Question :

Bonjour M. Arcand,

Je suis un barreau 2006 et je pratique en litige dans un cabinet d’une quinzaine d’avocats. J’ai deux enfants et mon conjoint est également professionnel. Je trouve très difficile d’arriver à concilier le travail et les responsabilités familiales et ce, même si j’ai un bon soutien du cabinet.

Existe-t-il des postes où il est plus facile de concilier les deux, par exemple les postes en entreprise ?

Réponse :

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
La conciliation travail famille ou la recherche d’une meilleure qualité de vie sont les deux principales raisons, sans être les seules, qui motivent les avocats à faire le saut de la pratique privée vers les postes en entreprise ou au sein d’un organisme.

Est-ce parce que la conciliation est plus facile lorsqu’on est salarié d’une entreprise ou d’un organisme ? La réponse est un oui avec réserve car si elle est moins difficile, elle n’est pas nécessairement facile pour autant.

Même si de plus en plus de cabinets tentent d’offrir un environnement favorable, la nature même du travail rend les choses difficiles. Oui, il y a les heures facturables mais même en fixant des objectifs plus raisonnables, il demeure que les clients consultent souvent de façon tardive soit parce ce qu’il s’agit d’une situation d’urgence, soit parce qu’ils ont simplement attendu à la dernière minute. En litige, il faut en plus ajouter les impondérables reliés aux auditions. En droit transactionnel, les périodes de « closing » amènent aussi leur lot de surprises.

D’un autre côté, la pratique privée offre quand même une certaine liberté quant au moment où le travail doit être effectué. Si votre enfant est malade vous pouvez ajuster votre horaire (à moins d’être en audition ou au milieu d’une transaction). Évidemment vous devrez reprendre ces heures en soirée ou lors de la prochaine fin de semaine mais vous aurez au moins la liberté de le faire sans demander la permission ou hypothéquer votre banque de vacances. Le nombre d’heures facturables demeure la mesure de contrôle et non les heures passées au bureau.

En entreprise, votre présence est habituellement requise à moins de demander l’autorisation et de prendre un congé. Votre revenu sera affecté et le travail restera sur votre bureau, rien n’est parfait en ce bas monde. Par contre je crois que la conciliation est quand même plus facile lorsqu’on a un seul client, votre employeur, ne serait-ce que parce qu’on peut voir venir les urgences un peu plus longtemps d’avance.

Ceci dit, chaque milieu de travail est différent et chaque gestionnaire l’est tout autant ; par conséquent, il faut éviter de prendre les tendances ci-haut décrites pour des faits avérés. Il y a des exceptions et beaucoup de nuances à faire. Mais une chose demeure, concilier travail et famille lorsque l’on a un métier exigeant et quelques fois stressant n’est jamais facile.

Certains diront qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Le bonheur d’avoir des enfants a un prix et c’est souvent celui d’accepter pour un temps d’être moins performant au bureau ou d’y prendre moins de responsabilité.

Pour vous encourager, dites-vous que l’enjeu de la conciliation travail famille n’est pas l’apanage des juristes ni même des professionnels. Pensez un peu à cette mère de famille monoparentale qui travaille en soutien administratif dans une PME. Elle doit aller porter les enfants au CPE en autobus, se rendre au bureau pour 8h00 sans faute, récupérer les enfants à une heure raisonnable et terminer sa journée avec la routine des devoirs, souper, bain et dodo. Pas de budget pour une aide ménagère et pas de conjoint pour partager les tâches…. Quand on se regarde, on se désole, quand on se compare, on se console…

En terminant, si vous décidez de quitter la pratique privée pour faire le saut en entreprise, prenez le temps d’en discuter avec les employeurs potentiels afin d’être certain que vous ne regretterez pas votre choix. Certains milieux sont clairement plus flexibles que d’autres non pas parce que les gens ne veulent pas s’adapter mais bien parce que la nature même du travail l’exige.

Sur ce, je vous souhaite une bonne semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.


Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.