Me Lyne Bourdeau, avocate de la plaignante
Me Lyne Bourdeau, avocate de la plaignante
Dès son entrée en poste en tant qu’agente de bureau au palais de justice de Chicoutimi en novembre 2011, Lyne Doucet a été accueillie de façon cavalière, selon un juge administratif de la Commission des lésions professionnelles. Il pointe du doigt l’attitude des collègues de travail de la plaignante dans une décision rendue publique le 31 juillet.

« La travailleuse se présente avec élégance et distinction à sa première journée de travail. Elle se fait demander si elle va à une soirée. Le ton était donné. Il semble que l’atmosphère était tendue au sein du greffe et qu’il y avait des clans », indique le juge Simon Lemire.

La courte formation qu’elle a reçue fait également l’objet d’une mention dans le rapport de 24 pages.

« Elle est laissée à elle-même à la section des petites créances, le tout accompagné de remarques désobligeantes de façon régulière et de nature diverse de la part de ses collègues laissant supposer que la travailleuse est incompétente, qu’elle n’a pas de mémoire, qu’elle fait des erreurs. Elle est ignorée de ses collègues et tenue à l’écart ».

La Commission des lésions professionnelles n’a pas retenu les erreurs soulevées par lesdits collègues et considère qu’elles « n’ont rien d’impressionnant tant en nombre qu’en importance ».
Onze mois après le début de son emploi, le harcèlement est venu à bout de Lyne Doucet qui a quitté son poste en octobre 2012.

« La travailleuse a fait face à des collègues qui ont miné son état mental jusqu’à la rendre malade », peut-on lire dans le rapport.

La Commission des lésions professionnelles conclut que Lyne Doucet a été victime de harcèlement et qu’elle a subi une lésion professionnelle alors qu’elle travaillait au palais de justice de Chicoutimi.

Liens familiaux

Sans faire le lien direct entre le harcèlement dont elle a été victime et le fait que le juge Roger Banford soit son beau-frère, le rapport fait néanmoins état d’une collègue de travail de Lyne Doucet qui aurait quitté son poste d’adjointe à la magistrature « en raison d’un conflit avec un juge, frère du conjoint de la travailleuse ».

Rétablir l’honneur de sa conjointe

Le juge Roger Banford
Le juge Roger Banford
C’est le mari de Lyne Doucet, Robert Banford, qui a accepté de commenter la décision de la Commission des lésions professionnelles, Mme Doucet étant trop émotive pour livrer ses états d’âme.

« Elle n’est pas encore remise de cette histoire et ne pourra jamais travailler de nouveau dans ce milieu », commente Robert Banford.

Après deux ans de procès, le couple, qui doit assumer tous les frais relatifs à cette cause, lance un appel aux victimes de harcèlement.

« Il faut inviter les victimes (...) à ne pas lâcher. À mon avis, c’est la première fois qu’une employée va jusqu’au bout. Son honneur est rétabli », partage son époux.

Satisfaction

L’avocate de la plaignante, Me Lyne Bourdeau, ne cache pas sa satisfaction.

« Les commissaires ont retenu la totalité de nos prétentions. C’est un jugement qui est final et sans appel. Madame sera prise en charge par la CSST avec tout ce que ça comporte. C’est une belle victoire », explique-t-elle.

Pourtant, le 28 janvier 2013, la CSST avait refusé de verser des prestations à Lyne Doucet prétextant qu’elle n’avait pas subi de lésions professionnelles.