Marie-Renée Baillargeon s'est confiée pour la première fois au Journal de Québec à visage découvert.
Marie-Renée Baillargeon s'est confiée pour la première fois au Journal de Québec à visage découvert.
Pour la première fois, Marie-Renée Baillargeon s’est confiée au Journal de Québec à visage découvert. Depuis que le Directeur criminel et pénal du Québec (DPCP) a refusé de porter sa cause devant les tribunaux, elle est désillusionnée par le système de justice qui semble, selon elle, favoriser les «pédophiles» influents, au détriment des victimes.

«Les policiers ont fait un bon travail. Mais je me sens laissée à moi-même. Je suis triste pour l’avenir. Les gens vulnérables sont mal pris au Québec.»

En juin 2009, elle a déposé une plainte criminelle contre son agresseur. Durant les deux enquêtes menées par les policiers, une dizaine de témoins, dont une autre jeune victime, ont été rencontrés. Ils ont tous corroboré les faits.

Influence?

Carmen Rioux, procureure au dossier, a décidé de ne pas déposer d'accusations contre l'agresseur.
Carmen Rioux, procureure au dossier, a décidé de ne pas déposer d'accusations contre l'agresseur.
L’homme, également collecteur de fonds du Parti libéral, a aussi échoué le test du polygraphe, «notamment lorsqu’on lui a demandé s’il avait déjà touché la vulve de la jeune victime», souligne la lettre que son avocat, Marc Bellemare, a envoyée au ministre de la Justice et dont le Journal a obtenu copie.

Cependant, même si les enquêteurs du SPVQ sont convaincus que la preuve est suffisante, lui ayant répété qu’ils croyaient sa version et ne doutaient pas de sa sincérité, la procureure au dossier, Carmen Rioux, a décidé de ne pas déposer d’accusations contre l’homme.

«C’est déplorable. On est devant une injustice», a affirmé, empreinte d’émotion, la femme maintenant âgée de 29 ans.

Cauchemar

Après quelques années à vivre avec ce mal, Marie-Renée a finalement dénoncé les actes qu’aurait commis cet avocat. Mais devant le résultat, elle a l’impression de revivre son cauchemar à perpétuité, pendant que son agresseur est en sécurité.

«Ce sont des gestes honteux dont il n’est pas facile de parler», dit-elle les larmes aux yeux.

Pourtant, elle n’était qu’une enfant en 1999, lorsque cet homme a commis ces attouchements sexuels, alors qu’il hébergeait temporairement la victime, à son domicile et à son chalet. «Il est entré dans mon intimité. C’est indescriptible et angoissant de seulement penser à ces moments-là. Je le voyais comme une personne respectable.»

«Je suis convaincu qu’elle a raison»

Me Marc Bellemare, avocat de la victime.
Me Marc Bellemare, avocat de la victime.
Me Bellemare estime que la Justice commet une grave erreur en refusant qu’un juge puisse écouter le témoignage d’une présumée victime d’agressions sexuelles, se demandant si la Couronne ne ferme pas les yeux à cause du statut public de l’agresseur.

Bien que ce soit la parole de Marie-Renée contre celle de l’agresseur, un procès criminel devrait avoir lieu, mentionne Marc Bellemare.

«Si elle est sincère et crédible, comme on lui a dit, ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas d’accusations portées. Est-ce que c’est parce que le gars est connu et qu’il est proche du politique? Je trouve ça étonnant», a souligné Marc Bellemare.

Si la tentative de faire changer la décision du DPCP échoue, lui et sa cliente se tourneront vers le civil afin de porter des accusations.

Preuve crédible

Selon l’avocat, lorsque la preuve d’une agression sexuelle sur une mineure est le moindrement crédible, un procès criminel devrait avoir lieu.

«La Couronne, pour déposer des accusations, n’a pas à être convaincue hors de tout doute. Elle doit avoir la conviction morale d’obtenir une condamnation», a-t-il soutenu, mentionnant que pour le cas de Marie-Renée Baillargeon, le ministre de la Justice doit démontrer publiquement sa réprobation face aux prédateurs d’enfants.

Inacceptable

C’est grâce à la crédibilité du témoignage de la victime que le juge pourra valider «hors de tout doute» si un présumé pédophile est coupable.

«C’est inacceptable. Dans les dossiers d’agressions sexuelles, en bout de piste, c’est souvent la victime qui va faire la différence, sa crédibilité lors de son témoignage. On lui dit qu’on la croit, la police a fait un excellent travail, mais la Couronne décide de ne pas y aller. Avec elle (la Couronne), c’est le secret total.»