Catherine Dauvergne, doyenne de la Peter A. Allard School of Law
Catherine Dauvergne, doyenne de la Peter A. Allard School of Law
Étudier le droit n'a jamais été une sinécure, mais les choses semblent plus difficiles aujourd'hui.

C'est du moins ce que constate Catherine Dauvergne, doyenne de la Peter A. Allard School of Law de l'Université de Colombie-Britannique.

Celle qui est également chercheuse et auteure de traités jurisprudentiels remarque ainsi que le niveau de difficulté augmente depuis plusieurs années : les barrières à l'admission sont plus élevées, les étudiants doivent avoir les meilleures notes possible et les attentes de rendement sont importantes.

Catherine Dauvergne, qui prend la plume pour le compte du Conseil des doyens et des doyennes des facultés de droit du Canada dans le magazine Slaw, observe que plus la concurrence vers laquelle les écoles poussent les étudiants est féroce, et moins on a d'espace pour en parler.

Les inscrits aux facs de droit sont membres de sept groupes ou organisations en moyenne. « Et on ne parle ici que des activités parascolaires, écrit-elle. C'est beaucoup d'action en dehors des cours qui sont beaucoup plus exigeants », et cela, sans compter que plusieurs d'entre eux ont aujourd'hui plus de responsabilités personnelles.

Deux facteurs agissent sur la tendance à s'intéresser aux mieux-être des étudiants, selon Catherine Dauvergne : la culture des campus universitaires et la profession.

Sur les campus, d'abord, « la culture qu'on y retrouve isole les étudiants de leur réseau de soutien, leur impose davantage de stress, tout en leur faisant savoir qu'ils sont maintenant indépendants, et responsables de leur bien-être ».

Alors que l'on comprend mieux les rouages de la santé mentale, on remarque qu'à l'âge où l'on fréquente un campus est celui où les diagnostics de dépression, de psychose et de schizophrénie apparaissent.

La profession juridique est un autre vecteur de défis pour la santé et le mieux-être. Le métier est notoirement stressant, imbibé d'une forte culture machiste, où la prévalence de dépendances de toute sorte est alarmante.

On le sait, mais on ne fait pas grand-chose pour changer la donne, déplore Catherine Dauvergne. « Prenons l'exemple de l'alcool. Pourquoi y en a-t-il tellement? Est-ce que c'est ce que les étudiants veulent lorsqu'ils vont aux événements organisés par les cabinets? Boudera-t-on leur soirée s'il n'y a pas de bar ouvert? Doit-on boire pour obtenir un emploi? »

S'occuper de santé et de bien-être dans les facs de droit force à poser ce genre de question, écrit la doyenne britanno-colombienne.

Car si on veut s'attaquer à cette problématique, il faut aller au-delà des cours de yoga. « Il faut avoir le portrait d'ensemble. Voir que d'ajouter des activités sportives et des séances de méditation, et d'autres activités qui sont autant d'occasions de mousser la concurrence, imposent davantage de choses à faire aux étudiants. »

Ce qui est contraire à l'idée du bien-être.

Il faut peut-être aller dans le sens contraire, conclut Catherine Dauvergne : exiger moins de soi-même, se contenter de ne pas toujours donner son 100 %. Tout un défi dans un milieu où le surpassement, la frénésie, et la concurrence ont force de loi.