1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier/profession ?

J’ai voulu être avocate dès l’âge de 14 ans. Même si personne dans ma famille n’était avocat, je rêvais de changer le monde et de « défendre la veuve et l’orphelin ». Le droit était un choix tellement évident pour moi et je n’ai fait application qu’en droit. Ayant été recrutée en grand bureau dès mes débuts, j’ai finalement travaillé davantage du côté des entreprises que de la veuve et l’orphelin ! (rires)

Au bout du compte, en ayant fondé Delegatus il y a déjà dix ans, j’ai quand même le sentiment d’avoir transformé la façon de voir les services juridiques. Pour moi, c’est un peu comme un clin d’œil à ma mission de départ, à savoir celle de changer les choses.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Pascale Pageau est présidente-fondatrice de Delegatus services juridiques inc
Me Pascale Pageau est présidente-fondatrice de Delegatus services juridiques inc
Mon plus grand défi en carrière fut de penser que la profession n’était pas pour moi, puis d’en conclure à force de réfléchir que ce qu’il fallait, c’était changer les choses et faire autrement.

Ce défi est survenu au retour de mon premier congé de maternité. Moi qui voulais être avocate depuis que j’étais adolescente et qui adorais la pratique, j’ai alors « frappé un mur ». J’avais tout à coup deux priorités, soit le travail d’avocate et celui d’être mère. J’avais de la difficulté à tout conjuguer et me sentais constamment coupable de ne pas être ailleurs. Je n’étais nulle part à 100%. J’en suis finalement venue à la conclusion, à l’époque, que la profession n’était pas pour moi.

Aimant écouter les gens et les conseiller, je me suis donc inscrite en psychologie à l’UQAM, me disant que ce métier me donnerait plus de flexibilité et la possibilité de mieux choisir mes horaires. Tout en pratiquant, j’ai donc entamé ma première session…pour rapidement en conclure que ce n’était pas la profession d’avocat qui n’était pas faite pour moi, mais plutôt la structure qui l’accompagnait.

Après un deuxième bébé, je me suis interrogée sur ce que je voulais faire. Pensant bien que je n’étais pas la seule avocate vivant une telle problématique, l’idée de bâtir quelque chose de différent, axé sur la flexibilité en même temps que la volonté de bien servir le client, a fait son chemin. Je me suis donc mise à rencontrer des clients et à leur demander ce qu’ils voulaient voir changer. Je voulais par là redessiner en partie la « carte du monde juridique », tant pour moi que pour les clients. Petit à petit, Delegatus en est né. Le défi qui a par la suite suivi fut de maintenir le cap pendant toutes ces années, en recherchant l’équilibre avec quatre enfants à bord!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

A mon avis, la hiérarchie et la structure des cabinets doivent être repensées de A à Z. Si les avocats pensaient davantage en femmes et hommes d’affaires, si l’efficience pour le client était la priorité et si le client passait toujours avant les heures facturables, les choses seraient bien mieux. Le fait que les associés des cabinets aient à rencontrer leurs objectifs de facturation implique que les choses peuvent parfois se faire au détriment du client…Si plusieurs déplorent les disputes entre associés, la hiérarchie et la jalousie interne, la situation demeure, même si l’on devrait avant tout se concentrer sur les besoins du client.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était à vos débuts en pratique ?

La perception, à mon avis, est moins positive qu’elle ne l’était, notamment en raison des scandales qui surviennent. Même si de nouveaux modèles d’affaires se créent et aident à redorer le blason de la profession, les choses ne vont pas mieux qu’avant de ce côté.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière, étant mère de famille et voulant réussir en pratique privée ?

Il faut évidemment, à la base, être bon avocat et rechercher l’excellence juridique. Il est par ailleurs important de développer ses qualités de fonceur et d’entrepreneur pour prendre le contrôle de sa destinée. Les femmes ont tendance à ne pas être les premières à « sprinter ». Or, et comme je dis souvent, il faut foncer vers l’avant parce que si tu ne le fais pas, quelqu’un d’autre le fera à ta place ! La profession d’avocat, qu’on le veuille ou non, est devenue une business. Il est donc essentiel de saisir les opportunités, de lever la main quand c’est le temps, sans toujours avoir besoin d’être parfaite et prête à 100%. « Fonce d’abord, et tu sauras te préparer ! ». Il faut oser prendre des rôles de leadership et savoir s’impliquer de toutes sortes de façons.

En vrac…

Le dernier bon livre qu’elle a lu : Central Park (auteur : Guillaume Musso).

Le dernier bon film qu’elle a vu : Le dernier Mission impossible : La Nation Rogue (réalisateur : Christopher McQuarrie).

Sa chanson fétiche : ‘My way’ de Frank Sinatra.

Son expression: “Be yourself, everyone else is already taken”.

Son péché mignon : Le chocolat!

Son restaurant préféré : Helena (rue McGill).

Elle rêve d’aller à Bora Bora (Polynésie française)

Le personnage historique qu’elle admire le plus (et pourquoi?) : John F. Kennedy, pour les convictions qu’il a su faire partager, son charisme fou et ses ses phrases qui invitaient les gens à prendre les choses en main pour les changer , comme : “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.”

Si elle n’était pas avocate, elle serait…agent secret!!

Me Pascale Pageau est avocate, présidente-fondatrice et co-actionnaire de Delegatus services juridiques inc. Elle a œuvré pendant sept ans au sein de deux grands cabinets de Montréal dans les groupes litige civil et commercial avant de fonder Delegatus en 2005.

Avocate chevronnée dans le domaine du litige civil et commercial, elle dirige un cabinet novateur et entrepreneur de plus de 20 avocats. Elle a quatre enfants et n’a pas encore 40 ans.

Le sens des affaires et la créativité de Me Pageau ont été reconnus tant dans les milieux juridiques que d’affaires. Depuis la création de Delegatus en 2005, Me Pageau a été nommée Jeune Professionnelle de l’année par la Jeune Chambre de commerce de Montréal (2006), Entrepreneure de l’année par le réseau des femmes d’affaires du Québec (2008), Créateur d’avenir par le Journal Les Affaires et récipiendaire du prix spécial Créativité dans le cadre du même concours (2012), Incontournable de l’entreprenariat selon le Magazine Première en Affaires (2013), récipiendaire du Prix Femme de Mérite, Catégorie Entrepreneur (2013) de la Fondation Y des femmes et reconnue parmi le Top 100 des femmes les plus influentes au Canada par le groupe Women’s Executive Network (2013), et reconnue parmi le Top W100 des meilleures femmes entrepreneures au Canada par PROFIT/Châtelaine (2015). De plus, Delegatus figure dans le top 10 des cabinets régionaux au Québec par le magazine Canadian Lawyer (2012).

Me Pageau est très convoitée comme conférencière-invitée pour parler d’un large éventail de sujets, dont la conciliation travail-vie personnelle, le développement des affaires, l’évolution de l’industrie des services juridiques ainsi que les services novateurs offerts par Delegatus. Elle a par ailleurs été conférencière-invitée à l’événement fort prestigieux TEDxMontrealWomen en décembre 2013.

Me Pageau est très engagée dans l’avancement des femmes dans la profession, tant par son implication au sein de différentes associations de juristes qu’auprès de réseaux de femmes d’affaires.