Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
À 18 ans, Me Sylvain Lévesque était co-propriétaire d’une discothèque à Sherbrooke : l’Opus 31.

Celui qui allait plus tard défendre les droits des enfants du Québec s’était embarqué comme barman au milieu d’une grève des cégeps. Il a fini par devenir actionnaire de la discothèque et ne plus revenir en classe. Marié à 19 ans, premier bébé à 20 ans, il a travaillé dans le milieu des bars pendant huit ans.

Ensuite, direction Québec pour travailler dans un restaurant de la famille Germain, avant qu’elle n’ouvre la chaîne d’hôtels éponyme. Me Lévesque était le gérant du restaurant bien nommé le Cousin Germain, un poste qu’il a occupé jusqu’en 1992.

Et là, changement de carrière complet à 39 ans!

Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
« Je suis déménagé à St-Lambert, et là j’ai commencé des études, indique l’avocat. Je trouvais que je plafonnais. J’avais besoin d'une autre vie. »

Ce n’est pas pourtant le milieu de la restauration qui déplaisait à Me Lévesque. Le contact avec les gens, ç’a toujours été important pour lui. Mais les horaires, c’est autre chose...

« Ça a été bénéfique pour moi et pour ma santé d'avoir une vie un peu plus normale, malgré que j'adorais la restauration, confie l’avocat. Ce n’est pas par dégoût que je suis parti! En restauration, on vend du plaisir. Dans le droit, ce n’est pas toujours le cas. »

Stagiaire et associé la même année

Me Sylvain Lévesque est chanteur à ses heures. Photo de courtoisie.
Me Sylvain Lévesque est chanteur à ses heures. Photo de courtoisie.
Après un certificat en droit à l’Université de Montréal, Me Lévesque a complété un baccalauréat à l’UQAM. Pourquoi le droit, d’ailleurs?

« Je ne le sais pas! répond le Barreau 1999 après quelques secondes de réflexion. Mes parents me disent que j’en parle depuis que je suis tout jeune, et mon frère est avocat. Mais j’ai décidé d'aller en droit parce qu’il y a quelque chose là-dedans qui m’attirait. »

Me Sylvain Lévesque fait son stage du Barreau dans un bureau d’avocats de St-Hyacinthe, où il rencontre sa future épouse, Me Yolaine Lindsay. Ensemble, il unissent leur vie en se mariant, et leur pratique en fondant Lindsey Lévesque Avocats en 1999. Tous deux se consacrent au droit de la famille et au droit criminel.

L'Escabèche, l'ancien resto de l'avocat. Photo de courtoisie.
L'Escabèche, l'ancien resto de l'avocat. Photo de courtoisie.
Il ouvre même un restaurant à St-Hyacinthe avec son fils, l’Escabèche, où ils servent des tapas. La restauration n’est jamais bien loin dans le coeur de l’avocat!

Jusqu’en 2014. La femme de Me Lévesque décède d’un cancer. Il ferme son bureau d’avocats, voyage à travers le monde, finit par rencontrer quelqu’un.

« Quand je suis revenu en 2017, j’ai décidé que je ne représentais plus que des enfants, se souvient l’avocat. Je trouvais que j'apportais plus en représentant des enfants que des adultes. Ils ont un plus grand besoin et je trouve ça plus agréable : les enfants sont plus honnêtes que les adultes. Même s’ils ont beaucoup de problèmes, j'ai une meilleure communication avec eux. »

Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
Me Sylvain Lévesque. Photo de courtoisie.
Tous ses dossiers proviennent de l’aide juridique. Ceux qui frappent le plus, ce sont ceux impliquant de jeunes enfants victimes de violences sexuelles et d’abus.

« Ce sont des dossiers très marquants, en dit simplement Me Lévesque. Je vous dirais qu’un seul est un de trop, mais il faut les faire, hein? »

Parfois les enfants et adolescents se confient à l’avocat sur les violences qu’ils ont subi, parfois non. L’avocat s’en remet alors à la preuve.

Dans les situations d’abus sexuels, les enfants sont plus réticents à parler : ils ont vécu un traumatisme, et « vont avoir des réticences même à dénoncer les abuseurs, souligne l’avocat. Souvent, c'est fait par des personnes qu'ils connaissent bien. »

Malgré les dossiers poignants, Me Lévesque ne regrette pas son passage vers le droit, ni sa décision de ne représenter que des enfants, au contraire. Il ne refuse jamais de dossier, et fait avec les bas tarifs de l’aide juridique.

« Je suis rendu à un moment de la vie où je peux me le permettre », indique-t-il en admettant qu’on « ne devient pas millionnaire » avec ces tarifs. « Quand tu es passionné par ton travail, tu ne le fais pas pour l’argent. »

L'Escabèche. Photo de courtoisie.
L'Escabèche. Photo de courtoisie.
L’avocat attend comme beaucoup d’avocats à leur compte la réforme de l’aide juridique, dont les tarifs forfaitaires ne représentent pas le travail qu’il effectue. « L’aide juridique, si ça existe, c’est qu’il y a un besoin. C’est un besoin. »

La retraite? Pas tout de suite. Peut-être dans quelques années. En attendant, l’avocat y va « plus doucement », de son bureau à la maison où il travaille seul dans la tranquillité.