La fin de Marcel Aubut lobbyiste?
La fin de Marcel Aubut lobbyiste?
L’associé et rainmaker de BCF défend présentement huit dossiers de lobbying auprès de décideurs publics à Québec et à Ottawa.

Uniquement pour son client Chantier Maritime Davie, il est intervenu 12 fois au cours des derniers mois auprès de mandarins fédéraux et il a promis aux patrons du constructeur Pomerleau de leur ouvrir les portes du ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales Denis Lebel.

À Québec, Me Aubut est aussi un habitué des officines gouvernementales. Il mène de front six mandats de lobbying dont les honoraires peuvent atteindre 310 000 dollars et jusqu’à la semaine dernière les appels de « Marcel » étaient monnaie courante pour les chefs de cabinets des ministères les plus importants.

L’un de ces interlocuteurs le décrit comme « super-organisé » et il est notoire que les dossiers qu’il présente sont bien préparés et pertinents. « On ne perd pas de temps avec lui. Il a une connaissance intime des rouages du gouvernement et un excellent sens politique alors personne ne perd la face quand il intervient, le législateur comme le client », a confié à Droit Inc. un membre du personnel politique du gouvernement Couillard.

Cette offre de service et cette réputation qui ouvrent tellement de portes de décideurs publics et privés sont toutefois plaqués au sol par la tempête parfaite causée par l’enquête du Comité olympique canadien pour harcèlement sexuel, la plainte de Me Amélia Salehabadi-Fouques déposée au Barreau et les révélations, parfois salaces et toujours embarrassantes, rapportées par les médias au sujet de l’avocat.

Perception négative et images fortes

En réalité Me Aubut n’a pas transgressé le cadre légal et réglementaire des lobbyistes qui exige que ceux-ci fassent preuve de transparence, d’honnêteté et d’intégrité dans leurs rapports avec les titulaires de charges publiques. Il devra toutefois mener une bataille contre la perception négative qui s’est installée à son sujet.

« C’est une chose d’entendre des rumeurs au sujet de Marcel Aubut. À Québec, tout le monde en a entendues. C’en est une autre de lire dans le Globe and Mail qu’il est l’objet d’une enquête formelle pour harcèlement sexuel et d’entendre des témoignages de femmes qui ont été en contact avec lui. Ce sont des informations troublantes et des images fortes qui s’installent et qui le définissent sous un autre jour. Cela ne peut qu’altérer une relation, qu’elle soit d’affaires ou politique », reconnaît la source gouvernementale de Droit Inc.

Déficit d’autorité morale ?

Pour Luc Bégin, réputé éthicien, Marcel Aubut n’a plus l’autorité morale pour défendre des dossiers de lobbying.
Pour Luc Bégin, réputé éthicien, Marcel Aubut n’a plus l’autorité morale pour défendre des dossiers de lobbying.
Le réputé éthicien Luc Bégin va toutefois droit au but et affirme que Marcel Aubut n’a plus l’autorité morale pour défendre des dossiers de lobbying.

« L’autorité morale renvoie au fait que son détenteur détient une forme de respect et d’estime. Dans le cas de Me Aubut, cette estime et ce respect sont affectés par les comportements dénoncés et surtout par le fait qu’ils se sont déroulés dans un contexte de travail. Un client embauche un lobbyiste de prestige parce qu’il sait que ce statut permet de faire avancer un dossier, mais il ne veut pas être associé à une image négative. Je crois qu’une pause est appropriée pour les activités de lobbysme de Marcel Aubut », déclare le professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l’université Laval qui dirige l’Institut d’éthique appliquée de l’institution.

« En fait, ce qui me trouble dans cette histoire, c’est que des gens qui ont une forme de pouvoir et d’influence ont laissé aller cette situation. La manière dont on a laissé aller ce type de comportement est troublant. On entend que Marcel c’est Marcel mais cela veut dire qu’on laisse aller ce type de comportement parce que c’est une personne plutôt qu’une autre. Cette loi du silence pose problème », conclut l’expert qui a conseillé le Commissaire au lobbysme sur des questions éthiques.