Question:

Bonjour M. Arcand,

Je suis présentement à l'emploi de la fonction publique fédérale à Ottawa et pour des raisons personnelles, je désire revenir dans la région de Montréal, où le marché de l'emploi est plutôt difficile.

Étant au tout début de ma carrière et donc ayant peu d'expérience, est-il réaliste de croire qu'il est possible de passer de la fonction publique au privé ?

Par les réponses qu'on me donne, j'ai souvent l'impression que la fonction publique a une bien mauvaise réputation. Du moins, la réputation qu'on y travaille peu semble bien ancrée, ce qui n'est certainement pas le cas dans tous les départements.

Merci.

Réponse :

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Bien qu’il soit vrai qu’il existe une perception générale à l’effet que les juristes du secteur public travaillent moins fort ou encore sont moins compétents que ceux du secteur privé, il n’est pas impossible de passer outre ladite perception.

Premièrement, cette perception est de moins en moins bien ancrée dans les cabinets de pratique privée, ceux-ci étant beaucoup plus ouverts aux candidats au parcours atypique qu’ils ne l’étaient par le passé. Deuxièmement, une perception reste une perception et il est toujours possible d’en démontrer le manque de fondement et par le fait même, de l’écarter.

Ceci étant dit, passer du public au privé, tout comme passer de la pratique en entreprise au privé, n’est pas possible sans une combinaison de facteurs favorisant le transfert. Voici les principaux.

1- La qualité du candidat : Peu importe son parcours, et à plus forte raison en début de carrière comme vous l’êtes, un excellent candidat sera toujours intéressant pour les cabinets de pratique privée. Reste à définir ce qu’est un excellent candidat. En plus de la personnalité, du dossier académique, des expériences personnelles et de la motivation démontrée, l’expérience professionnelle acquise et les aptitudes développées joueront un grand rôle dans la réussite ou non de la transition souhaitée. Ce qui nous amène au second facteur.

2- Le domaine de pratique : Pour une grande quantité de juristes, la pratique dans la fonction publique est difficile à définir mais dans les faits, elle peut toucher à tous les domaines du droit. Les juristes de l’État pratiquent évidemment en droit pénal mais aussi en droit fiscal, en droit immobilier, en droit administratif, en droit des affaires, en droit civil général, en droit de l’immigration, en droit du travail, finalement dans presque tous les domaines du droit.

Bien que certains domaines soient plus propices que d’autres à un transfert vers le privé, presque tous vont vous ouvrir quelques portes. Il vous reste à déterminer lesquelles et à y cogner.

3- Le réalisme du candidat : Vous désirez vous diriger vers la pratique en grands cabinets en financement d’entreprise mais vous pratiquez comme procureur de la couronne en matière pénale… Oubliez votre rêve ou envisagez de l’atteindre en plusieurs étapes en commençant par débuter en pratique privée comme généraliste et en faisant vos preuves au jour le jour en fonction de vos mandats.

Votre désir de faire une saine transition ne se fera pas nécessairement en une seule étape. Soyez réaliste et visez dans un premier temps une pratique au sein d’un cabinet qui pourra utiliser immédiatement votre brève expérience professionnelle. Toujours au sujet du réalisme, acceptez le fait que, sans vous placer dans une situation où vous serez exploité, il vous faudra aussi être compréhensif sur la rémunération.

4- La préparation du projet : Vous désirez faire le saut en pratique privée. Ok, mais vous n’êtes pas obligé de le faire sans parachute et dès demain matin. Prenez le temps de déterminer vers quel type de pratique vous désirez vous diriger et ensuite commencez à garnir votre coffre à outils. Bien qu’il soit plus facile de faire la transition en début de carrière, encore faut-il avoir des choses à offrir.

Dans votre environnement actuel, identifiez ce qui est disponible et pourrait être utile à votre pratique future. Il y a toujours des formations offertes mais pensez plus loin que ça et surtout pensez à des expériences concrètes. Y a-t-il des projets ou mandats dans lesquels vous pourriez vous impliquer et qui présenteraient une valeur ajouté ? Y a-t-il des mouvements latéraux au sein de la fonction publique qui pourraient faire de vous un candidat plus alléchant ?

En fait, planifiez votre projet de façon cartésienne en vous plaçant à la place de votre futur employeur. Demandez-vous, ou demandez à d’autres si vous ne connaissez pas la réponse, ce qu’il recherche chez un jeune juriste et tentez de présenter un projet clé en main.

5- Le concours de circonstances (le timing) : L’évolution d’une carrière est bien souvent une question de timing, autrement dit d’être au bon endroit au bon moment. Il vous faudra évidement un peu d’aide de dame chance pour accomplir avec succès votre projet mais en ce qui a trait au timing, il y a plus à faire que de simplement espérer un signe de cette dernière. Il est impossible de prévoir le futur mais vous êtes en mesure de maximiser vos chances d’être au bon endroit au bon moment. Comment ? Simplement en étant à un maximum d’endroits… simple non ? Plus vous serez visible, meilleures seront vos chances. Si vous êtes calmement assis à votre bureau ou dans votre salon, personne ne viendra vous chercher. Sortez des sentiers battus, écrivez des articles, prenez l’initiative sur des projets. Peu importe vos forces et vos faiblesses, il existe à coup sûr une façon de vous démarquer et d’être visible. Identifiez-la et exploitez-la.

Voilà essentiellement les éléments qui font en sorte qu’une transition publique / privée sera réalisable ou non. J’espère avoir bien compris les enjeux qui vous occupent et que ma réponse vous sera utile.

Bonne semaine.