Question :

Bonjour,

La réalité des jeunes avocats est un peu plus sombre qu'il y a quelques années, selon les derniers états généraux de l'AJBM et le dernier Barreau-Mètre 2015.

Pourtant, une minorité des avocats solos ont peu (ou pas) « d'années de Barreau ». Est-ce possible (lire réaliste) de commencer sa carrière solo dès l'assermentation sans crever de faim ou être dévorer par une compétition d'expérience trop féroce ?

Quels sont les principaux défis ou pièges ? Sinon, après combien d'années est-il envisageable de se lancer à son compte de façon plus sécuritaire ?

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Je ne partage pas nécessairement votre point de vue sur la réalité des jeunes avocats mais si les états généraux de l’AJBM et le Barreau-Mètre arrivent aux mêmes conclusions alors je dois leur donner le bénéfice du doute.

Par contre, les sondages, analyses et autres études peuvent amener à différentes conclusions en fonction des hypothèses à partir desquelles ils sont élaborés. Je ne veux pas mettre en doute leurs conclusions mais simplement souligner qu’il y a des nuances à apporter à toute analyse portant sur un sujet aussi large que la réalité des jeunes avocats.

Ceci étant dit, je reviens à votre question sur la pratique solo pour les jeunes.

Est-ce possible ? Est-ce viable ? Est-ce dangereux ?

Avant de répondre, encore faut-il définir ce qu’on entend par pratique solo. Si vous parlez de pratiquer seul dans son sous-sol alors je serai catégorique. Il s’agit de la pire façon de débuter une carrière et ce n’est pas nécessairement mieux après cinq ou dix ans de pratique.

L’isolement, le risque de rester habillé en mou pendant trois jours consécutifs ainsi que le manque de support moral, professionnel et technique font en sorte que très peu de juristes trouveront le bonheur professionnel de cette façon.

Si vous parler de pratique solo dans le sens de pratiquer seul à son compte mais dans un environnement professionnel comme une place d’affaire ou encore une association nominale, je suis déjà plus enclin à y voir des possibilités de bonheur.

Une telle pratique augmente vos coûts fixes mais minimise l’isolement et le manque d’encadrement surtout si les professionnels qui vous entourent ne travaillent pas exclusivement dans leur tour d’ivoire.

Idéalement vous choisiriez un endroit dans lequel évoluent quelques juristes plus expérimentés capables de vous guider et même de vous faire travailler dans certains de leurs dossiers. Mais là encore, il ne s’agit pas d’un scénario idéal.

La réalité des jeunes avocats n’est pas idéale me direz-vous. Effectivement, et je suis conscient que bien des jeunes n’ont pas le choix et doivent se lancer à leur compte à défaut de quoi ils devront éventuellement quitter la pratique du droit.

Si c’est votre cas, recherchez la deuxième option incluant si possible un sympathique avocat de 50 ans qui pourrait vous prendre sous son aile… Prenez le temps d’analyser les différents scénarios tel qu’un espace loué dans une place d’affaires ou une association nominale mais aussi la possibilité de louer un espace vacant dans un traditionnel bureau d’avocats.

Un tel espace de travail vous coutera peut-être 2000 dollars mensuellement mais dites-vous qu’il vous évitera surement des frais de thérapie plus tard.

À quel moment dans une carrière (après combien d'années), est-il envisageable de se lancer en solo de façon plus sécuritaire ?

Ce n’est pas une question d’année de pratique mais plutôt de clientèle. Si vous choisissez volontairement de pratiquer en solo à un moment de votre carrière, vous devriez vous assurer préalablement d’avoir un minimum de mandats afin de vous tenir occupé et des perspectives réalistes d’en obtenir d’autres. Je vous mentionnais plus tôt les dangers de la pratique solo (isolement, habits mous et manque de support). Sachez que si vous êtes le moindrement occupé, vous devriez être en mesure de les éviter.

En conclusion, retardez le plus possible le moment de partir en solo, évitez de le faire dans votre sous-sol, et si vous devez le faire en début de carrière, faites-le dans un environnement qui vous encadrera le mieux possible et ce, tant professionnellement qu’au niveau humain.

J’espère que ma réponse vous sera utile et je vous souhaite une belle semaine

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.