Question :

Bonjour M. Arcand,

Je songe à réorienter ma carrière afin de me rapprocher de ce qui m'a toujours animé: l'international. J'exerce actuellement en litige et je m'ennuie du milieu multiculturel dans lequel j'ai déjà pratiqué et vécu. Je m'interroge donc sur les perspectives d'emploi en immigration d'affaire.

Quelles sont les perspectives d'emploi dans ce domaine ? Quels sont les défis ? Est-ce que la pratique se concentre surtout sur la saisie de formulaires d'immigration ? Je m'interroge également sur les conditions de travail (horaires) et le salaire moyen.

Il me semble que le droit de l'immigration est le domaine juridique le plus exportable qui soit, en ce qu'il est possible de l'exercer où que l'on soit. Ai-je raison ?

Merci pour vos conseils qui sont toujours très appréciés !

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Votre question est intéressante d’autant plus que j’ai moi-même pratiqué en immigration d’affaires pendant 10 ans, principalement avec les programmes d’immigrants investisseurs québécois et canadien.

Je tenterai donc de vous dresser un portrait d’ensemble de ce type de pratique en évitant les aspects de « l’immigration sociale » tels que les revendicateurs de statut. Je me concentrerai sur l’immigration d’affaires et particulièrement les investisseurs, les travailleurs qualifiés et les permis de travail, soit les trois pratiques les plus généralisées.

La première chose qu’on doit savoir sur le droit de l’immigration, c’est qu’à l’exception de certains contextes bien précis, il faut oublier la notion de taux horaire. On ne peut pas dire à un client résidant en Chine qu’on veut un « retainer » et qu’ensuite, on le facturera en fonction du nombre d’heures sans lui préciser combien ça va lui coûter. Il veut, et obtiendra habituellement, une soumission claire basée sur un montant forfaitaire.

Dans le cadre d’une pratique en permis de travail, dans le contexte où le client est une compagnie qui recrute à l’étranger ou envoie des employés dans d’autres pays, le taux horaire peut trouver sa place mais il demeure l’exception.

Ceci étant dit, je réponds à vos quatre sous questions en regard de la pratique dans les trois spécialités précédemment mentionnées.

Immigrants investisseurs :

Les perspectives d'emploi : Les programmes sont au ralenti depuis quelques années et à ma connaissance, même les cabinets spécialisés en arrachent. L’avenir n’est pas très rose mais il y a toujours des ouvertures.

Les défis : Avoir des clients… ils sont majoritairement en Asie (Chine) et au Moyen-Orient. Pour entrer en contact avec eux, on le fait via des agents d’immigration qui n’ont souvent aucune formation et une déontologie assez élastique. Une présence quasi constante à l’étranger est nécessaire pour s’assurer de la fidélité de ces agents et répondre à leurs incessantes demandes.

Est-ce que la pratique se concentre surtout sur la saisie de formulaires d'immigration ? Oui et non. L’immigration est évidement une pratique de formulaires mais elle implique aussi beaucoup de rencontres et de préparation aux entrevues de sélection. Il s’agit de la partie la plus stimulante car elle vous permet de découvrir d’autres cultures et façon de penser.

Les conditions de travail (horaires) : Il n’y a pas d’horaire et pas seulement à cause du décalage. On arrive à Shanghai le vendredi à 22h00, on rencontre des clients le samedi, on présente une conférence (bénévole) le dimanche à des immigrants potentiels. On part pour Shenzhen le lundi matin en avion car un autre client a son entrevue de sélection le mardi et nous voulons le « briefer » le lundi soir. Ça ressemble pas mal à cela.

Le salaire : Lorsque l’on offre à un jeune la possibilité réelle de voyager en Chine et au Moyen-Orient, et même d’y demeurer en permanence, on n’a pas besoin d’offrir un salaire très compétitif. Plus tard, lorsque l’on a ses propres clients, il est possible de très bien gagner sa vie.

Travailleurs spécialisés :

Les perspectives d'emploi : Il s’agit d’un domaine occupé en majorité par des sites Internet gérés par des cabinets d’avocats ou des agents d’immigration. Les immigrants appliquent pour la plupart en ligne pour un montant fixe habituellement peu élevé. Le travail est fait par des parajuristes ou techniciens à 90%. C’est une pratique de volume et il est souhaitable qu’elle soit automatisée au maximum afin d’être rentable. Vous comprendrez que les perspectives ne sont pas excellentes à moins d’être un avocat accro du web qui veut partir son entreprise. Auquel cas, sur un horizon de quelques années, vous pourriez y gagner votre vie.

Les défis : Atteindre le nombre critique de clients afin que la machine que vous devez mettre en place soit rentable et ensuite gérer le volume de clients et de paperasse. Les sélections étant basées sur une pondération peu flexible… le défi juridique est inexistant.

Est-ce que la pratique se concentre surtout sur la saisie de formulaires d'immigration ? Oui mais combiné à un nombre incalculable de suivis avec les clients ou les autorités.

Les conditions de travail (horaires) : Si le système informatique est bien monté, il devrait gérer les urgences et vous permettre de dormir la nuit. Si ce n’est pas le cas, considérant que les clients sont à l’étranger donc qu’il y a un décalage horaire, vous risquez de travailler à des heures de fous.

Le salaire : La plus value d’engager un jeune avocat par rapport à un technicien est presque inexistante alors je vous laisse deviner la réponse.

Les permis de travail :

Les perspectives d'emploi : Elles sont de beaucoup supérieures aux deux autres catégories. Les entreprises canadiennes et étrangères veulent s’assurer que leurs employés pourront entrer et travailler dans le pays de leur destination. Elles ne prendront pas de chance ou voudront simplement ne pas se casser la tête avec cette paperasse. Cette situation ne risque pas de changer rapidement alors c’est positif. Vous pouvez travailler pour un cabinet ou directement pour une entreprise qui travaille fréquemment à l’international.

Les défis: Les défis sont plus factuels ou personnels que juridiques. Factuels dans le sens de répondre aux critères pas très complexes mais quelques fois ambigus. Il faut faire en sorte que le client soit assis sur une des chaises prévues par le gouvernement. S’il se ramasse entre deux chaises, il sera refusé. Personnels dans le sens où le permis de travail est habituellement émis à l’entrée du Canada donc à la douane. La demande est étudiée et la décision est prise par un agent des douanes.

Avec beaucoup de respect, leur formation n’est pas juridique et ils détiennent une latitude que bien des juges n’ont pas, ce qui peut causer certaines surprises… L’imperfection humaine peut alors ressortir des deux côtés du comptoir des douanes.

Est-ce que la pratique se concentre surtout sur la saisie de formulaires d'immigration ? Oui mais il y a aussi un facteur humain qui est très présent car il arrive qu’on accompagne le client à son arrivée. Outre les surprises déjà mentionnées, le client arrive dans un nouveau pays et il est souvent nerveux. L’avocat est là autant pour le rassurer que pour plaider sa cause en cas de dérapage.

Les conditions de travail (horaires) : Au niveau des permis de travail, l’horaire ressemble plus à une pratique normale bien que le facteur décalage horaire soit présent.

Le salaire : À ce niveau, il y aura une grande différence entre le fait de travailler dans un cabinet ou pour une entreprise qui fournit une aide en matière de permis de travail. Habituellement les salaires en cabinet sont comparables à ceux des autres domaines si on compare des postes dans des cabinets de grandeurs similaires. Dans une entreprise cependant, les services rendus ne sont pas considérés au même titre que des conseils juridiques usuels et par conséquent, les salaires seront plus bas que ceux des conseillers juridiques.

Voilà un résumé très très sommaire et généralisé mais j’ose croire qu’il vous donnera, à tout le moins un début de réponse.

Bonne semaine à tous.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.


Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.