Bombardier et ses 31 lobbyistes

Raymond Bachand, ancien ministre des Finances du Québec et maintenant conseiller stratégique du cabinet Norton Rose Fulbright
Raymond Bachand, ancien ministre des Finances du Québec et maintenant conseiller stratégique du cabinet Norton Rose Fulbright
Comment obtenir une aide gouvernementale d’un milliard de dollars malgré une gouvernance antédiluvienne, un modèle d’affaires bancal et des états financiers peinturés à l’encre rouge ?

Dans le cas de Bombardier, employer 14 757 personnes au Québec aide sûrement, mais avoir 31 lobbyistes qui poussent leurs dossiers auprès des décideurs publics a aussi contribué à obtenir ipso facto une participation de l’état dans le projet controversé des avions de ligne C-Series.

Selon le Registre des lobbyistes du Québec, 31 cadres supérieurs de Bombardier font des représentations pour obtenir de l’aide financière, assouplir certaines règles ou obtenir des concessions fiscales.

À cette brigade, s’ajoutent des lobbyistes ponctuels pour régler des problèmes pointus, comme Raymond Bachand, l’ancien ministre des Finances du Québec et maintenant conseiller stratégique du cabinet Norton Rose Fulbright qui tente de rétablir les crédits fiscaux pour R&D auprès de ses anciens collègues et amis libéraux.

L’entreprise maintient également sa présence et sa pression sur la scène fédérale. Selon les données publiques, des dirigeants de Bombardier ont rejoint des décideurs du gouvernement Harper 50 fois depuis le début de 2015. À lui seul, l’ancien ministre de l’Industrie James Moore a eu droit à 21 contacts avec des patrons de Bombardier et son successeur, Navdeep Bains a déjà fait une demande d’aide financière d’un milliard de dollars sur son bureau.

Et la société fait aussi acte de présence politique dans son plus grand marché. Selon Open Secrets, 10 lobbyistes défendent Bombardier et ses filiales auprès de sénateurs et représentants du Congrès et jusqu’à date en 2015 Bombardier a déboursé 330 000 dollars US en honoraires auprès du cabinet juridique Covington & Burling pour de l’aide supplémentaire.

D’où vient la viande des sauces Barilla ?

Rajeev Sharma, associé chez Sharma Lawyers de Toronto
Rajeev Sharma, associé chez Sharma Lawyers de Toronto
C’est la question que se posent les autorités alimentaires américaines qui veulent forcer la société italienne à inscrire le pays d’origine de la viande qui est utilisée dans les produits qu’elle exporte chez l’Oncle Sam.

Selon le plus important producteur de pâtes et de sauces au monde (50 % du marché italien et 25 % de celui de l’Amérique du Nord), cette mesure n’est toutefois qu’un autre exemple du protectionnisme américain et Barilla tente d’enrôler le gouvernement canadien pour qu’il s’oppose à cette demande.

C’est Rajeev Sharma, associé chez Sharma Lawyers de Toronto, qui défend ce dossier auprès des responsables des Affaires étrangères et d’Agriculture Canada. Le cabinet fondé en mai 2015 est en train de se tailler une place respectable en droit des affaires.

Un sommet de Montebello 2.0…

Don Boudria de chez Hill + Knowlton
Don Boudria de chez Hill + Knowlton
Ils n’ont pas perdu de temps. Droit-inc. a appris que dès le lendemain de l’assermentation du cabinet Trudeau, une dizaine de grosses pointures du lobbying fédéral se sont rencontrées au Château Montebello pour identifier les nouveaux décideurs de l’appareil gouvernemental fédéral.

Au cours de cet échange de bons procédés, les participants ont également identifié des candidats libéraux défaits qui pourraient joindre les rangs d’association, de cabinets juridiques et de firmes d’affaires publiques spécialisées en lobbying.

À l’heure du cocktail, le consensus était que l’ancien ministre et député libéral Don Boudria, qui a joué un rôle pivot dans la victoire de l’équipe Trudeau, devenait de facto le lobbyiste le plus branché, et donc le plus puissant, le la colline parlementaire. M. Boudria est à l’emploi de la firme de relations publiques Hill + Knowlton mais on raconte qu’au moins deux grands cabinets juridiques lui offrent un pont d’or pour qu’il devienne leur « conseiller stratégique ».