Me Anne-Frane Goldwater est-elle inhabile à agir?
Me Anne-Frane Goldwater est-elle inhabile à agir?
Au mois de mai dernier, Dalila Awada a mandaté Me Anne France Goldwater pour déposer une requête en diffamation au Palais de Justice de Montréal contre Louise Mailloux, ex candidate du Parti Québécois et militante pro-charte, le blogueur Philippe Magnan et le site web vigile.net, à qui elle réclame la somme de 120 000 dollars en dommages moraux et punitifs.

La jeune femme musulmane de 24 ans qui s'était publiquement affichée contre l'interdiction du port de symboles religieux leur reproche d'avoir contribué à la dépeindre « comme une manipulatrice à la solde d'intégristes musulmans » - peut-on lire dans la requête introductive d'instance.

En janvier, Mme Mailloux a riposté à la requête en diffamation en déposant une demande reconventionnelle de 68 000 dollars contre la plaignante et son avocate, estimant que cette dernière aurait porté atteinte à sa propre réputation.

Mais ce n'est pas tout : pour la militante laïque, Me Goldwater ne peut pas intervenir dans ce dossier, rapporte La Presse. « Elle a un intérêt personnel à faire valoir dans la présente poursuite », soutient la militante laïque.

Dans une requête déposée le 6 février dernier, elle demande à la juridiction de déclarer la célèbre avocate inhabile à agir au motif qu'elle épouse la cause de sa cliente, et est trop opposée au Parti Québécois pour avoir la distance requise pour agir.

Pour appuyer ses dires, Mme Mailloux cite plusieurs messages publiés sur Facebook et Twitter par Me Goldwater. « Le PQ et leur gang sont racistes ! » aurait-elle écrit en septembre 2013 sur Twitter.

Avocat ou témoin ?

Me Patrick Ouellet, avocat de Mme Mailloux
Me Patrick Ouellet, avocat de Mme Mailloux
Dans un autre message, Me Goldwater l’accuserait de répandre un discours haineux envers les Juifs. «(Louise Mailloux) devrait être un embarras pour Pauline, compte tenu de ses opinions antisémites ».

Dans la requête dont La Presse rapporte le contenu, il est également indiqué que Me Goldwater pourrait être appelée comme témoin à la cause parce qu'elle « a participé au battage médiatique ayant pour but de discréditer la défenderesse Mailloux (…) .»

Pour le cabinet Goldwater Dubé cette demande n'est pas fondée. « Mme Awada a droit à l'avocat de son choix dans ce litige que chacun des défendeurs conteste âprement. Votre cliente a choisi un cabinet de haut calibre pour la représenter, ce qui est son droit le plus strict. Elle ne peut contraindre la demanderesse à se priver des services d'une avocate chevronnée comme Me Goldwater afin que les parties se retrouvent à « armes égales », pourrait-on lire dans une lettre adressé à Me Patrick Ouellet, l'avocat de Mme Mailloux, le 23 janvier dernier.

« L'avocat doit avoir le recul nécessaire pour représenter son client mais on ne peut lui reprocher de défendre vigoureusement la position de son client », explique Me Karim Renno spécialisé en litige commercial.

Par ailleurs pour qu'un avocat soit appelé à témoigner et donc déclaré inhabile à agir, il ajoute que les critères posés par la jurisprudence sont stricts. « Son témoignage doit porter sur le fond du litige et la preuve ne doit pouvoir être obtenue d'une autre façon », explique-t-il, rappelant que le droit à l'avocat est protégé par la Charte des droits et libertés de la personne.

- Avec QMI