Me François Dandonneau, responsable du comité de recrutement de Gowlings
Me François Dandonneau, responsable du comité de recrutement de Gowlings
Les entrevues se tenant dans le cadre de la course aux stages débuteront officiellement le lundi 9 mars 2015. En attendant, les étudiants en droit comptent les jours qui les séparent de la rencontre avec ceux qu'ils espèrent être leurs futurs collègues et confrères.

La plupart des cabinets participants au processus de recrutement reçoivent entre 80 et 120 candidats pour une première entrevue avec deux ou trois avocats, associés et/ou collaborateurs. Seule une trentaine d'étudiants accéderont à une deuxième entrevue menée par le comité de recrutement du bureau ou plusieurs de ses associés.

Si une sélection s'opère entre la première et la deuxième entrevue, le but de ces rencontres est le même : apprendre à connaître l'étudiant, cerner sa personnalité et le faire se présenter à plusieurs membres du cabinet. « Nous voulons que les candidats nous parlent d'eux, de leurs intérêts, de leurs passions et de ce qu'ils ont mentionné dans leur cv », souligne Me Julie Doré, responsable du recrutement étudiant du bureau montréalais de BCF.

Julie Doré, responsable du recrutement étudiant du bureau montréalais de BCF.
Julie Doré, responsable du recrutement étudiant du bureau montréalais de BCF.
« Nous avons déjà " vu " l'étudiant sur papier et on souhaite maintenant regarder si les éléments qui ont retenu notre attention se retrouvent dans sa façon de se présenter », ajoute Me Catherine Bleau, responsable des programmes sociétaires et étudiants d'Osler, qui pour sa part ne tient qu'une seule et unique entrevue.

Questions classiques

Certains cabinets fournissent une grille de questions en support aux membres du comité, qui ont cependant toute la latitude de la suivre ou non en fonction du parcours et de la situation de chacun des candidats. « Nous faisons le tour de la candidature, interrogeons l'étudiant sur ses buts, il n'y a pas de question piège », indique Me Karine Fournier, coresponsable du comité de recrutement du bureau montréalais de Fasken Martineau.

Parmi les questions susceptibles d'être posées aux étudiants, certaines sont des « classiques » des entretiens d'embauche. Racontez une expérience au cours de laquelle vous avez fait preuve de leadership. Démontrez par un exemple concret que vous êtes capable de travailler en équipe. Citez l’une de vos plus belles réussites ou encore expliquez comment vous avez réussi à surmonter un échec.

Me Catherine Bleau, responsable des programmes sociétaire et étudiants chez Osler
Me Catherine Bleau, responsable des programmes sociétaire et étudiants chez Osler
« Nous pouvons aussi interroger l'étudiant sur le domaine de droit qui l'attire le plus; mais la réponse n'est pas très importante et n'entre pas dans la décision de le retenir ou non ; à ce stade-ci, les candidats n'ont que peu d'expérience en la matière. Il s'agit surtout de les laisser s'exprimer sur quelque chose qu'ils aiment », explique Me Doré.

Actualité et travaux universitaires

Aucune résolution de cas pratique ou de questions de droit théoriques n'est au programme. « Nous laissons ça pour le Barreau », lance Me Fournier. Toutefois, quelques cabinets n'excluent pas d'interroger les candidats sur un sujet traité dans le cadre d'un travail universitaire. « Nous ne voulons pas une dissertation juridique, mais nous voulons voir si l'étudiant est capable d'expliquer un concept de manière claire et concise, ce qui est une compétence nécessaire pour vulgariser de l'information et rendre compte au client », souligne Me François Dandonneau, responsable du comité de recrutement de Gowlings.

Chaque année, le comité de recrutement de BCF sélectionne certains sujets d'actualité sur lesquels seront questionnés les candidats. Il ne s'agit pas d'apprécier la prise de position du candidat mais plutôt sa capacité à argumenter et à défendre son point de vue. « Pendant la période de la réforme du système de santé américain, on a demandé aux candidats s'ils pensaient que c'était une bonne chose. Quelque soit leur réponse, on prenait la position inverse », explique Me Doré.

Le bilinguisme est aussi l'un des points importants sur lesquels les candidats seront interrogés. Critère essentiel pour le cabinet Gowlings, la maîtrise des deux langues officielles est une force mais pas « une fin de non recevoir » pour Fasken Martineau et BCF. « Si les étudiants ont de la difficulté dans une langue, ils doivent avoir un plan pour la corriger et remédier à cette faiblesse », indique Me Doré.

Prendre les devants

Me Karine Fournier, coresponsable du comité de recrutement du bureau montréalais de Fasken Martineau.
Me Karine Fournier, coresponsable du comité de recrutement du bureau montréalais de Fasken Martineau.
Les candidats sont aussi grandement incités à poser des questions à leurs interlocuteurs sur le cabinet et ses champs de pratique. « Une véritable discussion doit s'instaurer et tout le monde doit parler autant. Nous encourageons les candidats à prendre les devants », précise Me Bleau.

L'avocate conseille aux étudiants de bien s'informer sur le cabinet avant l'entrevue, pour être à l'aise, et de profiter de la rencontre pour recueillir l'information qui leur manque, et ce afin d’être capables de faire le bon choix s'ils reçoivent plusieurs offres. « Il est intéressant de prendre des notes après chaque entrevue pour être capable de se souvenir des discussions qu'on a eues avec les avocats rencontrés », dit-elle.

La course aux stages étant un processus de recrutement rigoureux et très prenant, Me Bleau invite aussi les participants à s'organiser avec leurs collègues de classe et à se relayer pour prendre les cours en classe. « C'est fatiguant, mais ça peut être aussi être très amusant si l'on est disposé à se vendre et à se présenter sous son meilleur jour ».

« Il n'y a pas de mauvaise réponse. Les candidats doivent rester eux-mêmes, car c'est sur leur prestation qu'ils vont être choisis ; sinon, tout le monde va être déçu », conclut Me Doré.