1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir une autre profession? Était-ce de famille ou le fruit d’un hasard?

Ni de près ni de loin n’y avait-il d’avocat chez mes amis et parents; j’ai été le premier de mon entourage à être reçu avocat.

Comment cela m’est-il venu? Probablement alors que j’étais au Collège de Montréal. «Tu es toujours prêt à t’obstiner et tu aimes argumenter», me disaient les sulpiciens, en ajoutant que je ferais un bon avocat! Je n’étais, par ailleurs, pas très fort en sciences.

J’ai donc fait une demande pour les HEC et une demande en droit, et j’ai opté pour le droit, sans pour autant que cela ne résulte d’une très longue réflexion.

J’ai commencé à travailler à seize ans, à temps plein et la nuit, pour la banque de sang de la Croix-Rouge. Pendant ma deuxième année de droit, je suis devenu président du syndicat des employés de la Croix-Rouge, ce qui m’a fait connaître le droit du travail.

Il y a bien eu une interruption d’une dizaine d’années, pendant laquelle j’ai fait du droit de la famille, mais je suis revenu au droit du travail ensuite, cette fois du côté employeur. Le fait d’avoir été ‘de l’autre côté’, cela dit, me permet d’avoir de l’empathie pour les gens contre qui je suis aujourd’hui, comme je comprends bien la façon dont les choses fonctionnent.

2. Quel est votre défi de carrière actuel?

Me Luc Deshaies est associé chez Gowlings et bâtonnier de Montréal.
Me Luc Deshaies est associé chez Gowlings et bâtonnier de Montréal.
Le défi que je vis actuellement est celui de cumuler mes fonctions d’associé de pratique privée avec celles de bâtonnier de Montréal. Sachant que j’avais, en début de mandat, décidé de «brasser un peu les choses» dans le but d’intéresser et de sensibiliser davantage les avocats d’affaires au Barreau, j’ai été bien occupé par mes nouvelles fonctions.

Nous avons, l’été dernier, fait la tournée des grands cabinets afin de mieux connaître les enjeux qui les préoccupent, ce qui les intéressent et les activités pour lesquelles ils sont disposés à s’impliquer. Tout cela a porté fruit: les gens me reviennent aujourd’hui avec des idées.

J’ai aussi fait bien du démarchage pour ajouter de nouvelles personnes à plusieurs comités et j’ai bien failli rendre fou, dit-il un peu coupable, le personnel du Barreau avec ma volonté de regrouper, pour la rentrée judiciaire, le plus de personnes possible, avec pour résultat un record d’assistance!, ajoute-t-il non sans fierté.

Il est évidemment nécessaire, pour obtenir des résultats positifs pour notre ordre professionnel, de s’investir beaucoup, ce qui constitue un défi avec les impératifs de la pratique privée et la nécessité de garder ses collègues, ses clients, son bureau et les avocats salariés heureux. Il faut tenter, du mieux possible et même si parfois c’est difficile, de maintenir un équilibre.

3. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je pense qu’elle est égale à celle qui existait à mes débuts, et que la situation n’est certainement pas dramatique.

Pour preuve: une des expériences que j’adore dans mes fonctions actuelles est d’avoir la chance d’assermenter les nouveaux avocats. Tous ceux présents sont très heureux. Les parents sont extrêmement fiers de leur enfant, même s’ils se moquent possiblement à l’occasion, et comme le reste de la population en général il est vrai, des avocats.

4. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je souhaiterais améliorer la perception envers les avocats. Comment? En favorisant l’implication des avocats, notamment par des implications sociales et en faisant diminuer le cynisme qui règne parfois.

À titre d’exemple - et bien que je sois évidemment un peu loin du public puisque je représente des employeurs dans ma pratique -, j’essaie toujours de traiter, quels qu’ils soient, les plaignants convenablement et avec respect. Je ne crois pas, en effet, qu’il est nécessaire de toujours attaquer l’adversaire en ‘y allant pour la jugulaire’, et je crois que les plaignants l’apprécient. L’avocat de l’employeur a certainement sa cause à défendre et doit s’en acquitter, mais il peut le faire de façon objective et poliment.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et souhaitant devenir associé en cabinet?

D’abord, dévouez-vous à votre travail et aimez ce que vous faites. La paie est bonne, oui, mais ne compensera jamais pour la passion de son métier. Il faut aussi, évidemment, savoir être dévoué à son cabinet ainsi qu’à ses clients.

Impliquez-vous: si ça fonctionne pour d’autres, ça fonctionnera aussi pour vous! En effet, en étant assez proche des représentants du Jeune Barreau aujourd’hui, je côtoie des gens qui ont ouvert leur propre bureau et qui s’impliquent pour se développer un réseau de contacts qui leur permet ensuite de contribuer au développement de leur clientèle…et avec succès!

Développez votre notoriété et votre réputation. La courtoisie envers ses confrères, c’est primordial. Je suis de ceux qui croient qu’il y a toujours un moyen de faire comprendre à son client qu’on sort gagnant à développer de bonnes relations avec ses collègues, même s’ils sont nos opposants. Je n’aurais pour ma part pas pu avoir la carrière et le type de fonctions que j’ai à être d’une agressivité sans borne. Les syndicats ne m’inviteraient certainement pas à donner des conférences, pour ne nommer qu’un exemple!

En vrac…

· Le livre qu’il lit actuellement : The Tipping point (auteur : Malcolm Gladwell)

· Le dernier bon film qu’il a vu – Despicable me! (réalisateurs: Chris Renaud et Pierre Coffin)

· Son groupe préféré – Massive Attack

· Son péché mignon – Paris!

· Son restaurant préféré – Bouillon Bilk (boulevard St-Laurent)

· Des destinations à faire rêver… – Il aime beaucoup l’Asie, si bien qu’il retourne à Tokyo à Noël. Il aimerait aller au Myanmar ou découvrir le continent africain.

· Les personnages historiques qu’il admire le plus (et pourquoi?) Barack Obama et Bill Clinton le fascinent, pour leur force de faire croire aux gens qu’ils peuvent réussir.

· S’il n’était pas avocat, il serait…animateur de talk shows à la David Letterman!

Bio
Me Luc Deshaies est associé au bureau de Gowlings à Montréal et l’actuel bâtonnier de Montréal. Il pratique dans le domaine du droit du travail et de l’emploi. Me Deshaies a représenté, entre autres activités, plusieurs employeurs dans le cadre de négociations collectives et individuelles en matière de relations de travail et, à l'occasion, des cadres lors de la résiliation de leur contrat de travail.

Il a plaidé, au cours des années, devant tous les tribunaux judiciaires et administratifs ayant trait aux affaires de relations de travail dans la province de Québec, mais aussi ailleurs au Canada et à l'étranger dans le cadre de fusions ou de transferts d'entreprises.

Me Deshaies siège au Comité exécutif, au Comité des finances, au Conseil général, au Comité de la CARPA et au Comité des Technologies d'information du Barreau du Québec. Il est notamment nommé dans le Who's Who Legal: Canada 2013 et 2012; The Best Lawyers in Canada 2014 et 2013 et a obtenu le prix de l’excellence en matière de diversité à l’échelle internationale de Starbucks.
Me Deshaies pratique le droit en français et en anglais. Il est membre du Barreau du Québec depuis 1986.