Me Julie Desrosiers est chef du groupe de pratique Technologie et propriété intellectuelle du cabinet Fasken Martineau
Me Julie Desrosiers est chef du groupe de pratique Technologie et propriété intellectuelle du cabinet Fasken Martineau
À quels moments les futures mamans doivent-elles transférer leurs dossiers? Est-ce préférable pour elles de garder contact avec le client durant le congé de maternité ? Comment les garder impliquées dans les dossiers en cours?

Autant de questions auxquelles le cabinet Fasken Martineau a décidé de faire face dans un guide d’une centaine de pages, intitulé « Projet Cigogne » qui vise à accompagner les femmes mères, du début de la grossesse au retour au bureau, ainsi qu’à les supporter sur leur route vers le partnership.

À l’intérieur ? Des questionnaires, des checklists d’impératifs à accomplir avant le congé, des explications entourant les démarches gouvernementales à effectuer… et même des listes de gardiennes!

« Il ne faut pas se cacher la réalité: au bout d’un an hors du cabinet, une avocate est moins intégrée dans la vie du cabinet et dans le concret de la pratique », explique Me Julie Desrosiers, associée et chef du groupe de pratique Technologie et propriété intellectuelle du cabinet Fasken, récemment élue au sein du Conseil d’administration. « Je suis d’ailleurs la première femme du Québec à siéger là! », lance-t-elle, indiquant également que la proportion d’associées femmes chez Fasken est de 20%.

Les femmes sont-elles parfois leurs propres freins comme on l’entend souvent? « Ce n’est pas complètement faux mais ce n’est pas complètement vrai non plus. » Cela dit, la pratique du droit est quand même très exigeante, selon elle, et demande un certain « commitment », qui peut être difficile à concilier avec la réalité de mère.

Adopter des mesures concrètes

Selon Me Desrosiers, on voit une grande proportion de femmes qui vont en entreprise et réorientent leur carrière en pensant que ce sera plus facile. « Elles réalisent parfois que ce n’est pas le cas. Nous voulions changer cette perception et adopter des mesures concrètes ».

Parmi celles-ci : le cabinet octroie un mentor aux femmes durant leur congé pour qu’elles continuent à être impliquées et suivent ce qu’il se passe aux réunions de section, explique Me Desrosiers, elle-même mère de trois enfants. « À l’époque on étaient davantage laissées à nous-mêmes! », rit-elle.

L’objectif est également de les accompagner après leur congé de maternité pour ne pas que leurs dossiers soient transférés à d’autres et que leur absence temporaire n’ait pas un impact sur la progression de leur carrière. Le guide propose en outre des solutions telles le télétravail afin de se débarrasser de certains préjugés tenaces, selon elle. Comme ce sentiment d’être moins efficaces si elles travaillent de la maison, « ce qui n’est pas vrai ! », lance-t-elle. « En Angleterre, les très grands cabinets obligent de prendre une journée par semaine! »

Pour elle, il est clair que ce sont les bénéfices du cabinet qui sont en jeu. « Si l’on veut garder nos femmes, il faut prendre des mesures! Des études démontrent même que des entreprises gérées par des femmes sont plus performantes, il est donc important de faire progresser les cabinets dans cette direction. »

La réalité change et on a souvent l’impression que les cabinets d’avocats sont loin derrière, c’est pour cela qu’il faut changer, ajoute Me Desrosiers. « Des avocates et avocats heureux, cela va faire des professionnels performants, qui ont plus d’idées et qui vont amener Fasken plus loin. »

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Vers un développement des affaires plus féminin

Me Desrosiers est d’ailleurs impliquée dans ce système de tutorat et discute, en début d’année, avec les femmes de leur plan d’affaires : comment augmenter leur profit? Leur visibilité comme juristes? Quels clients doivent-elles cibler?

Il est nécessaire, selon elle, que les avocates s’épaulent entre elles, notamment en matière de développement d’affaires. Elles pourraient par exemple davantage se référer des mandats au sein du cabinet. C’est une volonté similaire que poursuit le regroupement « F3 » pour « Force Féminine de Fasken » dans lequel les avocates visent à promouvoir le succès des femmes professionnelles via une série d’événements et de réseautage.

« C’est une initiative tournée vers le développement d’affaires interne et externe du cabinet, par et pour les femmes », explique Me Desrosiers qui souhaite aller vers d’autres façons de faire en la matière. « Les femmes ont de toute façon moins tendance à utiliser les façons classiques des hommes comme le “hockey entre boys” ou le “souper avec les boys”, elles ont davantage tendance à vouloir montrer leur expertise, ou s’impliquer dans des CA. »

C’est aussi une tradition historique, selon l’associée. « On peut le voir dans la série « Mad Men »: pour conclure un deal, on amène les clients au restaurant. Aujourd’hui les clients s’attendent à d’autres façons de faire moins conservatrices. » Des façons de faire … qui pourraient bien émerger des femmes!

Les conseils de Me Desrosiers pour les femmes:

1- Se faire confiance
2- Bien s’organiser et bien s’entourer, ne pas avoir peur de demander de l’aide
3- Travailler fort
4- Être à l’écoute
5- S’épauler entre femmes, se tourner vers des modèles féminins

Me Julie Desrosiers est chef du groupe de pratique Technologie et propriété intellectuelle du cabinet. Elle agit régulièrement au nom d’entreprises de haute technologie dans des injonctions, saisies ou procédures visant à protéger leurs éléments de propriété intellectuelle ou encore leurs secrets commerciaux et information stratégique.
Pendant les dernières années, Me Desrosiers a consacré sa pratique presque exclusivement aux litiges de brevets, plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique. Elle a été impliquée dans plusieurs importantes causes de contrefaçon de brevets qui ont notamment fait jurisprudence.