Question :

Bonjour,

Vous dites souvent que notre rémunération doit être fixée en fonction de ce qu’on rapporte au cabinet. Je trouve que le taux demandé par mon patron pour le travail que je fais est trop bas. Comment puis-je évaluer si c’est le cas ou non.

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Effectivement la rémunération d’un avocat en pratique privée est tributaire de l’apport monétaire de l’avocat en question. Par contre, établir le bon taux horaire n’est pas une science exacte car plusieurs facteurs doivent être considérés dans le processus et plusieurs d’entre eux sont des variables dont l’évaluation peut-être subjective.

Si on désire s’approcher le plus possible d’un calcul objectif, on pourrait dire que le taux horaire est déterminé par l’analyse de cinq éléments de bases étroitement reliés. Ce ne sont pas les seuls aspects à considérer mais probablement les plus importants.

1- L’expérience de l’avocat
2- Le niveau d’expertise de l’avocat et du cabinet
3- Le domaine de pratique
4- La capacité de payer du client
5- Le pouvoir de négociation du client

Quelques commentaires sur chacun de ces éléments ;

1- L’expérience de l’avocat : Il s’agit de la variable dont la valeur est la plus facile à établir. La plupart des cabinets ont des taux horaires graduels en fonction de l’année de Barreau des avocats œuvrant dans les dossiers clients. Plus le juriste a de l’expérience, plus son taux devrait être élevé. Il s’agit là du simple gros bon sens.

2- Le niveau d’expertise de l’avocat et du cabinet : Plus l’expertise du juriste sera pointue, plus il sera facile de justifier des honoraires élevés. Il en va de même pour les cabinets. Ceux qui regroupent des juristes experts dans plusieurs secteurs peuvent se permettre de hausser leurs taux car ils peuvent offrir à leur client un guichet unique. Ceux qui sont très spécialisés peuvent également bénéficier d’une marge de manœuvre car les clients qui viennent les voir le font dans le but de retrouver justement cette expertise spécifique. Évidemment, la réputation du cabinet aura aussi un impact dans l’analyse du niveau d’expertise.

3- Le domaine de pratique : Les taux horaires varient énormément d’un domaine de pratique à l’autre. Rares sont les avocats pratiquant en droit social ou matrimonial qui peuvent demander un taux horaire comparable aux avocats agissant dans des transactions internationales. Vous me direz que cela dépend énormément de la variable suivante et j’en conviens.

4- La capacité de payer du client : Habituellement cette variable n’influence pas directement le taux horaire mais elle influencera le choix de cabinet ou d’avocat que fera le client. Par conséquent, les cabinets recherchant une clientèle moins fortunée adapteront leurs taux afin d’attirer ladite clientèle. À l’inverse, les cabinets comptant sur une clientèle plus à l’aise pourront se permettre d’être plus gourmands.

5- Le pouvoir de négociation du client : De plus en plus, les entreprises recherchent et obtiennent des modes alternatifs de facturation. Cependant, si on s’arrête aux taux horaires, les « gros clients à volume » connaissent leur importance dans le « book of business » de leurs avocats alors ils hésitent de moins en moins à demander des taux préférentiels en échange d’un certain volume de dossiers. Le plus bel exemple de cette situation est probablement le secteur du droit assurances où les clients négocient des taux moindres en échange d’un volume intéressant.

Voilà pour les éléments permettant de fixer le taux horaire mais pour un jeune avocat, le nombre d’heures facturées annuellement est aussi important que le taux. C’est bien beau d’avoir un taux horaire à 400 dollars, si vous n’avez pas de dossiers pour faire vos heures vous ne disposerez pas de beaucoup d’arguments pour négocier une augmentation. De là l’importance de rester réaliste et de quelques fois être moins gourmand.

Finalement un juste équilibre devrait être l’objectif et j’aurais tendance à faire confiance à l’expérience de votre patron sur le sujet. De plus, il est permis de croire que s’il pouvait augmenter votre taux auprès de ses clients, il le ferait sans que vous n’ayez à lui en faire la demande.

Je suis conscient que je ne réinvente pas la roue dans ce texte mais j’espère quand même que ma réponse vous sera utile.

Bonne semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.