Question :

Bonjour M. Arcand,

Quelles sont les chances d’obtenir un poste en entreprise pour un avocat qui a un certain nombre d'années d'expérience comme avocat en litige civil et commercial dans un cabinet versus celui qui a plutôt une expérience en droit des affaires ?

Y a-t-il un de ces deux domaines de pratique à favoriser afin de décrocher un poste de conseiller juridique après trois à sept années d'expérience ?

Je vous remercie pour votre aide.

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Effectuer une transition de la pratique privée vers un poste en entreprise est un incontournable pour bon nombre de juristes ayant quelques années de pratique au compteur. Votre question est donc très pertinente.

De façon générale, l’avocat ayant une expérience en droit des affaires aura plus de chances de faire une transition vers un poste en entreprise, ou du moins, se verra probablement offrir plus d’opportunités.

La raison est évidente : habituellement, les fonctions d’un conseiller juridique en entreprise touchent beaucoup plus au droit des affaires qu’au litige. À moins qu’il ne s’agisse d’un assureur ou encore d’une entreprise très litigieuse.

Par contre, il faut ajouter une panoplie de bémols à cette affirmation qui vous amèneront à conclure que même si l’avocat en droit des affaires part avec une longueur d’avance, la partie est loin d’être jouée à l’avance.

Voici quelques uns desdits bémols :

1- Un avocat, c’est un avocat : Pour bien des gens « normaux », incluant les dirigeants de PME et les gens œuvrant en ressources humaines, un avocat est celui qui fait des représentations devant les tribunaux et accessoirement rédige des contrats. Pour la majorité donc, la distinction : avocat d’affaires / avocat de litige n’existe pas. On ne parle pas ici d’Hydro-Québec ou de Bell Canada mais de petites à grandes entreprises pour qui vous serez le seul juriste à l’interne. Dans ces cas, la personnalité et la performance en entrevue compteront probablement plus que votre expérience en litige ou droit des affaires.

2- Toutes les entreprises n’ont pas les mêmes besoins : il est évident que si on vise un poste dans le secteur financier (banques, capital de risque, valeurs mobilières. etc…) ou encore dans le domaine immobilier (baux, financement, contrats, etc), l’avocat d’affaires sera privilégié. Par contre si on parle du domaine de l’assurance, de la construction ou encore de la distribution au détail, les chances de chacun seront à mon avis similaires, si ce n’est un mince avantage à l’avocat de litige.

3- Plus généraliste que spécialiste : Encore une fois, je ne parle pas de très grandes entreprises qui disposent d’un grand nombre de juristes à l’interne mais plutôt de postes au sein d’entreprises comptant moins de cinq conseillers juridiques, ce qui représente la majorité des entreprises en activité au Québec. Pour elles, un avocat ultra spécialisé en produits dérivés ou en financement sur actifs aura moins d’intérêt que celui qui aura touché à plein de choses.

Dans les grands cabinets, les avocats en droit des affaires ont tendance à développer une spécialité au détriment d’une vision globale du droit des affaires. S’agit-il d’une perception ou d’une réalité, je vous laisse juge… En comparaison, l’avocat de litige risque de toucher à plus d’éléments de la gestion quotidienne d’une entreprise, à plus forte raison s’il évolue spécifiquement en litige commercial. Il s’agit là d’un autre élément minimisant la longueur d’avance de l’avocat de droit des affaires.

4- Qui sont vos clients : Le facteur qui à mon avis favorise le plus une transition vers un poste en entreprises est le fait d’être en contact avec les employeurs potentiels et de développer avec eux des affinités. Que vous pratiquiez en litige ou en droit des affaires, si vous souhaitez faire le saut vers l’entreprise, regardez en premier chez vos clients. Vous connaissez leur entreprise et ses décideurs. Ils vous font confiance. C’est vous qui aurez une longueur d’avance le jour où ils penseront à recruter un avocat à l’interne. Vous aurez cet avantage peu importe le domaine dans lequel vous pratiquez.

Il s’agit ici de seulement quelques-uns des nombreux bémols à l’affirmation avantageant les avocats d’affaires mais il demeure que ceux-ci ont un avantage sur ceux qui pratiquent purement en litige.

Par conséquent, si dès le début de votre carrière vous savez que vous voudrez faire le saut en entreprise à un moment donné, je vous conseille d’orienter votre pratique vers le droit des affaires.

J’espère que ma réponse pourra vous être utile et je vous souhaite une belle semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.