Me Alexandre Désy, cofondateur de OnRègle.com
Me Alexandre Désy, cofondateur de OnRègle.com
Régler des litiges sur un site web, sans avoir besoin d’un avocat, et sans ouvrir le portefeuille à moins d’obtenir une entente : c’est ce que propose OnRègle.com, une plateforme juridique lancée par deux jeunes avocats.

Droit-inc a posé quelques questions à Me Alexandre Désy, cofondateur de OnRègle.com.

Droit-inc : D’où vous est venue l’idée de lancer ce site ?

Me Désy : Je travaillais au Barreau sur l’offre et la demande dans le milieu juridique, un sujet que j’étudie depuis longtemps. En 2014 j’ai sorti un livre sur « L’efficacité de la médiation judiciaire », et j’ai donné des conférences sur le futur de la profession. Je pense qu’avec la réalité juridique actuelle nous devons régler les différends d’une autre façon, et les nouveaux outils technologiques représentent beaucoup d’opportunités. J’ai toujours voulu bâtir des technologies pour aider l’accès à la justice.

Comment fonctionne OnRègle.com ?

Notre site peut traiter des litiges, des conflits pas encore judiciarisés, des factures non payées, des conflits monayables… L’inscription est gratuite. On demande jusqu’à quel montant maximum la personne est prête à aller, et quel montant minimum la partie adverse est prête à accepter ; ensuite, les deux parties peuvent faire autant d’offres qu’elles veulent jusqu’à trouver un terrain d’entente. Un courriel d’entente à l’amiable est alors généré quand les offres se recoupent.

Quel est votre modèle d’affaires ?

Les gens ne sortent pas leur carte de crédit tant qu’il n’y a pas de règlement, ils n’ont donc rien à perdre. Quand on arrive à une entente à l’amiable, 2.5% du montant par partie revient au site pour frais de transaction - ce qui revient moins cher qu’une procédure classique gérée par un avocat. On reversera ensuite 15% de nos profits à des organismes qui travaillent pour l’accès à la justice.

Cela fait une semaine que le site est lancé. Le début est prometteur ?

Oui, on a déjà une vingtaine d’inscrits. On est dans dans la mouvance du do it yourself
: les gens veulent prendre eux-mêmes le contrôle des choses. Et au vu de la situation actuelle de l’accès à la justice, OnRègle.com est le bienvenu face à un problème tellement présent et criant. On s’inscrit vraiment dans les objectifs du nouveau Code de procédure civil.


Il n’y a pas du tout d’avocat dans le processus ?

Non, il n’y a aucune interaction humaine - ça enlève justement certains des aspects négatifs qui y sont liés. On permet de garder un lien constant et direct entre les parties grâce aux offres et contre-offres qui ne passent pas par un avocat, le canal des communications reste ouvert. Et comme on ne sait pas jusqu’où la partie adverse est prête à aller financièrement, il n’y a pas de stratégie ou de jeu, qui font que les procédures habituelles durent parfois si longtemps.

Vous ne sentez pas une réticence des gens, à régler des dossiers juridiques sans avocat ?

Les clients comprennent que l’on est rendus là sur les plans technologique et juridique, et toutes les initiatives sont les bienvenues. C’est sûr que ça va prendre un peu d’éducation et d’adaptation, mais je pense que le marché est mûr pour que le droit entre dans le numérique. On est le premier modèle en ligne, et j’y vois une opportunité incroyable : tout est à faire. Je prévois d’ailleurs l’arrivée de plusieurs solutions web juridiques de type règlement pour les justiciables…

Me Alexandre Désy est le président fondateur de Cancer testiculaire Canada. Droit-inc avait d’ailleurs publié un article à ce sujet, « Parlons testicules », en début d’année 2015.

Barreau 2008, l’avocat a été nommé dans la catégorie « Carrière alternative » lors du dernier Gala du Jeune Barreau de Montréal.

En 2013, Me Désy s'était joint au Barreau du Québec où il occupait le poste d’avocat au développement de la profession.

Il est titulaire d’un baccalauréat en gestion des affaires aux HEC en 2003 et d’une maîtrise portant sur l’analyse économique du droit de la conférence de règlement à l’amiable (CRA).

Il a complété son stage chez Jolicoeur Lacasse et une année à l’aide juridique criminelle de Montréal. En 2011, il a été nommé membre du Comité sur la justice participative du Barreau du Québec.