Question

Bonjour, je suis récemment devenu associé dans un grand cabinet de Montréal. Je suis très heureux où je suis. Mais voilà, je suis déchiré parce qu’un cabinet concurrent vient de me faire une offre vraiment intéressante qui ferait en sorte que ma rémunération augmenterait de 50%! Je ne sais pas quoi faire. Devrais-je en parler à mon cabinet et tenter d’obtenir le même package? Certains disent que ce n’est pas une bonne idée, que dans un cas comme ça, il faut simplement décider de rester ou de partir, et de ne pas tenter de faire monter les enchères. Qu’en pensez-vous?

Réponse

Bonjour,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Je suis très heureux pour vous car votre situation est avantageuse et flatteuse. Par contre il vous faut éviter de vouloir en tirer le maximum à court terme sans penser aux conséquences et aux risques à moyen et long terme. Votre question porte sur la pertinence d’en parler ou non mais cette question est étroitement reliée à l’analyse de l’offre que vous avez reçue.

Je suis d’accord avec le principe que faire monter les enchères c’est se donner à soi-même de la corde pour se pendre. Comprenez moi bien, je ne dis pas qu’il ne faut pas négocier sa rémunération. Ce que je dis c’est que normalement il ne faut pas se servir d’une offre externe pour faire monter sa valeur interne.

Un cabinet est par définition une association de personnes. Qui dit personnes, dit personnalités, dit égos, dit susceptibilité et j’en passe. Dire à des collaborateurs que vous les quittez s’ils n’égalent pas l’offre reçue, ça revient à leur mettre un couteau sous la gorge. Même s’ils acceptent, ce ne sera pas de gaieté de cœur. Il est difficile de croire que l’ambiance n’en sera pas affectée notamment parce que le montant que vous aurez de plus dans vos poches proviendra directement des poches de vos associés.

Le système de rémunération des associés d’un cabinet est souvent solidement établi, avec des critères tant objectifs que subjectifs. Modifier la méthode en place ne se fait pas en claquant des doigts. Des ajustements mineurs sont toujours possibles mais une augmentation de 50% enverrait une onde de choc que le comité de gestion voudra certainement éviter.


C’est risqué

Sur le sujet des surenchères, les employés qui profitent d’une offre externe pour améliorer leur situation à l’interne sont rarement en poste 12 mois plus tard. Soit ils avaient déjà choisi de quitter l’entreprise et la surenchère n’a été qu’un diachylon sur une plaie, soit que leur employeur, sachant maintenant qu’ils magasinent ailleurs, a commencé à chercher un remplaçant. Bien que la situation soit différente pour un associé, j’y vois des similitudes qui sont difficiles à ignorer.

Ceci étant dit, je mentionnais précédemment que le choix de le dire ou non était relié à l’analyse de l’offre reçue. En effet, il est surprenant qu’un cabinet puisse vous offrir 50% de plus que votre rémunération actuelle. L’aspect financier de l’offre est sans aucun doute intéressant alors ça vaut la peine de l’étudier avant de prendre une décision.

Les raisons pouvant justifier cet écart sont nombreuses. Si votre prétendant profitera de votre clientèle pour renforcer un département déjà solide ou combler un vide dans leur équipe. Ou encore si ce cabinet exige un plus grand nombre d’heures facturables ou un taux horaire plus élevé, la différence de rémunération peut s’expliquer. Dans plusieurs situations, le contexte de votre cabinet fait en sorte qu’il est évident qu’ils ne peuvent égaler l’offre reçue. Auquel cas, il ne vous reste qu’à prendre une décision, dans une direction ou l’autre, et vivre avec sans tenter de négocier avec vos associés.

Tâter le terrain

Si cependant la gestion de votre cabinet ou la répartition des richesses semble être la source de cet écart, la question est tout autre. Il faut vous demander si vous voulez tenter de redresser la situation ou bien simplement accepter l’offre. Votre décision devrait être prise avant d’en parler à vos associés, Si vous accepter l’offre, vous annoncez votre départ. Mais si votre premier choix serait de rester fidèle, rien ne vous empêche de mettre vos associés au courant de la situation et essayer de voir s’il y a une marge de manœuvre disponible pour améliorer votre sort.

Dire que vous avez refusé une offre de 50% plus élevée parce que vous êtes heureux de travailler avec eux est en soit quelque chose de positif. Cependant vous leur souligner que ce déséquilibre vous surprend et vous vous demandez s’il y a moyen de corriger en partie la situation. Selon moi cette stratégie peut rapporter des dividendes mais, comme pour toute négociations, il est recommandé de bien connaître les gens de l’autre côté de la table. À ce niveau, vous serez un meilleur juge que moi.

Je termine en vous recommandant de bien analyser votre prétendant et de faire une vérification diligente avant d’accepter l’offre. La rémunération sera là au début mais elle sera immanquablement réajustée à la baisse si vous ne livrez pas la marchandise. Ça fait du sens me direz-vous ? Oui mais le problème c’est qu’on identifie mal la marchandise à être livrée. Sans qu’il n’y ait nécessairement de mauvaise foi, le cabinet peut prévoir que vous augmenterez votre clientèle alors que vous considérer le statu quo comme acceptable. Votre rémunération est alors basée sur ladite augmentation à venir et par conséquent tributaire de celle-ci. Le comité de rémunération ajustera donc votre rémunération si l’augmentation n’est pas au rendez-vous de là l’importance de bien établir les attentes de part et d’autre.

J’espère que me réponse vous sera utile et je vous souhaite une bonne réflexion.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.