Me Jean-Daniel Quessy. Photo : Quessy avocats
Me Jean-Daniel Quessy. Photo : Quessy avocats
Une demande de recours collectif a été déposée contre les Sœurs de la Charité de Montréal, aussi appelées « Sœurs grises », à qui l'on reproche de ne pas avoir pris soin adéquatement des enfants vulnérables qui leur ont été confiés sur une période d'environ 50 ans.

La requête a été transmise lundi à la Cour supérieure du Québec par la firme d'avocats Quessy Henry St-Hilaire. Mes Simon St-Gelais et Jean-Daniel Quessy sont les avocats dans ce dossier.

Le demandeur, Jacques Beaulieu, souhaite « obtenir justice pour tous les enfants vulnérables qui ont eu le malheur d'avoir été placés à la Crèche d'Youville, où ils ont été abusés, maltraités, battus, violés et détruits par les personnes mêmes qui devaient prendre soin d'eux et de leur bien-être ».

Il demande donc l'autorisation d'exercer une action au nom de toute personne ayant été victime « d'abus sexuel et/ou d’abus physique et/ou d’abus psychologique (...) par les préposés laïcs de la Crèche d’Youville, par les Sœurs grises de Montréal (ou) par quelconque autre personne à qui elle a été confiée par ceux-ci, entre 1925 et 1972 ».

La demande de recours collectif qui a été déposée lundi n'évalue pas les dommages qui pourraient être réclamés à la congrégation religieuse. « Le montant sera à déterminer ultérieurement », peut-on lire dans la requête.

De sa création (en 1925) à sa fermeture (en 1972), la Crèche d'Youville a accueilli plus de 78 000 enfants de 0 à 12 ans. L'établissement – situé sur le chemin de la Côte-de-Liesse, dans ce qui était alors la ville de Saint-Laurent – servait de maison d’accueil aux enfants orphelins et à ceux dont les parents, pour une raison ou pour une autre, ne pouvaient plus s’occuper.

Jacques Beaulieu affirme avoir « fait l’objet d’abus physiques et psychologiques de la part (...) des Sœurs grises de Montréal et de leurs préposés laïcs » après son admission à la Crèche d’Youville en 1968, alors qu'il n'avait que trois ans.

Le demandeur dit avoir été « traumatisé (...) des abus dont il a été victime et dont il a été témoin ». Plus précisément, il raconte avoir été frappé à coup de ceintures, avec des règles en bois ou avec la main ouverte; gavé; menacé de mort; rabaissé; démoli psychologiquement; etc.

M. Beaulieu atteste en outre avoir été agressé sexuellement à de nombreuses reprises par un prêtre, un dénommé Conrad, à qui il était confié tous les dimanches pour se rendre à la messe.

Et il n'était pas le seul à subir de tels sévices, spécifient ses avocats. Il ne s’agissait pas de gestes isolés, plaident-ils dans leur requête, mais plutôt d’agressions systémiques répétées, commises par plusieurs personnes, à l’endroit de plusieurs victimes, et ce, sur une longue période.

Décédée l'an dernier, Manon Beaulieu – la sœur de Jacques – aurait notamment confié à son frère « avoir elle-même été agressée sexuellement par des religieuses pendant qu’elle était hébergée à la Crèche x, ajoutant que les Sœurs « s’adonnaient à cette pratique avec plusieurs autres jeunes filles ».

Les recours s’additionnent

Me Simon St-Gelais. Photo : LinkedIn.
Me Simon St-Gelais. Photo : LinkedIn.
Au moins une dizaine d'autres causes semblables sont devant les tribunaux à l'heure actuelle. Des recours collectifs ont notamment été déposés ces dernières années par la firme Arsenault Dufresne Wee contre les Clercs de Saint-Viateur, les Oblats de Marie-Immaculée et l'archevêché de Montréal, entre autres.

Le cabinet Quessy Henry St-Hilaire a également intenté un recours collectif contre les Sœurs de la Charité de Québec pour des agressions sexuelles et physiques commises à l'orphelinat du Mont d'Youville.

C'est d'ailleurs la médiatisation de cette cause qui aurait mené Jacques Beaulieu à entrer en contact avec la firme, qui se spécialise dans les recours collectifs.

« Le rôle de ces institutions-là était de protéger les personnes les plus vulnérables de notre société et, clairement, c’est un échec – un échec important », estime l'avocat Jean-Daniel Quessy.

« Parallèlement à ça, je crois que c’est notre responsabilité aujourd’hui de faire entendre la voix de ces victimes-là, de les valider dans leur expérience, de dire : "Oui, on vous a causé un tort", et qu’on les indemnise », considère-t-il.