Me Huguette Gagnon
Me Huguette Gagnon
« Un avocat âgé de 55 ans ou plus qui n’exerce pas la profession peut être inscrit au Tableau à titre d’avocat à la retraite, sur demande adressée au directeur général », prévoit l'article 54.1 de la Loi sur le Barreau. « L’avocat à la retraite peut faire précéder son nom du préfixe « Me » ou « Mtre », s’il le fait suivre du titre « avocat à la retraite »; il ne peut cependant prendre le titre d’avocat ou de procureur, verbalement ou autrement, ni exercer la profession d’avocat, (...), y compris plaider ou agir devant un tribunal (...) ».

Ce titre, qui engendre des frais annuels, quoique moindres que ceux exigés à un avocat, ne semble donc conférer aucun avantage réel. Pourtant, beaucoup de juristes choisissent de le porter. Pourquoi?

Un lien sentimental avec le Barreau

Pour Me Huguette Daoust, être avocate à la retraite sert surtout à garder un lien émotif, sentimental avec le Barreau. « Après tout, dit-elle, j’en ai été membre pendant trente ans », dit-elle. Elle dit que cela lui permet également de continuer à recevoir les communications du Barreau. « J’ai renouvelé mon titre pour cette année, mais au printemps prochain, peut-être changerai-je d’idée! Le titre d’avocate à la retraite est, somme toute, une manière moins brutale de quitter », conclut-elle.

On reste toujours un avocat

Me Georges Smith
Me Georges Smith
La raison principale est de pouvoir garder le titre d'avocat, même si, dans les écrits, il faut toujours associer les mots « à la retraite », déclare Me Georges Smith, qui pratiquait au cabinet Beauvais Truchon, à Québec. « Le mot avocat devrait désigner une profession, comme le mot docteur désigne une profession. On ne cesse pas d'être avocat ou docteur parce qu'on prend notre retraite! C'est un peu injuste que l'avocat qui cesse de pratiquer ne puisse plus, en vertu de la Loi sur le Barreau, s'appeler avocat comme le docteur qui continue à s'appeler docteur », explique-t-il.

De plus, ce titre est particulièrement utile lorsqu'on est sur un conseil d'administration, par exemple. Il permet de signifier un certain bagage intellectuel et a plus de sens que simplement « retraité », croit celui qui siège d'ailleurs sur le Conseil d'administration de la Fondation Gaspésie-Les Îles.

On garde le droit de vote ...

Une opinion partagée par Me Huguette Gagnon, connue pour avoir été la première femme arbitre de griefs du Québec, en 1981.

Celle qui a remporté il y a deux ans la prestigieuse distinction Grand Prix - Avancement de la femme, au gala Femmes de mérite de la YWCA Québec, ajoute que garder le titre d’avocate à la retraite lui permet de voter pour les candidats lors d’une élection au Barreau, et d’être informée des activités du Barreau.

À 72 ans, même si elle ne pratique plus comme avocate, Me Gagnon est toujours arbitre de griefs. Même si elle a moins de dossiers qu’avant, elle admet ne pas être capable de prendre entièrement sa retraite, ce qui explique son choix de garder un titre!

… et un pouvoir d’assermentation

Me Lionel Levert
Me Lionel Levert
Me Lionel Levert, quant à lui, rappelle que les coûts requis pour demeurer membre du Barreau sont, évidemment, significativement moindres pour un avocat à la retraite.

Me Levert, qui a passé la plus grande partie de sa carrière à l’emploi du ministère fédéral de la justice avant de prendre sa retraite en 2006, invoque également que l’avocat à la retraite conserve le pouvoir d’assermentation.

Et vous, qu’en pensez-vous?