Me Anne-France Goldwater est reconnue en tant que spécialiste du droit familial.
Me Anne-France Goldwater est reconnue en tant que spécialiste du droit familial.
Les Montréalais auront droit, d’ici décembre prochain, à leur registre public des chiens «potentiellement dangereux» de leur quartier. Un peu comme les États-Unis ont leur registre public des délinquants sexuels…

Cette nouveauté s’inscrit dans les changements apportés au règlement animalier en août dernier sous le joug de Valérie Plante. La mention «Ici, chien dangereux» devra être bien en vue sur la résidence des propriétaires qui possèdent des bêtes qui ont mordu ou tenté de mordre. De quoi faire peur aux facteurs!

« Il n’y a qu’une race qui existe. On l’appelle CHIEN ! », a lancé Me Anne-France Goldwater en entrevue avec Droit-Inc.

L’avocate pro-animaux a accepté de partager son opinion quant aux nouvelles lois implantées par la Ville pour prévenir des incidents regrettables. Au final, elle en est satisfaite, mais croit qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire, soulignant que ce sont systématiquement les bêtes qui sont pointées du doigt, alors que la protection des citoyens passe avant tout par l’éducation des maîtres.

Droit-inc : Les chiens seront désormais regroupés en trois catégories : «normal», «à risque» et «dangereux». Vous en pensez quoi?

Me Anne-France Goldwater : Il n’y a qu’une race qui existe. On l’appelle CHIEN ! Il est scientifiquement prouvé qu’il n’y a aucun lien entre l’apparence morphologique d’un chien et sa dangerosité. Les chiens sont comme les humains : petits, gros, poilus, pas poilus, frisés ou pas…

Deux enfants issus des mêmes parents peuvent naître avec une apparence totalement différente malgré leur même bagage génétique. Cela n’a rien à voir avec leur potentiel de péter un câble! Tous les humains peuvent être dangereux. C’est pareil pour les chiens.

Un registre public des chiens «potentiellement dangereux», est-ce pertinent selon vous?

Plus ou moins… Il y a déjà beaucoup de gens qui ont peur des chiens, notamment certaines personnes qui proviennent de pays où les chiens ne sont pas domestiqués, donc plus sauvages et plus menaçants. Les maîtres doivent en être conscients. Il ne faut pas nourrir la peur, mais plutôt sensibiliser les maîtres quant à la crainte potentielle des personnes qu’ils croisent dans la rue.

Personnellement, je tiens toujours mes chiens en laisse et je leur mets un harnais quand je les promène. Je les garde toujours près de moi et je ne les promène pas tous en même temps pour garder le contrôle sur eux. Si une femme d’à peine 100 livres sort promener ses deux colosses de 150 livres, elle coure le risque qu’un incident survienne!

Concrètement, de quelle façon est-il possible de prévenir les incidents?

Il faut miser sur la réhabilitation, pas la punition!

Pour la plupart, les morsures sont créées par la crainte de l’humain ou par un geste brusque qui effraie l’animal. L’agression n’est pas naturelle chez le chien. Les attaques fatales sont en grande majorité commises par des chiens sauvages qui vivent en liberté dans les territoires du Nord. Il faut mettre la paranoïa et les préjugés de côté!

En gros, il faut dresser le maître pour lui apprendre à penser en chien! En ce sens, des cours de dressage sont extrêmement pertinents!

C’est important que les familles sachent choisir un type de chien qui convient à leur réalité et qu’elles apprennent à le maîtriser. Un immense chien très excité avec de très jeunes enfants, ce n’est peut-être pas la meilleure idée…

Ensuite, si un animal mord, il faut évaluer s’il a le potentiel d’être réhabilité. On n’euthanasie pas les individus qui ont commis des crimes atroces! On les réinsère socialement et plusieurs arrivent à reprendre une vie normale! Je pense que ça devrait être la même chose pour les chiens. Il faut savoir leur faire développer leur plein potentiel de manière positive.

Prenons le cas de Michael Vick, l’ancien joueur de football américain arrêté pour avoir orchestré des combats de chiens avec ses 51 bêtes… 49 d’entre elles ont pu être réhabilitées et replacées dans de bonnes familles sans causer d’incident violent même si elles avaient été entraînées pour le combat!

Il faut savoir donner une deuxième chance, mais bien sûr, il y aura toujours des cas irrécupérables, autant chez les chiens que chez les humains. Parfois, il faut aussi savoir accepter la défaite…

À votre avis, quelle est l’approche à adopter pour inciter la population à respecter la réglementation?

Il faut créer des lois raisonnables qui englobent tous les types de chiens, autant de petite que de grosse taille. Si on impose des lois trop contraignantes, on pousse les citoyens à les contourner. Il faut aussi que les inspecteurs animaliers soient des gens qui aiment les animaux, pas des bourreaux auxquels on a pas envie d’obéir.

Les maîtres doivent se responsabiliser par rapport à leurs bêtes. Il faut les sensibiliser aux risques et les motiver à bien faire les choses en respecter les règles pour prévenir les incidents.

À Calgary, les propriétaires de chiens reçoivent un livret de coupons-rabais lorsqu’ils payent la médaille et le permis annuel de leur animal. Comme par hasard, tout le monde s’empressent d’aller régler la facture!

Il faut aussi miser sur la santé publique. Je compte relancer le projet d’une assurance mandatoire pour chiens et chats qui offrirait un rabais sur les permis des animaux et couvrirait les soins prodigués, en plus d’assurer les dommages causés par un animal dans un appartement pour que les propriétaires ne puissent plus refuser d’animal et pour stopper les abandons.

Et si l’on imposait un nombre d’heures de cours obligatoire préalable à l’adoption de certains types de chiens, tout comme on le fait pour les permis de conduire de différentes classes ou les permis de port d’arme?

C’est une excellente idée que je serais même prête à parrainer!

Et la saga des pitbulls, qu’est-ce que vous en dites?

C’est bien qu’on ne vise plus spécifiquement les pitbulls comme étant les «gros méchants». On crée un faux sentiment de sécurité en disant à la population qu’on contrôle une race. C’est aussi aberrant que de penser qu’on pourrait stopper le terrorisme si on éliminait les personnes arabes!

Quand une personne de race blanche commet un crime, les médias parlent rarement de son origine ethnique. Mais si la personne est de race noire, c’est toujours mentionné! C’est la même chose pour les pitbulls: toutes sortes de chiens mordent, mais quand c’est un pitbull, ça fait les manchettes!

Me Anne-France Goldwater est reconnue en tant que spécialiste du droit familial. L’avocate montréalaise de 58 ans a participé à de nombreux procès décisifs qui ont marqué la jurisprudence canadienne.

La juriste colorée s’est également fait connaître du grand public à l’émission L’Arbitre. Son franc-parler, sa personnalité flamboyante et certaines décisions qu’elle a rendues en ondes en ont décoiffé plus d’un! L’émission a aussi permis aux Québécois de découvrir sa passion pour les animaux dont elle est une fervente défenseure. Elle parraine d’ailleurs la Coalition pour la promotion de la sécurité des personnes et des chiens (CPSPC) et a soumis ses recommandations à la mairesse en lien avec la refonte du règlement animalier.