Valérie Dufour
Valérie Dufour
Valérie Dufour a retrouvé la terre ferme il y a quelques semaines à peine, après presque un an passé à sillonner l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes.

Cette avocate de 47 ans, devenue responsable nationale des ressources professionnelles au bureau de BLG à Montréal, voulait depuis longtemps partir vivre sur un bateau temporairement. « Au fil des amitiés, j’ai été initié à la voile et j’ai toujours été plutôt aventurière », explique-t-elle.

Pour concrétiser son idée, il lui a fallu plusieurs années de préparation, pas mal d’argent mis de côté et évidemment un beau bateau. Un Dufour 38 plus précisément : « c’est un monocoque que nous avions acheté en Guadeloupe. Il est plutôt petit pour traverser l’océan », dit-elle. À bord, il a dû supporter cinq matelots : Valérie Dufour, son conjoint, ainsi que leurs trois enfants, deux filles de 7 et 9 ans, et un jeune homme de 19 ans.

« Des oreilles compréhensives »

Si dans la tête, tout était planifié, il fallait encore mettre au parfum son employeur, BLG. « J’ai toujours eu confiance en mon bureau qui a compris qu’il n’avait pas avantage à perdre des gens compétents et engagés », détaille celle qui travaille au sein du cabinet depuis maintenant plus de 20 ans.

Même si elle avait foi en ses employeurs pour qu’ils acceptent sa demande d’année sabbatique, elle était aussi prête à assumer un éventuel refus. « J’étais assez fébrile quand je suis venue parler de ça dans le bureau de mon supérieur. Et finalement, j’ai eu droit à des oreilles compréhensives. »

Pendant un an, BLG décide donc resserrer l’équipe pour compenser son absence qui devait durer du 15 octobre 2016 au 15 octobre 2017. Une année durant laquelle Valérie Dufour a eu très peu de contact avec ses collègues. Facile donc, de décrocher !

« La connexion internet n’était pas toujours facile, et lorsqu’on en avait une, on organisait le voyage », explique-t-elle.

« Des millions de souvenirs »

Il ne suffit pas d’avoir le pied marin pour se lancer dans une telle expédition, il faut aussi faire preuve d’organisation. « Nous avons loué notre maison, fait des économies… Il faut se préparer matériellement et financièrement, c’est sûr. D’autant plus que nous ne voulions pas nous priver durant notre voyage », poursuit la navigatrice.

« C’est un monocoque que nous avions acheté en Guadeloupe »
« C’est un monocoque que nous avions acheté en Guadeloupe »
Elle a aussi dû faire l’école à domicile. Une « mission » qui l’a plutôt enchantée, elle qui voulait d’abord enseigner la littérature, avant de faire son bac en droit à l’Université de Montréal en 1994. « J’ai adoré enseigner à mes enfants. C’est fou comme on ne les connaît pas dans ces situations », dit-elle.

C’est donc Bescherelle en poche et cahiers de leçon sous le bras que Valérie Dufour emmène sa petite famille de la Floride aux îles Cook, en passant par les Bahamas, la Jamaïque, les îles Galapagos ou encore les Marquises.

De ce voyage, Valérie Dufour garde des millions de souvenirs, parmi lesquels, le passage du canal de Panama. « C’était vraiment quelque chose de mythique pour nous », raconte-t-elle. Elle se souvient également des 21 jours en mer, sans terre à vue. Au bout, les Marquises. « Après de 21 jours de navigation, voir ces îles luxuriantes, c’était incroyable. On était un peu hors du temps. C’était comme si on venait d’arriver au bout du monde », dit-elle.

Son conjoint est resté en Nouvelle-Calédonie pour vendre le bateau, tandis qu’elle a pris l’avion pour revenir au Canada, le 21 août. « Je trouve qu’on s’attache bien plus à un bateau qu’une maison. Je suis très triste de devoir m’en séparer. J’ai l’impression d’envoyer un animal à l’abattoir », confie-t-elle.

« Il suffit de se parler »

Mais Valérie Dufour n’aura pas le temps de le pleurer, d’ici quelques semaines, elle va devoir retourner au travail. En attendant, la vie « normale » reprend peu à peu son cours. « Il faut gérer les assurances, les immatriculations, refaire notre maison, préparer la rentrée scolaire… », énumère-t-elle.

Même si elle n’en ressent pas forcément le besoin, elle sait aussi que pour faciliter son retour au travail, des programmes pour les employés existent à BLG. Après cette année loin du bureau elle réalise : « à partir du moment où il y a une confiance mutuelle et une volonté de transparence, je pense qu’on peut tout se dire. Mon expérience m’a démontré qu’il suffit de se parler ».

Si elle ne sait pas encore quel sera son prochain grand projet dans les 10 années à venir, celui de la retraite est déjà bien avancé : « j’aimerais opérer dans une marina »…