Question :

Monsieur Arcand,

Je pratique depuis sept ans et plus j’avance dans ma carrière et moins je fais du droit. Mes journées sont de plus en plus composées de gestion des juniors et stagiaires, d’administration, de facturation et de rencontre avec des clients potentiels.

Il me reste peu de temps pour vraiment approfondir des questions de droit et lorsque c’est le cas, la valeur économique du dossier fait souvent en sorte qu’on doive restreindre le temps consacré au dossier en question.

Est-ce moi qui suis dans le champ ou est-ce que la pratique du droit est rendu une business ?

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Désolé de vous décevoir mais la pratique du droit, surtout dans le privé comme c’est votre cas à ce que je peux déduire de votre question, est effectivement une business comme vous dites.

Oui les cabinets sont là pour protéger les intérêts de leurs clients et quelques fois défendre la veuve et l’orphelin, mais ça passe inévitablement par une saine gestion de leurs propres finances.

À défaut de le faire, ils ne pourront pas servir et protéger bien longtemps. Bien sûr certains cabinets sont plus mercantiles que d’autres mais ils se doivent de tous l’être un peu.

Le domaine dans lequel vous évoluez influencera également l’aspect business de votre pratique. Une spécialisation en transactionnel ou en financement aura une orientation plus économique qu’une pratique en litige civil auprès de particuliers ou encore en droit réglementaire.

Par contre, il demeure que plus vous avancerez dans votre carrière, plus celle-ci sera faite de relations clients et de tâches de gestion et d’administration.

En début de carrière, on vous demande souvent de bien supporter les associés et non de servir directement le client. Vous devrez produire un memo ou une opinion sur un point de droit ou sur la jurisprudence existante. Vous vous exécutez, vous entrez le temps consacré au dossier sur la sacro-sainte feuille de temps et vous passez à un autre dossier. Mais en amont de ce mandat, l’associé responsable aura rencontré le client, discuté de ses besoins, établi et/ou négocié les honoraires, vérifié l’existence de conflits d’intérêts et procédé à l’ouverture administrative du dossier.

Ensuite, il vous aura orienté et supervisé dans votre recherche. Il révisera votre travail et idéalement vous en fera une évaluation formative afin que vous permettre de progresser. Il devra par la suite conseiller son client, une partie plus juridique mais néanmoins pas dépourvu d’un aspect business ou humain dépendant des circonstances. Finalement, il présentera ses honoraires au client et devra à l’occasion les expliquer ou encore faire un suivi pour s’assurer d’être payé.

C’est la réalité de la pratique privée dans 96.3% des cas (pourcentage imagé aux fins de discussion). Qui sont les 3.7% restant ? Des avocats ultra spécialisés qui sont devenus des sommités dans leur domaine. Des gens qui n’ont pas à se soucier des clients ou des aspects économiques d’un dossier car ils agissent comme référence pour leur collègues.

Ils sont fréquemment consultés sur un point précis du droit en vigueur, sur une nuance, sur un précédent. Leur implication dans le dossier s’arrêtant souvent là, le reste leur importe peu. Vous conviendrez qu’il n’est pas donné à tous d’atteindre ce niveau, que ce soit pour une question de potentiel ou de circonstances.

Que faire alors ? Vous voulez faire du droit pur sans administration, gestion ou relations publiques, quittez la pratique privé et allez enseigner à l’université ou devenez rédacteur pour le gouvernement. Vous pouvez aussi vous spécialiser en droit constitutionnel mais bonne chance pour vous trouver un emploi en pratique privée. Peu importe l’option choisie, elle sera à l’extérieur de la pratique en cabinet.

Au début de la rédaction de ma réponse, je souhaitais comparer les types de pratique en relation avec la présence ou l’absence d’aspects business dans celles-ci notamment pour la pratique en entreprise, la fonction publique, les organismes parapublics, les organismes communautaires, les syndicats, etc, etc… Je réalise que j’en ai encore pour deux ou trois pages alors exceptionnellement je terminerai ma réponse dans mon texte de la semaine prochaine.

Espérant que ce début de réponse vous éclairera cher lecteur et, comme le disait jadis Édouard Carpentier le dimanche matin : « à la semaine prochaine, si Dieu le veut ».

Bonne semaine à tous.

P.S. Pour ceux et celles qui ont été assermentés après 2002, il est tout à fait normal que vous ne sachiez pas qui est Édouard Carpentier… Une petite recherche web et vous connaîtrez ce personnage ayant animé plus d’un dimanche matin. Il y a sûrement aussi des vidéos… un artiste de la langue et du spectacle… :o)

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.


Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.