Sylviane Silicani, étudiante en droit à l’UQAM, est convaincue que les grèves perpétuelles nuisent à notre formation et à notre crédibilité
Sylviane Silicani, étudiante en droit à l’UQAM, est convaincue que les grèves perpétuelles nuisent à notre formation et à notre crédibilité
« J’ai honte d’être à l’UQAM ». C’est le titre d’une lettre signée par une étudiante en droit qui a enflammé les réseaux sociaux il y a quelques jours. « J’ai peur pour l’avenir, j’ai hâte de quitter cette université de malheur et je déconseille fortement à tout futur étudiant en droit de choisir l’UQAM », a écrit d’une plume crue Marie-Pier Lauzon-Raza, dans le quotidien La Presse.

Dans sa missive, la jeune femme explique que les manifestations agressives et les saccages nuisent à la candidature des futurs juristes voulant être pris « au sérieux » par les grands cabinets. Est-ce que les autres étudiants de l’UQAM pensent la même chose ?

Les opinions sont très partagées. « Certains se positionnent toujours contre la grève de peur que ça paraisse mal, d’autres sont au contraire très engagés politiquement », répond une étudiante en droit, qui a préféré préserver l’anonymat. Par ailleurs, elle qualifie de « désolants » les propos contenus dans la lettre de sa collègue. « Je connais plusieurs avocats qui ont étudié à l’UQAM et qui réussissent très bien tant au privé qu’au public, car c’est une excellente faculté. Ce n’est pas une grève qui risque de saboter notre carrière », tranche-t-elle.

« Je suis convaincue que les grèves perpétuelles nuisent à notre formation et à notre crédibilité », réplique Sylviane Silicani, aussi étudiante en droit à l’UQAM. Selon elle, les étudiants en droit sont moins mobilisés politiquement puisqu’ils ont, contrairement à ceux d’autres facultés, un objectif clair de carrière et voient la grève comme un frein à leur avancement.

Mlle Silicani affirme qu’une majorité d’étudiants dans sa cohorte souhaitent se désaffilier de l'Association facultaire étudiante de science politique et droit de l'UQAM (AFESPED), qui est selon eux synonyme de votes favorables à la grève. Une réflexion est d’ailleurs en cours à ce sujet après la tenue d’un vote électronique en mars qui a révélé que 52 % des membres de l’AFESPED remettaient en question sa capacité à les représenter correctement. « Nous sommes environ 700 étudiants en droit contre 1600 en science politique, tous regroupés sous une association, disons qu’on n’a pas notre mot à dire », explique-t-elle.

« Centrés sur eux-mêmes »

Sacha Morin, étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke, croit que les étudiants en droit de Sherbrooke sont un peu plus « conservateurs » lorsqu’il s’agit de manifester
Sacha Morin, étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke, croit que les étudiants en droit de Sherbrooke sont un peu plus « conservateurs » lorsqu’il s’agit de manifester
Qu’ils soient à l’UQAM ou dans d’autres universités, les étudiants en droit ont tendance à être « individualistes » et « centrés sur eux-mêmes », laisse tomber Marc-Olivier Deschênes. Celui qui étudie le droit à l’Université de Sherbrooke se dit déçu que les étudiants de sa cohorte aient tenu très peu de débats sur les causes justifiant une grève. « La plupart ne pensent qu’aux conséquences directes d’une grève sur leurs études, sans jamais considérer l’impact des politiques sociales sur la société », soupire-t-il. M. Deschênes estime toutefois que la grève étudiante de ce printemps a pris une mauvaise tournure et que « ce mouvement de protestation pourtant légitime contre l’austérité est malheureusement peu crédible ».

Les étudiants en droit de Sherbrooke sont un peu plus « conservateurs » lorsqu’il s’agit de manifester, renchérit Sacha Morin, lui-même étudiant en droit dans cet établissement. Il rappelle qu’un vote de grève tenu en mars, pour une seule journée de débrayage, a été battu à 60 % et que plus de la moitié des étudiants en droit étaient présents. Si certaines facultés de Sherbrooke sont plus réceptives à la grève et à la mobilisation pour des causes politiques, ce n’est pas vraiment pas le cas pour la Faculté de droit, souligne le jeune homme.

Pas juste apathiques

François Alexandre Guay, finissant en droit à l'Université de Montréal, refuse de dire que les étudiants de sa cohorte sont tous démobilisés
François Alexandre Guay, finissant en droit à l'Université de Montréal, refuse de dire que les étudiants de sa cohorte sont tous démobilisés
À l’Université de Montréal, le finissant en droit François Alexandre Guay refuse de dire que les étudiants de sa cohorte sont tous démobilisés. « Nous avons des débats parfois houleux lors des assemblées générales et un journal étudiant où de nombreuses personnes s’expriment de façon très diversifiée et tranchée », affirme le président du conseil d’administration de l’Association des étudiants en droit à l’Université de Montréal.

Il observe qu’un grand nombre d’étudiants en sont souvent à leur deuxième baccalauréat, et plusieurs sont parents, avec toutes les obligations que ça implique. « Ils se sentent concernés par des enjeux, mais ils n’ont pas nécessairement le temps de s’impliquer dans un mouvement de mobilisation », ajoute-t-il.

Des quelque 1200 étudiants en droit, plus de 30 % participent aux assemblées générales, signe selon M. Guay de leur intérêt pour la politique étudiante. « Oui, les étudiants en droit sont peut-être moins revendicateurs que d’autres, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont complètement désintéressés de ce qui se passe autour d’eux », conclut-il.