Me Catherine Rudel-Tessier est coroner en chef
Me Catherine Rudel-Tessier est coroner en chef
Morts violentes, morts suspectes, morts obscures : voici ce qui est depuis 15 ans le quotidien de Me Catherine Rudel-Tessier, désormais coroner en chef, responsable des 80 coroners du Québec. « Je suis responsable de l'organisation du bureau, de toute la gestion, je dois notamment veiller à ce qu'il y ait toujours un coroner de garde », indique-t-elle à Droit-inc.

Pour être coroner, il est nécessaire d'être avocat, notaire ou médecin. Une opportunité pour celle qui est inscrite au Barreau depuis 1976. « Le seul moment où j'ai fait de la pratique privée, c'est lors de mon stage de troisième année... Dans les faits, je détestais le droit», confie-t-elle. Elle aurait préféré faire sciences politiques, mais ses parents, et un concours de circonstances, l'en dissuadent.

« J'avais déjà commencé la fac de droit lorsqu'ils ont confirmé mon inscription en sciences politiques, sur le coup, j'ai raccroché en disant que ce n'était plus la peine, et ensuite, j'étais catastrophée, j'avais l'impression d'avoir tout gâché! » Ses yeux rient lorsqu'elle se remémore ces instants, où elle était âgée de 17 ans à peine…

Attaché de presse de René Lévesque

Pour être coroner, mieux vaut posséder une bonne compréhension du jargon médical, ainsi qu'une solide dose de psychologie.
Pour être coroner, mieux vaut posséder une bonne compréhension du jargon médical, ainsi qu'une solide dose de psychologie.
Qu'elle aime le droit ou pas, c'est avec une aisance non feinte qu'elle navigue à travers les cours. « J'apprenais facilement, je devais avoir l'esprit fait pour ce domaine. » Après deux années d'études supplémentaires à Paris, elle rejoint ses premières amours : la politique, d'abord pour travailler sur des dossiers de condition féminine au sein du cabinet du ministre du Revenu Michel Clerc, puis comme attaché de presse de René Lévesque.

Épuisée par le rythme, elle accepte alors avec enthousiasme sa nomination comme juge à la Commission des affaires sociales (l'actuel Tribunal Administratif du Québec) en 1985. Elle y restera douze ans. Douze ans durant lesquels elle travaille main dans la main avec un médecin, ainsi que le prévoit le fonctionnement de la Commission. « C'est là que j'ai appris les bases du système médical et du vocabulaire qui m'ont été nécessaires par la suite », estime Me Rudel-Tessier.

La psychologie en bandoulière

Pour Me Rudel-Tessier, le plus dur est de garder ses distances psychologiques
Pour Me Rudel-Tessier, le plus dur est de garder ses distances psychologiques
Car c'est un fait : pour être coroner, mieux vaut posséder une bonne compréhension du jargon médical, ainsi qu'une solide dose de psychologie. « L'un des aspects les plus difficiles du métier est de devoir parler avec les familles endeuillées, souligne-t-elle. On a un vrai rôle car on aide les gens à faire leur deuil en leur apportant des réponses. Il faut faire preuve d'écoute, d'empathie, et admettre aussi que, parfois il n'y a pas d'explications. » À l'image de ce jeune homme, sans antécédents médicaux, dont la toxicologie est revenue négative et qui s'est soudainement effondré alors qu'il parlait au bout du fil, sans qu'aucun médecin légiste ne puisse jamais déterminer pourquoi.

Mais le rôle du coroner, c'est aussi d'agir à titre préventif. « Lorsqu'on a retrouvé mort un élève autiste, enveloppé dans une couverture spéciale qui était souvent utilisée avec les enfants autistes, j'ai aussitôt appelé les entités qui pouvaient être concernées : vendeurs, organismes, etc. On n'avait pas encore les résultats de l'autopsie alors le mot d'ordre était : attention, prenez des précautions, ça peut poser des problèmes... » La santé publique reste au coeur de ses préoccupations.

Un rôle public

Lorsqu'elle est appelée pour un bébé décédé alors que ses parents pratiquaient avec lui le cododo (ndlr: pratique qui consiste à dormir dans son lit avec son bébé), elle prend le micro et s'exprime à la télévision pour toucher le plus grand nombre. « Certains de mes collègues détestent cet aspect public mais c'est parfois indispensable pour faire passer le message. »

Le plus dur reste parfois de garder ses distances psychologiques. « Pleurer en même temps qu'une mère endeuillée au téléphone, ce n'est pas rare pour moi! » Son goût pour la justice est aussi souvent celui qui la menait dans ses enquêtes.

« Comme pour ce bébé... J'avais la conviction que le père l'avait étouffé. J'ai multiplié les tentatives pour faire découvrir la vérité, mais sans succès. » Une ombre au tableau. Mais quel tableau! « C'est un privilège d'être coroner vous savez, si j'ai sauvé une seule vie alors j'aurais déjà fait quelque chose », sourit Me Rudel-Tessier.

Dans ses nouveaux costumes de coroner en chef, elle devrait lancer d'ici quelques mois un plan d'embauche. La relève, préparez-vous!

Me Catherine Rudel-Tessier est inscrite au Barreau du Québec depuis 1976. Elle a été attachée de presse pour René Lévesque, juge à la Commission des affaires sociales, puis coroner depuis une quinzaine d’années.