce dernier avait trois ans bien en évidence dans son bureau et pilote deux des plus gros dossiers de lobbyings actifs : Air Canada qui désire « s’exprimer et s’expliquer » au sujet de la loi sur les langues officielles et le Groupe TSX qui s’active en coulisses en marge de la préparation du prochain budget fédéral.

John J. Tobin
John J. Tobin
Torys LLP, dont le bureau torontois était le centre de commandement de l’équipe Trudeau en Ontario lors de l’élection a enregistré un de ses principaux associés, John J. Tobin, qui défend des dossiers fiscaux très complexes pour le compte de fonds d’investissements et la fiducie familiale de la famille la plus riche du Canada.

Fasken Martineau en tête…

Me Daniel Brock
Me Daniel Brock
C’est toutefois le cabinet pancanadien Fasken Martineau qui a pris le devant de ses concurrents dans cette course à l’influence. La firme a actuellement 34 mandats actifs de lobbying actifs et intervient dans presque toutes les sphères de l’appareil gouvernemental canadien.

C’est l’associé du cabinet Daniel Brock qui est responsable de cette avancée. Un de ses récents faits d’armes : regrouper les principaux manufacturiers automobiles pour faire front commun et réclamer un programme national d’électrification des transports. Il a réussi à asseoir à la même table Mercedes Benz et son archival BMW en compagnie de Toyota, Hyundai et Kia.

…et en quête d’une subvention

Et bizarrement, Fasken Martineau qui occupe autant de place sur la scène du lobbying fait appel à un concurrent pour débloquer un de ses dossiers.

La firme a retenu les services de Will Adam, conseiller principal de la firme Capital Hill (fondée en 1984 par de proches conseillers de Brian Mulroney) pour obtenir une subvention dans le cadre du programme d’investissement des Autochtones qui prévoit des investissements fédéraux de 8,4 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

Marcel fait profil bas

Me Marcel Aubut
Me Marcel Aubut
Depuis qu’il s’est couvert d’opprobre avec sa sortie scandaleuse du comité olympique canadien Marcel Aubut, le « kid de la grande Allée », fait profil bas. L’avocat a toutefois redémarré discrètement mais efficacement sa pratique de lobbysme. Depuis juin il a empoché au moins 550 000 dollars en défendant les intérêts de six clients qui réclament des faveurs gouvernementales.

Me Aubut s’active pour régler un conflit entre le chantier maritime Davie et la Société des traversiers, tente de vendre un projet d’avion-ambulance pour le Groupe Aviation, et négocie pour les sociétés immobilières DSA, Hymus Kirkland et Newman l’achat d’un terrain appartenant à Hydro-Québec et la modification de dispositions de baux intervenus entre les propriétaires d’immeubles et des agences du gouvernement du Québec.