« À l’heure de la retraite, que voudriez-vous que les gens disent de vous et de votre travail ? »

« Si l’argent et le temps n’étaient pas des facteurs, que feriez-vous ? »

« Quels sont les moments les plus épanouissants de votre vie ? »

Autant de questions que Me Jill Hugessen, fondatrice de Force 10, entreprise de coaching pour avocats, posent à ses clients dans le but de découvrir leurs principales aspirations.

Ce qui importe à Me Hugessen, c'est de savoir comment elle peut accompagner un coaché
Ce qui importe à Me Hugessen, c'est de savoir comment elle peut accompagner un coaché
Un premier contact avec le coaché, une première prise de conscience sur les perspectives présentes et à venir.

« On ne peut pas changer le passé, ce qui m’intéresse c’est de demander : comment je peux vous accompagner ? », explique Me Hugessen.

La particularité de cette ancienne avocate de Stikeman Eliott est de coacher les acteurs du monde juridique : avocats de grands cabinets, professionnels, comptables, exécutifs.

Parmi ses clients, par exemple, se trouvent des anciens et actuels de Stikeman, ou un directeur de technologie d’une grande compagnie.

« Je peux coacher n’importe qui, dit-elle, sauf peut-être celui qui ne veut pas l’être. »

Parfois, il y a des barrières : la crainte, l’égo. Son statut de coach lui offre cette position privilégiée sur l’avocat, ainsi qu’un regard et un recul sur une profession et des professionnels en pleine mutation.

« J’aimerais amener au monde juridique plus d’ouverture à ces techniques de coaching. On apprend à bien écouter, à saisir l’importance des interactions avec les gens, ce qui peut parfois être oublié dans ce monde-là. Si les gens s’écoutaient, s’entraidaient, ils seraient plus heureux. »

Humain

Avoir un impact sur les gens, faire une différence : voilà le succès pour Jill Hugessen, d’abord diplômée en psychologie. Point de hasard.

Parce qu’être coach lui permet également de toucher une corde plus humaine.

Chaque étape fut, pour et selon elle, une pierre qui a construite sa carrière, qui l’a logiquement menée jusqu’ici. À chaque époque son challenge, en quelque sorte.

D’abord en pratique privée, puis chef du contentieux dans une société privée et directrice du développement professionnel de nouveau chez Stikeman : ce qu’elle souhaitait, c’était surtout repousser ses limites, quelque part entre nouveauté et ambition.

« J’ai toujours souhaité sortir de ma zone de confort, solutionner des problèmes, et c’est ce que j’encourage mes clients à faire. »

Ses trois enfants ont aussi changé la donne : même si Stikeman l’a correctement accommodée, la dynamique vie de famille et vie au travail lui a imposé certaines décisions, et la réalité des faits n’a pas forcément épousé ses attentes.

« Cela a eu un impact sur le type de dossiers, et de clients. C’était moins complexe et j’avais moins de clients. Je n’ai pas été capable de vivre avec l’impact de mes choix », dit-elle, reconnaissant au passage son ambition débordante.

Pour elle, le milieu juridique est un milieu stimulant, rempli de gens curieux, ambitieux, intéressés, engagés.

« Il n’y a pas de place pour l’apathie », dit-elle.

D’avocate à coach

Coacher, c’est alors aujourd’hui la suite logique de toute sa carrière.

En développement professionnel, chez Stikeman, elle évaluait les avocats, multipliait les activités pro bono, formation continue, comités.

Dans le milieu juridique, il n'y a pas de place pour l'apathie, selon Jill Hugessen
Dans le milieu juridique, il n'y a pas de place pour l'apathie, selon Jill Hugessen
« Je faisais déjà un travail de coaching, en conseillant des jeunes qui voulaient travailler chez nous ou des employés qui se questionnaient sur leur futur au sein du cabinet. »

Elle a donc pu constater l’évolution de la profession : la transition d’une profession et vocation vers une business, et la révolution des heures facturables notamment.

« Les besoins des clients ont changé et cela a un impact sur notre façon de travailler. »

Ce qu’elle regrette ? La lente intégration des femmes au sein de la profession.

« Les femmes n’accèdent pas encore aux plus hauts postes », confie-t-elle.

S’aider soi-même

À la tête de sa société, auréolée de plusieurs formations suivies aux Coaches Training Institute et International Coach Federation, elle souhaite désormais constituer une petite équipe de coachs et s’installer durablement sur ce marché en pleine expansion.

Gérer le processus de départ d’un collaborateur fait partie, par exemple, de ce qu’elle nomme le coaching problématique, avec ses cas et situations difficiles.

Elle est là pour soutenir le bureau qui souhaite se séparer d’un collaborateur et/ou le dit collaborateur. Aussi, elle peut aider l’avocat qui a de la difficulté à avancer dans sa pratique.

Parallèlement, il y a le coaching de succès, une catégorie qu’elle aimerait accroître à l’avenir. Son travail ? Épauler ceux qui souhaitent se positionner pour avancer dans leurs bureaux, les aider à prioriser, à développer leur leadership.

« Toutefois il n’y a pas de garantie. Le coaché a beaucoup de travail à faire, il faut qu’il s’engage, qu’il s’investisse. »

Pour son coaching, son principal outil est le dialogue. En outre, elle s’appuie sur des questionnaires, des visionnements, des outils de planification.

Depuis janvier 2011, elle travaille de 30 à 35 heures par semaine : consultations, entrevues, recherche de clients, coaching.

Elle possède actuellement une trentaine de clients qu’elle aide à se positionner, à avancer, au sein de leurs bureaux, et dans leur pratique.

Et, le plus important, surtout, elle n’a aucun regret…