Question :

Bonjour M. Arcand,

Je pratique dans un grand cabinet mais pas international. J’arriverai prochainement à l’étape du partnership et je constate qu’il y a très peu de femmes associées avec participation au sein du bureau.

Compte tenu de cela, je me demande si j’y ai ma place ou si les cabinets sont encore la chasse gardée de la gente masculine.

Merci.

Réponse :

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Il est vrai que malgré le fait qu’il y a plus de femmes que d’hommes dans les facultés de droit, le ratio hommes-femmes dans les cabinets de pratique privée demeure à l’avantage de ceux qu’on appelait traditionnellement le « sexe fort ».

Quelles en sont les raisons ? Est-ce que les femmes y ont leur place ? Je vais tenter de répondre à ces deux questions sans le support d’une étude sociodémographique à grande échelle.

Pourquoi les femmes sont-elles encore minoritaires au sein des groupes d’associés des cabinets ?

Je crois qu’il faut éviter de jeter le blâme sur la gente masculine en concluant qu’ils ne désirent pas une présence accrue des femmes dans leur environnement de travail. Bien au contraire, la majorité des cabinets recherchent activement de futures associées pour leurs groupes. Par contre, ils recherchent des candidates qui correspondent aux critères traditionnels lesquels conviennent peut-être moins au profil général des avocates.

En effet, les critères d’accession au statut d’associé avec participation sont essentiellement économiques (clientèle + heures facturables) et, bien que les femmes soient en mesure de rivaliser avec les hommes sur ces aspects, leur échelle de valeurs les amène parfois à prioriser d’autres aspects de leur vie. Oui, la maternité entre en ligne de compte mais il n’y a pas que cela.

Je crois qu’elles se posent plus rapidement la question de savoir si elles veulent passer leur vie au bureau, et ce indépendamment du fait qu’elles soient mères ou non.

Avant d’aller plus loin, je désire préciser deux choses.

1- Je généralise ouvertement en me référant aux tendances notées dans le cadre de ma pratique. Il y a énormément d’exceptions et ce autant dans un sens que dans l’autre. Il y a beaucoup de femmes carriéristes comme il y a des hommes ultra impliqués au niveau familial. Mais si on doit tracer une ligne médiane, elle aura tendance à pencher du côté traditionnel.

2- On peut être associé en pratique privée sans passer sa vie au bureau, mais il demeure que la pratique est exigeante et requiert un engagement important principalement durant les 20 premières années mais aussi par la suite.

Ces précisions étant faites, je poursuis.

Donc on constate que les critères d’accession au partnership ne semblent pas avoir évolué. Est-ce qu’on peut penser qu’ils évolueront dans le futur ? J’ai bien peur que non. Ces critères sont économiques pour ne pas dire capitalistes et la pratique privée est de la même allégeance.

Chaque avocat en pratique privée est une petite PME qui doit être rentable soit en facturant des heures, soit en faisant entrer des mandats, mais souvent les deux. Ces petites PME se regroupent afin de s’entraider et faciliter la tâche de chacun mais aussi pour maximiser leur rentabilité par le partage des dépenses et l’augmentation de leur visibilité. Le jour où un avocat est moins rentable au sein d’une structure qu’à l’extérieur de celle-ci, il quittera de lui-même ou sera invité à le faire.

Est-ce qu’il ne devrait pas y avoir plus de flexibilité par rapport aux critères afin de faire une place à chacun ? Oui et certains cabinets le font mais ça se traduit par une diminution de la rémunération des associés impliqués ou encore de tous les associés du cabinet. C’est à ce niveau que se situe le principal obstacle à l’évolution des critères. Tout le monde veut des critères plus humains et une qualité de vie mais peu sont prêts à faire des concessions économiques pour y arriver et ce sans distinction de genre.

Je conclus donc que la sous représentation des femmes à titre d’associées dans les cabinets est plus une question de valeurs qu’une question d’ouverture. Par contre, c’est évident que lesdites valeurs sont issues du mode de gestion qui était la façon de faire des gestionnaires masculins d’autrefois.

Malheureusement, la tendance capitaliste est loin de s’estomper surtout avec la mondialisation qui amène les cabinets à fusionner à l’international. S’il y un changement à noter, ce serait probablement l’inverse.

Est-ce que les femmes ont leur place en pratique privée ?

Oui sans l’ombre d’un doute mais elles doivent être conscientes des critères qui sévissent encore aujourd’hui. Si ces critères sont en accord avec leurs aspirations professionnelles et personnelles, alors elles ont de bonnes chances d’avoir du succès et d’être heureuses. Si elles ont des réserves, sans nécessairement quitter la pratique privée, elles doivent joindre un cabinet qui partage lesdites réserves. Ils ne sont pas légions mais il y en a plusieurs.

Je termine en vous soulignant que tous les avocats, hommes ou femmes, devraient avoir la même réflexion avant de conclure qu’il ou elle veut être associé avec participation au sein d’un cabinet.

Outre le prestige et la sécurité financière, il est quand même important de s’accomplir personnellement et cela passe par des valeurs communes à la majorité des associés.

Une hypothèse, juste pour le plaisir de discuter : dans le fond, la sous représentation des femmes comme associée est peut être simplement la conséquence d’une plus grande maturité de leur part laquelle fait en sorte qu’elles se posent plus tôt les questions essentielles…

Bonne réflexion et bonne semaine

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.