1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ? Était-ce le fruit d’un hasard ou une évidence pour vous?

Ce n’est certainement pas un hasard dans mon cas. Mon père est avocat et pratiquait à Québec, et le droit fut pour moi la dernière étape d’un long processus d’études. J’ai d’abord fait un baccalauréat en relations internationales et sciences politiques, pour ensuite compléter une maîtrise en affaires internationales. Le but était d’avoir une pratique internationale et d’acquérir une connaissance plus approfondie des enjeux politiques et internationaux. Très intéressé par la diplomatie et les affaires étrangères, mon choix de cours à McGill s’est orienté vers le droit public international, les contrats d’états, etc. J’ai cependant, une fois sorti de l’école de droit, eu l’opportunité de me diriger vers une pratique plus traditionnelle vers la pratique privée, et ai complété mon stage chez Stikeman Elliott.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Bernard Blouin, associé directeur du bureau montréalais de Miller Thomson
Me Bernard Blouin, associé directeur du bureau montréalais de Miller Thomson
Je pense à deux principaux défis. Le premier a trait à cette nouvelle étape que je vis actuellement, à savoir d’agir comme nouvel associé-directeur du cabinet de Montréal.

Quant au second, il est survenu alors que je pratiquais chez Bélanger Sauvé. Me Pierre Sauvé, mon mentor de l’époque, représentait de grandes institutions dans le cadre d’émission d’obligations et de financements publics. La pratique impliquait aussi d’offrir des conseils juridiques dans le cadre de financements internationaux, ce qui nécessitait d’acquérir des connaissances en droit européen, américain et même japonais. Non seulement le domaine m’interpellait, mais ma formation en économie et affaires internationales m’a vraiment très bien servi. Le défi a été non seulement de gagner la confiance de Me Sauvé, mais aussi celle de ses importants clients, pour finalement prendre sa relève auprès d’eux. La transmission d’une telle clientèle est un travail de longue haleine, que l’on doit préparer à long terme.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Si j’avais une baguette magique, je changerais la façon dont nous facturons nos services. En effet, je crois que la grande question des dix ou vingt prochaines années dans le domaine du droit sera celle du remaniement de la méthode de facturation selon le tarif horaire. Beaucoup de services professionnels sont déjà offerts sur des bases autres que le tarif horaire, et nos clients demandent par ailleurs un changement en ce sens. Il sera donc difficile pour le droit de ne pas modifier ses façons de faire en adoptant des arrangements alternatifs, en élaborant des budgets ou en préconisant une approche de gestion par projets, pour ne nommer que quelques exemples.

La facturation selon le tarif horaire amène non seulement des pressions externes de la part des clients, mais aussi des pressions internes, puisque la production et la performance des gens sont évaluées sur cette base et que cela peut pousser certains vers une inefficacité et une inefficience quant aux services rendus.

Il y a donc bien des éléments à repenser à ce chapitre, tant pour le client que relativement à la rémunération des avocats. Le modèle d’affaires devient de plus en plus difficile à soutenir, mais il est évidemment difficile d’en sortir comme il s’agit du schéma traditionnel de référence.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Je pense que la situation s’est améliorée même si certaines choses sont pires et d’autres, mieux. Les efforts des divers Barreaux, qui ont travaillé à améliorer l’accessibilité et les services disponibles et à mieux faire comprendre le rôle de l’avocat, ont permis une meilleure transparence et une définition de ce en quoi consistent la déontologie et l’éthique des avocats. Certaines pratiques demeurent cependant encore très adversariales et des efforts devraient continuer à être faits en ce sens, question d’améliorer la conduite et le respect entre avocats, en même temps que de diminuer le cynisme.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant devenir un avocat à succès en pratique privée ?

Il est nécessaire, comme jeune avocat, d’approfondir ses connaissances, de beaucoup lire et de parfaire ses aptitudes. Il est également important d’être très attentif à ses clients. Cerner les enjeux et les inquiétudes de ses clients, en comprenant bien leur façon de voir les choses et les faits tels qu’ils les voient, est nécessaire. Il est en effet facile de cadrer trop rapidement une question, et c’est parfois en de telles circonstances que l’avocat nuit aux relations avec son client. Il faut se garder de tirer trop vite une conclusion quant à la solution à suggérer au problème soulevé par notre client, en s’assurant de bien saisir ses attentes.

En vrac…

Les deux derniers bons livres qu’il a lus – Némésis (Auteur : Philip Roth) et History of Strategy (Auteur : Freedman)

Son diction préféré – ‘La vertu d’un gentilhomme est de chercher le juste milieu’ (Montaigne)

Son péché mignon – le chocolat !

Le pays qu’il aimerait visiter – la Russie.

Le personnage historique qu’il admire le plus (et pourquoi?) – Churchill, pour sa vision, sa ténacité, son incroyable sang-froid et, bien entendu, son leadership en toutes situations.

S’il n’était pas avocat, il serait…diplomate!

Me Bernard Blouin est l’associé directeur du bureau de Montréal de Miller Thomson et membre du Comité exécutif national. Me Blouin compte plus de 20 ans d’expérience en droit des affaires et possède une expertise en financement par emprunt du secteur public, financement d’entreprise, valeurs mobilières, capital de risque et fusions et acquisitions.

Me Blouin agit principalement à titre de conseiller auprès de plusieurs émetteurs du secteur public, d’institutions financières et d’entreprises de capital de risque ainsi qu’auprès de sociétés privées et de moyennes entreprises dont les actions sont cotées en bourse.

Me Blouin détient un baccalauréat ès arts de l’University of the South : Sewanee au Tennessee, une maîtrise ès arts de l’University Johns Hopkins (School of Advanced International Studies) à Washington D.C. et un baccalauréat en droit civil et un baccalauréat en common law de l’Université McGill à Montréal.