Question:

Je suis une jeune avocate dans un grand cabinet. Je regarde les associées de mon bureau et elles sont peu nombreuses, de plus celles qui obtiennent le plus de succès ne semblent pas avoir de vie.

Je me demande donc si, malgré les améliorations apportées à la place des femmes dans la profession, il est réellement plus facile aujourd’hui pour une femme de devenir associée dans un grand cabinet?

Réponse:

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Vous m’amenez sur un terrain glissant, je vais donc m’y aventurer délicatement autant pour éviter de me faire lancer des briques par mes consœurs que parce que la réalité peut varier énormément d’un cabinet à l’autre. Je vais également m’abstenir de commenter vos constatations en regard des associées de votre cabinet.

Est-il réellement plus facile de devenir associée en 2016? Par rapport à quand???
Par rapport à 1915? Évidemment oui car la première demande d’admission au Barreau déposée par une femme fut faite en 1914 par Madame Annie Macdonald Langstaff.
Ladite demande fut rejetée et la cause portée jusque devant la Cour du Banc du Roi qui confirma la décision. Je vous souligne que cette dame eut quand même gain de cause car elle fut finalement admise au Barreau … en 2006 … à titre honorifique.

Par rapport à 1940? Encore oui car c’est seulement en 1942 que Elizabeth C. Monk fut admise au Barreau du Québec, suivie de près la même année par Suzanne Raymond-Filion, Constance Garner-Short et Marcelle Hémond.

Par rapport à 1970? Même réponse, la révolution tranquille a changé bien des choses mais ce n’est quand même juste en 1964 qu’est arrivée la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée. Avant cette date, la femme mariée avait autant de droits que les enfants ou les aliénés… édifiant n’est-ce pas?

Je sais que je ne réponds pas jusqu’à maintenant à votre question mais je trouvais intéressant de faire un petit retour en arrière. Pas pour souligner que les femmes sont chanceuses aujourd’hui et devraient se contenter de ce qu’elles ont mais bien plus pour se féliciter du chemin parcouru même si la perfection n’est pas atteinte.

Par rapport à 1995? Là c’est différent. Je crois qu’il est beaucoup plus difficile, tant pour un homme que pour une femme, de devenir associé d’un grand cabinet en 2016 que cela ne l’était en 1995. À cette époque, les défis étaient de s’investir pendant 7-8 ans au sein du cabinet, démontrer le professionnalisme et la rigueur requis par la profession et atteindre les objectifs d’heures facturables demandés. Si vous étiez en mesure de remplir ces mandats, vous étiez presqu’immanquablement invité à joindre les rangs de la société.

Aujourd’hui, non seulement faut-il répondre aux mêmes exigences mais en plus il faut avoir une aptitude pour le développement de clientèle. Aptitude qu’on vous demandera probablement de démontrer avec preuves à l’appui avant de vous faire la grande demande. Le temps des associés nommés uniquement pour leurs qualités de juriste est révolu sauf dans de trop rares exceptions.

Est-ce que ce changement de mentalité est plus préjudiciable aux femmes qu’aux hommes ? Cette question est très intéressante et je vais m’étendre sur le sujet la semaine prochaine.

OK. J’avais dit que je ne commenterais pas vos constatations mais je ne peux pas m’en empêcher du moins en ce qui a trait à l’expression « ne pas avoir de vie ». Je tiens à souligner que devenir associée ou associé dans un grand cabinet apporte beaucoup en terme de valorisation, de défis et de rémunération.

En contre partie, il faut s’y investir et travailler fort. Cela vient avec et si vous n’êtes pas prêt à le faire, mieux vaut prendre un autre chemin. Ceci dit, il y a moyen d’avoir une vie, elle se situe simplement entre le 40heures / semaine du commun des mortels et le 80 heures / semaine des workaholic…

J’espère que ma réponse vous sera utile et je vous retrouve la semaine prochaine avec un exposé sur le développement de la clientèle volet masculin et féminin.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.