1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir une autre profession ?

Le droit semblait au départ être une évidence pour d’autres bien plus que pour moi ! Plusieurs me suggéraient de m’orienter dans cette direction. J’ai d’abord fait un baccalauréat en sciences politiques. En le complétant, je me suis interrogé sur la suite des choses : le droit me paraissait constituer une suite logique. Je possédais des connaissances en droit constitutionnel et sur le partage des pouvoirs, ainsi que certaines autres connaissances de base de par un cours d’introduction au droit civil. Tout cela m’a bien servi une fois entré à la faculté. J’ai par ailleurs découvert que j’avais un tempérament qui correspondait assez bien à la pratique : j’étais méticuleux, curieux et travaillant, et j’aimais l’argumentation.

J’ai par la suite fait un stage chez ce qui est aujourd’hui Davies, pensant devenir un avocat de droit des affaires. Nous étions neuf stagiaires : la plupart cherchaient à éviter la cour alors que moi, je ‘levais la main’! J’ai réalisé que j’étais à l’aise de faire des représentations, et j’ai donc réorienté mon choix pour le litige à la fin du stage. Je suis ensuite passé dans un cabinet boutique de droit bancaire où j’ai eu la chance d’aller à la cour plusieurs fois par semaine.

2. Quels sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Alexander De Zordo est associé du cabinet Borden Ladner Gervais et président de Pro Bono Québec
Me Alexander De Zordo est associé du cabinet Borden Ladner Gervais et président de Pro Bono Québec
L’un de mes défis quotidiens est de rendre, au jour le jour, un travail qui soit à la hauteur des collègues avec lesquels j’ai ou j’ai eu le privilège de travailler, que ce soit en début de pratique avec les avocats du cabinet boutique dont j’ai fait partie, ou ensuite avec les Guy Pratte, l’honorable Louise Arbour, Daniel Ayotte, David Scott, l’honorable Dennis O’Connor, Feu François Rioux ou l’honorable Virgile Buffone, pour n’en nommer que quelques-uns. Il s’agit d’un beau défi que de travailler avec de grands juristes comme ceux-là, pour qui la médiocrité n’est tout simplement pas une option.

Un autre défi vient de mon implication dans le recours collectif relatif au dossier Earl Jones, où nous représentions la Banque Royale du Canada. Nous avions un excellent dossier en droit, de très bons points à faire valoir du côté de la responsabilité bancaire envers des tiers et des principes qui pouvaient potentiellement aller jusqu’en Cour Suprême. Or, il s’agissait en même temps d’un dossier très médiatisé et difficile sur la place publique. Gérer ces deux aspects n’était pas facile, non plus que d’en arriver à un règlement à l’amiable. Nous en sommes cependant arrivés justement à ce que je considère être un excellent règlement, qui permettait de soustraire la Banque Royale du litige en contrepartie d’une contribution monétaire suffisante pour satisfaire les attentes des victimes. Évidemment, c’était un de ces dossiers que j’aurais, comme avocat, préféré plaider plutôt que de régler ! (rire).

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

J’adore ce que je fais : je n’y changerais donc pas grand chose ! Cela dit, si je le pouvais, je changerais, d’une part, l’accès à la justice et, d’autre part, l’heure facturable.

Les heures facturables sont évidemment nos « unités » de travail et constituent pour nous la façon de mesurer les choses. Le fait de comptabiliser combien d’heures il faudra pour faire tel ou tel dossier nous permet, à l’interne, d’en arriver à un certain prix. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que nous devons facturer nos services à l’heure.

Selon moi, quand la profession sera en mesure de soumissionner sur des mandats ou portions de mandats à prix fixe, elle sera mieux en mesure de répondre à la demande des clients, qui exigent de plus en plus que nous adoptions cette façon de faire...une façon de faire qui, à mon avis, nous permet d’ailleurs de mieux gérer nos dossiers, nos effectifs et nos profits, et de mieux travailler de concert avec nos clients.

C’est, en bref, un moyen de devenir plus efficace. En divisant, par exemple, un dossier de litige par phases avec des budgets détaillés pour chacune, on peut mieux gérer son équipe et plus facilement respecter les enveloppes budgétaires des clients, ce qui nous aide par voie de conséquence à mieux gérer notre pratique et nos mandats. En sachant combien le client pense que son dossier vaut, il est possible de faire en sorte, avec l’équipe qu’on bâtit et en y mettant le personnel nécessaire, de respecter les objectifs et l’enveloppe budgétaire prévue.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

Je crois que la perception est meilleure aujourd’hui qu’à mes débuts en pratique. Pourquoi ? En partie en raison du fait que le travail pro bono est plus présent, mieux reconnu, mieux compris et mieux adopté par la profession.

Il est vrai que le travail pro bono, en soi, n’est pas quelque chose de nouveau. Cependant, il est ici généralement fait très discrètement, alors qu’il en est bien autrement aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes, où les choses sont mieux structurées et plus visibles. Le fait de donner plus de légitimité au travail pro bono permet de prendre un certain crédit pour avoir fait du bénévolat, assure un meilleur encadrement et un meilleur service et rejaillit ainsi mieux sur la profession.

La « popularité » du travail pro bono dans les dix dernières années contribue donc, à mon sens, à redorer le blason de la profession.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant réussir en pratique privée comme avocat de litige ?

Le droit est une profession exigeante, et le litige n’est évidemment pas fait pour tout le monde. C’est un combat de tous les jours : avec la partie adverse, parfois avec le juge, et parfois même avec le client quant à la stratégie à adopter, quant à la nécessité d’aller à procès ou de régler, etc. Pour ceux qui veulent en faire une carrière, le litige présente énormément d’avantages et apporte beaucoup valorisation. Les dossiers y sont variés et le métier donne la chance de plaider des points de droit vraiment incroyables.

Le vrai secret ? Work hard and good things will follow. En effet, ceux qui travaillent fort sont bons et… ont toujours plus de dossiers!

En vrac…

Le dernier bon livre qu’il a lu – Outliers : The Story of Success (auteur : Malcolm Gladwell).

Le dernier bon film qu’il a vu – Forrest Gump (réalisateur : Robert Zemeckis).

Sa chanson fétiche – It’s Only Rock ‘N’Roll (Rolling Stones).

Il dit souvent – ‘Let ’s go, tu es capable !’.

Son péché mignon – Le ski ! Il aime la neige, la montagne, la camaraderie du ski et le défi que représente le fait de prendre ‘le virage parfait’.

Son restaurant préféré – Jun i (avenue Laurier).

Il aimerait… faire la tournée des villages nordiques dans les Alpes et…suivre la Coupe du monde de ski alpin !

Le personnage historique qu’il admire le plus (et pourquoi?) - Thérèse Casgrain, pour tout ce qu’elle a fait pour l’avancement des femmes, la justice sociale et la reconnaissance du travail bénévole.

S’il n’était pas avocat, il serait…menuisier!!

Me Alexander De Zordo exerce ses activités au sein du groupe Litige commercial chez Borden Ladner Gervais. Il était le chef du secteur Litige du bureau de Montréal jusqu’à son élection au Conseil national de direction du cabinet en juin 2014. Il est également le chef régional du groupe Anti-fraude commerciale. Il représente régulièrement des institutions financières, des sociétés qui sont victimes de fraudes internes ou externes, des juricomptables, des services de sécurité et d'enquête, des sociétés d'informatique et de haute technologie ainsi que des entreprises de toutes tailles dans le cadre de litiges complexes, d'injonctions, de saisies, de procès, d’arbitrages et de recours collectifs.

Me De Zordo possède une expertise particulière en ce qui concerne tous les aspects de la fraude commerciale et de la corruption soit la détection, l’enquête, la prévention et le recouvrement. Il s’intéresse notamment aux états financiers frauduleux, aux détournements, à la fraude bancaire, à la fraude financière et aux valeurs mobilières, aux lettres de change, aux lettres de crédit, aux transactions frauduleuses, au dépistage d'argent et d'actifs, au blanchiment d'argent et aux produits de la criminalité, aux recours pauliens, à la concurrence déloyale, à la fraude en matière de propriété intellectuelle et à la contrefaçon.