Me Nadia Petrolito est chef du service juridique de L'Oréal Canada
Me Nadia Petrolito est chef du service juridique de L'Oréal Canada
Membre du Barreau depuis 1997, Me Nadia Petrolito est chef du service juridique de L’Oréal Canada. Après avoir débuté en cabinet privé, elle s’est dirigée vers la pratique à l’interne dans l’industrie des cosmétiques.

Elle travaille au siège social de L’Oréal Canada, à Montréal, qui embauche 1200 personnes réparties sur l’ensemble du pays. Le groupe industriel français est présent dans 150 pays et compte 150 conseillers juridiques.

Droit-inc : Quel a été votre parcours pour arriver à la tête du service juridique de L’Oréal Canada?

Me Nadia Petrolito : J’ai commencé ma carrière en pratique privée au cabinet De Grandpré Chait, d’abord en litige pendant deux ans, et ensuite en droit corporatif et fusions-acquisitions pendant un peu plus de trois ans. À cette époque, je me posais des questions sur la suite de mon parcours et je n’étais plus certaine que la profession d’avocat était faite pour moi.

J’ai alors travaillé pendant 8 mois chez ZSA en tant que chasseuse de têtes, ce qui m’a permis de garder malgré tout un pied dans le milieu juridique. J’ai trouvé le domaine du recrutement très intéressant mais j’ai réalisé que j’en voulais plus. Je ne voulais pas retourner à la pratique privée et je préférais me concentrer sur un client plutôt que sur un domaine en particulier.

Avec les contacts que je m’étais faits, j’ai pu postuler et recevoir une offre assez vite. J’ai intégré Avon en 2003 où j’ai occupé le poste de conseillère juridique et de planificateur de campagnes : ils m’ont sorti du droit et j’ai fait beaucoup de marketing. J’ai adoré mon expérience : tout ce qu’on touche nous permet de devenir une meilleure avocate.

Deux ans plus tard, je me suis jointe à L’Oréal Canada qui est très axè sur le marketing, donc mon parcours a été un bel atout. J’ai été conseillère juridique pendant un an avant de devenir chef du département. Depuis quatre ans, je suis aussi correspondante à l’éthique pour le Canada. Je dois m’assurer que le code d’éthique et les quatre piliers sur lesquels la compagnie a été fondée - intégrité, transparence, courage et respect- sont correctement appliqués, ce qui passe par la dispense de formations et la tenue d’une journée d’éthique par année organisée partout dans le monde.

J’ai été très chanceuse, j’ai pu aller dans d’autres domaines et revenir en droit. Les occasions se sont présentées et je les ai saisies. J’ai toujours voulu me diversifier sans être bornée à un domaine en particulier.



Quel est le fonctionnement du service juridique de L’Oréal Canada?

Je suis entourée de deux conseillères juridiques et d’une assistante. Chacune des avocates s’occupe de deux des quatre divisions de la compagnie : produits de luxe, cosmétique active, produits professionnels et produits grand public. Chaque division à ses propres marques et ses propres problématiques. Cette organisation nous permet donc d’être plus proche des autres collaborateurs et des autres secteurs d’activité.

Je prends des dossiers autant qu’elles, qui sont de différente importance et qui risquent d’impacter fortement la compagnie. Je ne peux pas faire uniquement de la gestion et de la supervision, nous sommes une petite équipe. Et puis si on n’est pas sur le terrain, on ne peut pas bien comprendre la situation et conseiller adéquatement.

Nous sommes une filiale à part entière donc nous concentrons sur le Canada et nous ne nous rapportons pas à un autre pays en tant que tel. Nous intervenons dans des domaines très variés : nous faisons de la gestion des risques et de l’évaluation, du droit de la publicité et du marketing, de la propriété intellectuelle, du droit corporatif, du droit immobilier et du droit de la concurrence. Nous nous occupons aussi des contrats d’approvisionnement et des appels d’offres. Les journées ne sont jamais les mêmes, il y a toujours des surprises : il peut y avoir une urgence sur un contrat ou alors on peut nous demander d’assister à une réunion pour répondre à une question très pointue.

Comment décririez-vous le rôle d’un conseiller juridique?

Pour Me Nadia Petrolito, un conseiller juridique doit être ouvert d'esprit, innovateur, respectueux et avoir beaucoup d'intégrité et de sens de l'humour
Pour Me Nadia Petrolito, un conseiller juridique doit être ouvert d'esprit, innovateur, respectueux et avoir beaucoup d'intégrité et de sens de l'humour
J’entends trop souvent que les avocats sont des obstacles aux affaires et que leurs opinions sont en contradiction avec les objectifs de l’entreprise. Le département juridique doit être un partenaire d’affaires et trouver des solutions qui respectent le droit et qui rencontrent les attentes du client. Nous sommes des gatekeepers sur qui les autres départements peuvent se fier et qui proposent la bonne façon de faire pour les accompagner là ou ils veulent aller.

Un conseiller juridique doit être ouvert d’esprit, innovateur, respectueux et avoir beaucoup d’intégrité et de sens de l’humour pour rendre le droit plaisant et accessible! (rire) Nous communiquons beaucoup avec le marketing et nous nous impliquons dans les affaires, nous ne restons pas dans notre coin. Par exemple, nous avons mis en place une infolettre mensuelle qui est envoyée à tous les employés pour les sensibiliser à des questions juridiques, comme la Loi anti-spam et la publicité mensongère. Les relations à l’interne sont très importantes: il faut rester vigilant et toujours les entretenir.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans l’industrie du cosmétique?

Au départ, c’était un pur hasard mais c’est devenu un domaine qui me passionne. Il est très intéressant de se pencher sur l’importance donnée à la beauté tant extérieure qu’intérieure et sur les différentes façons de l’exprimer. Nous sommes très orientés sur l’innovation, la créativité et l’éthique. La variété des produits est aussi très stimulante : nous avons 33 marques, des produits bio et naturels, de luxe et grand public, tous axés sur la recherche et le développement dans le respect des règles en matière de développement durable.

Ce n’est pas tant le produit que la compréhension du produit qui me captive le plus : c’est beaucoup plus que la production de rouges à lèvres et de mascara. Même dans les moments difficiles, de crise, les femmes veulent être belles: c’est un réconfort, on veut se gâter et un rouge à lèvres peut aider à faire une différence et à donner un peu plus de confiance en soi.

Quelles relations entretenez-vous avec les cabinets d’avocats externes?

Nous avons des budgets restreints et nous les utilisons de façon ponctuelle dans des domaines très précis. Ce ne sont pas des partenaires d’affaires constants : nous essayons d’acquérir un maximum de compétences à l’interne.

Actuellement, nous traitons avec des cabinets nationaux, mais nous allons certainement procéder à un appel d’offres dans le but de choisir des avocats en particulier plutôt que des bureaux. Ce n’est pas que je ne suis pas satisfaite du service fourni, mais j’aimerais avoir plus de contrôle sur les coûts et être certaine que j’ai le meilleur service au meilleur prix.

Que pensez-vous des services offerts par l’ACC?

L’ACC nous permet de rester en contact avec les autres conseillers juridiques et de côtoyer des confrères qui vivent le même genre de pratique. C’est très intéressant, surtout pour des petits services juridiques comme le nôtre.

Les ressources offertes en ligne sont aussi un soutien appréciable dans l'exécution de nos tâches. Je reçois notamment des mises à jour sur certains points de droit par courriel ce qui m’aide à rester toujours informée.